Santé : la persistance des disparités entre les milieux urbain et rural pointée du doigt

Au Maroc, entre 2010 et 2016, le taux de mortalité maternelle a été ramené de 112 à 72 pour 100 000 naissances vivantes, soit une réduction de l’ordre de 35%. La mortalité maternelle des femmes rurales est plus du double de celle des citadines et les inégalités persistent entre les plus riches et les plus démunies.

Le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) a organisé, le 18 décembre à Rabat, en collaboration avec le ministère de la santé, une rencontre pour la présentation du rapport sur l’état de la population mondiale, au titre de l’année 2017. Ce rapport a été publié sous le thème : «Des mondes à part : santé et droits en matière de reproduction à une époque marquée par les inégalités». La rencontre a vu aussi la présentation des actions engagées par le ministère de la santé, en matière de santé sexuelle et reproductive.

A ce titre, Khalid Lahlou, directeur de la population au ministère de la santé, explique qu’«améliorer son état de santé ne relève pas uniquement du domaine des soins. Il est fortement dépendant d’un logement décent, d’une meilleure éducation, d’un accès à l’emploi, des conditions de travail… Néanmoins, l’accès aux soins doit être défendu en tant que droit». Et d’indiquer qu’au Maroc, entre 2010 et 2016, le taux de mortalité maternelle a été ramené de 112 à 72 pour 100 000 naissances vivantes, soit une réduction de l’ordre de 35%. Il s’est également félicité de l’institutionnalisation, en août dernier, du Programme national de prise en charge des femmes et des enfants victimes de violences. Selon lui, ce programme a pour «mission principale, outre la prise en charge médicale, la réduction des inégalités dans l’accès aux soins pour une frange de population vulnérable».

Pour sa part, Bérangère Boell-Yousfi, directrice-pays de l’UNFPA-Maroc, déplore que «dans la plupart des pays en développement, les femmes les plus pauvres ont le moins de pouvoir de décider si, quand et à quelle fréquence tomber enceinte». Et d’ajouter que ce sont elles qui ont «l’accès le plus limité à des soins de qualité, pendant la grossesse et l’accouchement» et que «cette inégalité a des conséquences durables sur la santé et le potentiel des femmes, ainsi que sur leur contribution au développement de leurs pays». Elle a aussi fait remarquer qu’«à l’échelle mondiale, la contraception est souvent hors de portée des plus pauvres, en particulier celles qui sont le moins instruites et vivent dans les zones rurales ; ce qui les expose à un risque accru de grossesse non désirée».

La moitié des femmes les plus pauvres ne sont pas suivies durant toute leur grossesse

En ce qui concerne le Royaume, la directrice pays de l’UNFPA-Maroc estime que «davantage d’efforts sont requis pour éliminer les disparités entre les milieux urbain et rural», précisant que «les derniers chiffres font état d’une mortalité maternelle de plus du double parmi les femmes rurales que chez les citadines». D’après l’enquête, la plus récente du ministère de la santé, plus de la moitié des femmes les plus pauvres ne sont pas suivies durant toute leur grossesse et près des deux tiers des accouchements ont lieu à domicile. En outre, la fécondité des femmes les plus pauvres représente le double de celles des plus riches. Le risque de mortalité maternelle est donc beaucoup plus élevé parmi les plus démunies.

Le rapport montre que, chaque année, pas moins de 89 millions de naissances non planifiées et 48 millions d’avortements sont enregistrés, à l’échelle de la planète ; auxquels s’ajoutent près de 800 décès maternels par jour, en majorité dans les pays en développement. Non seulement la santé des femmes est mise en péril, mais leur capacité à entrer sur le marché du travail ou à y rester et à devenir indépendantes financièrement se trouve également limitée. En effet, sans l’accès à des services abordables de garde d’enfants, et en l’absence de congés de maternité ou à cause de la discrimination des employeurs, les femmes subissent une pénalisation de la maternité ; ce qui contraint un grand nombre d’entre elles à choisir entre leur carrière et le fait d’avoir des enfants.

Il est aussi souligné que le monde pourrait faire face à des troubles, la paix pourrait être compromise et les objectifs mondiaux de développement (ODD 2030) risquent de ne pas être atteints, si l’on ne prend aucune mesure pour réduire les inégalités et que l’on ne parvient pas à protéger les droits des femmes les plus pauvres, notamment en matière de santé et de droits reproductifs.

L’UNFPA attire également l’attention sur le fait que les disparités économiques renforcent d’autres inégalités, lesquelles les aggravent davantage à leur tour. Ainsi, dans les pays en développement, les femmes vivant dans les 20% des ménages les plus pauvres sont celles qui ont le moins d’options en matière de planification familiale, qui disposent de l’accès le plus limité à des soins prénatals et qui sont aussi les plus susceptibles d’accoucher sans l’aide d’un médecin ou d’une sage-femme, mettant à risque leur santé et celle de leurs enfants et entravant leur potentiel.