Rentabilité des banques : la taille aide mais ne suffit pas

Même si elles disposent d’une force de frappe commerciale importante, la Banque Populaire et BMCE Bank affichent une rentabilité inférieure à  presque toutes les autres banques. Politique de provisionnement volontariste et renforcement des fonds propres réglementaires entament la profitabilité des deux champions.

Si l’on a l’habitude de guetter les moindres évolutions des parts de marché des banques en termes de crédits et de dépôts, l’on s’attarde beaucoup moins souvent sur leur rentabilité. Or, le classement des différents établissements selon ce dernier critère révèle bien des surprises, à l’inverse de leurs prestations commerciales qui n’ont pas connu de changements majeurs sur les dernières années.

En effet, selon les derniers chiffres disponibles (premier semestre 2013), Attijariwafa bank, BMCE Bank et la Banque Populaire continuent d’accaparer 71% du volume des crédits et 74% des dépôts détenus par les banques commerciales de la place, exclusion faite d’Al Barid Bank qu’il est judicieux de ne pas intégrer étant donné que l’établissement n’a pas encore atteint son volume naturel de crédits). A elle seule, Attijariwafa bank affiche une part de près de 31%. La Banque Populaire contrôle pour sa part le quart du marché quand BMCE Bank s’adjuge 18%. Le reste consiste en un groupe hétérogène avec le Crédit Agricole du Maroc et la Société Générale en tête, chacune affichant un poids autour de 6,5%. Vient ensuite la BMCI qui dispose d’une part de 6%. Le Crédit du Maroc se positionne avec un peu moins de 4,5% et enfin le CIH hérite d’une part de marché de 3%. Du reste, il ne faut pas s’étonner de l’écart creusé par les trois banques leaders avec le reste du marché vu leur force de frappe commerciale : en ne considérant que leur réseau au Maroc, Attijariwafa, Banque Populaire et BMCE Bank en sont actuellement respectivement à 2 424, 1787 et 629 agences. La banque qui vient juste après, BMCI, ne totalise que 350 agences.

Pour ce qui est à présent de la profitabilité, Attijariwafa bank se distingue encore et affiche une rentabilité des capitaux propres de 14%, la plus forte du secteur. «C’est que la banque décline un bon modèle économique hérité de l’ex-BCM, bâti autour d’une maîtrise des charges et la réalisation d’économies d’échelle», explique un spécialiste du secteur. En effet, le coefficient d’exploitation de la banque, mesurant l’efficacité de son exploitation, atteint près de 40% par rapport auquel seule BMCI fait mieux, avec, il faut le dire, un rythme d’ouvertures d’agences nettement plus réduit.

Un coefficient d’exploitation de 52% pour BMCE Bank, le plus élevé du secteur

De là, certains spécialistes avancent qu’une grande taille permet une plus large faculté de réaliser des profits. L’idée étant que la puissance financière permet de choisir avec plus d’aisance les dossiers qui rapportent en se prémunissant au passage contre les risques. A ce dernier titre, Attijariwafa bank affiche le deuxième coût du risque le moins élevé du marché, à 11% (provisions nettes rapportées au PNB), le meilleur en la matière demeurant le CIH qui a toutefois fortement provisionné ses risques sur les dernières années, ce qui l’autorise à présent à lâcher du lest. Mais à l’examen des indicateurs des autres banques, il ressort que grande taille ne rime pas forcément avec forte rentabilité. Ainsi, si l’on considère la Banque Populaire et BMCE Bank, la rentabilité de leurs fonds propres ressort respectivement à 8 et 8,60%, soit moins que presque toutes les autres banques. En effet, BMCI affiche un ratio de 9,8%, Crédit du Maroc 11,4%, CIH 9,10% et Crédit Agricole du Maroc 8,9%.

A y voir de plus près, «les deux banques leaders sont pénalisées par une politique de provisionnement volontariste qui ne reflète pas forcément le niveau du risque», éclaire un spécialiste. Certes, l’on peut dire que cela vaut pour tout le secteur, mais «les banques leaders ont fourni un effort particulièrement marqué en matière de provisionnement afin de faire face à toute détérioration de la qualité de leur portefeuille clientèle», constate un analyste. C’est ainsi que la Banque Populaire affiche un coût du risque autour de 15,1% quand celui de BMCE Bank culmine à 18%, ce qui les place dans la moyenne haute du secteur. En outre, la banque du groupe Benjelloun semble pénalisée par un coefficient d’exploitation de plus de 52%, le plus élevé du secteur. A cela il faut enfin ajouter que la BP et BMCE Bank ont dû renforcer leurs fonds propres pour se conformer à la réglementation de BAM qui impose le respect à partir de 2013 d’un ratio de solvabilité de 12% et d’un ratio Tier 1 de 9%. «De par le fait que les engagements des plus grandes banques sont conséquents, les injections de fonds propres doivent l’être tout autant», éclaire à ce sujet un analyste.
Pour leur part, les petites banques ayant des engagements plus limités ont moins d’efforts à fournir pour mettre à niveau leurs fonds propres. En maintenant un résultat net correct, elles sont au final en mesure de préserver leur rentabilité des fonds propres.
Moralité, rester petit peut avoir du bon.