Région de Laà¢youne : 520 km de plages, du foncier à  10 DH/m2 et pourtant…

40% de la population active est dans le commerce. Seuls l’Etat
et quelques institutionnels
osent l’aventure.
En matière d’équipements et d’infrastructures, la région dispose pourtant d’une base solide.
Laà¢youne, un prolongement pour
les Iles Canaries à  20 minutes d’avion seulement !

En 1978, alors que la région Sud est encore en pleine effervescence, des hommes d’affaires ont choisi de s’y installer pour monter des projets, dans la pêche essentiellement. Si, à  l’époque, de telles initiatives furent qualifiées de téméraires, avec du recul, ces investisseurs font plutôt figure de pionniers. Car aujourd’hui, le potentiel de développement de la zone est incontestable. Pourtant, les investisseurs sont encore rares à  s’y aventurer.
Laâyoune, Boujdour, Sakia El Hamra, une région pourtant relativement bien équipée, est un exemple frappant. L’Etat a consenti, en effet, depuis plus de 30 ans, des efforts incomparables en matière d’équipements. Petite bourgade en 1975, Laâyoune, qui compte aujourd’hui 210 000 habitants, soit 82% de la population de la région, est un grand centre urbain disposant de toutes les infrastructures de base (eau, électricité, assainissement, routes…). Mais à  part les projets de quelques institutionnels et organismes publics locaux, notamment Al Omrane, la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) et l’Agence du Sud, l’essentiel de l’activité de la ville continue de tourner autour du petit commerce. Les services occupent plus de 40 % de la population active. Ce secteur est appelé à  prendre plus de poids avec l’ouverture d’une zone franche de 100 ha, adjacente au port. Cette zone franche sera construite par MedZ Développement, filiale de la CDG, qui a lancé un vaste programme dans la région.
Il n’est donc pas étonnant que le taux de chômage de la région (15%) dépasse de loin la moyenne nationale. La grande question qui se pose aujourd’hui, et qui n’est plus taboue comme autrefois y compris chez les natifs de la région, c’est, explique un cadre originaire du nord du pays, «comment passer d’une économie fondée sur l’assistanat à  une économie créatrice de richesses et de valeur ajoutée». Plus de trois décennies d’aides et de subventions, nécessaires sans doute politiquement à  une certaine époque, ont contribué à  créer une économie régionale basée sur la spéculation et l’attente, au lieu de l’entreprenariat et de la prise de risque.

La capacité d’hébergement des hôtels est limitée
Pourtant, il suffirait d’un déclic pour que tout s’emballe car la région regorge d’atouts naturels et d’avantages incitatifs. Bien avant les nationaux, les voisins des Iles Canaries sont en train de lorgner toute la côte marocaine au sud d’Agadir et jusqu’à  Dakhla en passant par Laâyoune, située à  20 minutes en avion et à  1 h 30 en ferry. Accueillant chaque année plus de 12 millions de touristes, les Iles Canaries sont saturées et ont besoin d’espaces pour continuer à  développer leur tourisme. Cependant, en face, la capacité d’accueil est des plus limitées, et constitue donc un frein sérieux à  l’essor de l’activité. En effet, la ville de Laâyoune ne compte que 616 chambres, soit 1 142 lits auxquels il faut ajouter 875 lits dans l’hôtellerie non classée.
Le nombre de touristes ayant visité la province de Laâyoune durant les onze premiers mois de l’année 2007 est en recul de 6% par rapport à  la même période de 2006, à  12 122, dont seulement 5 973 non-résidents et 6 149 résidents. Les nuitées se montent à  28 574.
Autant dire qu’il n’y a pas foule à  Laâyoune, car le taux d’occupation moyen stagne depuis plusieurs années autour de 15 %. Les projets en cours de construction vont, dans les années à  venir, permettre à  la ville, selon la déléguée du tourisme, Aà¯cha El Alaoui, d’augmenter sa capacité de 1 000 lits.
Mais à  voir de plus près les 17 projets en cours de réalisation, on constate que ce sont pour l’essentiel des petits projets individuels (riads, campings, auberges, bivouacs et complexes touristiques) et quelques petits hôtels. Certes, le groupe Accor y fait une intrusion en investissant 40 MDH dans un Ibis, mais dans l’ensemble tout reste à  faire dans ce domaine pour rendre fréquentable les kilomètres de plages aujourd’hui désertes.

Les organismes publics essaient de montrer l’exemple
L’autre atout de Laâyoune est, bien sûr, la valorisation des produits de la mer. Là  aussi, la problématique est complexe, mais un début de solution est en train de voir le jour avec la construction par l’Office national des pêches (ONP), d’une nouvelle halle aux poissons, la plus grande d’Afrique, sur
8 600 m2 pour un investissement de 40 MDH. En attendant l’ouverture de cette nouvelle halle, qui aura lieu dans quelques mois, le poisson de Laâyoune, toutes espèces confondues, qui représente près de la moitié des prises nationales, profite peu à  la région en termes de recettes fiscales (il s’agit des prélèvements de la taxe communale qui est de 3% de la valeur), dans la mesure o๠la plus grosse part est traitée à  Agadir et Safi. L’exemple de la sardine est à  cet égard édifiant. Si 96% des prises nationales de sardine, soit plus de 300 000 tonnes par an, sont réalisées au large de Laâyoune, 10 % seulement sont traitées sur place. En valeur, cette denrée, faute de transformation, ne représente pas plus de 20 % dans l’économie régionale. Il faut savoir à  ce sujet que la sardine destinée à  la consommation est commercialisée dans les halles à  2,05 dirhams le kilo, alors que celle destinée à  la farine ne vaut guère plus d’un dirham le kilo.
Enfin, le secteur du bâtiment et travaux publics (BTP) connaà®t un dynamisme certain grâce aux programmes d’équipement et de logements initiés par les pouvoirs publics en 1976 pour répondre à  une demande de plus en plus forte, particulièrement dans la ville de Laâyoune. Actuellement, Al Omrane Al Janoub a lancé un programme de 40 000 logements, en plus d’autres projets.
Mais, malgré un prix du foncier intéressant, entre 10 et 30 DH le mètre carré, les promoteurs privés ne se bousculent pas au portillon, à  l’exception du groupe Chaâbi qui projette des investissements touristiques et immobiliers. En y implantant une usine – Indusahara -, Ciments du Maroc répond entièrement à  la demande en ciment.
On ne doit pas oublier l’agriculture et l’artisanat qui représentent des secteurs prometteurs.
La région a besoin de grands projets qui peuvent instaurer la confiance des investisseurs. Le problème est que même les autochtones les plus nantis investissent ailleurs.