Région d’Agadir : Entretien avec Brahim Hafidi, Président du Conseil régional Souss-Massa

Brahim Hafidi : «Nous misons désormais sur la valorisation et la transformation des produits de la région».

Le président du Conseil régional Souss-Massa revient sur les réalisations dans la région et expose le développement en perspective. Il met en avant la résilience de la région et sa capacité à se réinventer.

Comment analysez-vous la situation économique dans le Souss-Massa ?
Beaucoup de projets ont été concrétisés. Je soulignerais notamment les efforts consentis en faveur du développement durable de la région à travers la rationalisation des ressources en eau de manière à endiguer la rareté en la matière. De 2000 à 2008, la nappe a été surexploitée en raison des extensions et des investissements agricoles. Mais dès 2006, il y a eu une prise de conscience qui a abouti au contrat de gestion participative de nappe qui s’est traduit par un ensemble de dispositions stratégiques pour préserver la ressource et repenser notre développement à travers une gestion durable des ressources hydriques. Pour ce faire, nous avons mis en œuvre, en partenariat avec l’Agence régionale du bassin hydraulique et l’ORMVA, dans le cadre du contrat de nappe, un programme d’économie de l’eau. Aujourd’hui, nous disposons à l’échelle de la région de 475 426 ha de terres cultivées dont 158 433 ha équipés en système d’irrigation goutte à goutte. Dans le cadre d’un partenariat public-privé, nous allons maintenant plus loin en matière de développement durable à travers le projet structurant de dessalement d’eau de mer dans la province de Chtouka.

Les disparités sociales et territoriales sont une caractéristique marquante du Souss Massa. Quelles sont les mesures engagées pour endiguer les freins à l’équilibre des zones ?
Pendant longtemps, la richesse de la région a été localisée sur 9% de sa superficie. C’est-à-dire au niveau notamment du Grand-Agadir et de la plaine du Souss. Les zones de montagnes et des oasis souffraient d’un retard de développement en matière notamment d’équipements et d’infrastructures. Sur la base d’un diagnostic, il a été décidé de rétablir l’équilibre en matière de richesses. C’est dans ce sens qu’ont été valorisés les produits de l’arrière-pays. Dans ce cadre, les produits du terroir, le tourisme rural et l’artisanat ont été développés.
Pour accompagner l’évolution de ces filières et améliorer la qualité de vie des populations, des investissements ont été réalisés dans le renforcement du réseau routier, des équipements scolaires et de santé. Les actions engagées ont porté leur fruit. Selon les indicateurs de 2014, le Souss-Massa est aujourd’hui classé troisième dans le Royaume en matière de développement humain. Aujourd’hui nous poursuivons nos chantiers de lutte contre les disparités sociales et territoriales. L’investissement est estimé à 5 milliards de DH pour la période 2017-2022. Il porte sur l’aménagement de nouvelles routes et voies rurales, le renforcement de l’adduction en eau potable et au réseau électrique, et la réhabilitation des établissements de santé et d’enseignement.

Quels sont aujourd’hui vos grands chantiers en cours de réalisation ?
Après la mise en place du Plan de développement régional, nous avons initié de grands chantiers. Nous sommes conscients que nous devons diversifier notre économie. On ne peut plus compter que sur les trois secteurs clés traditionnels. Nous nous sommes donc lancés dans la diversification de notre économie à travers le programme d’accélération industrielle qui est en cours de développement avec l’introduction de nouveaux écosystèmes. Nous misons désormais sur la valorisation et la transformation des produits de la région, puisque nous ne pouvons plus monter en capacité de production pour notamment certaines cultures en raison de la rareté des ressources hydriques. A travers les pôles de compétitivité, Haliopole et l’agropole il s’agit de créer de la valeur ajoutée et innover. Pour le secteur de la pêche, il y a notamment la filière de l’aquaculture dans lequel notre région contribue au développement à travers des subventions pour encourager les jeunes porteurs de projets à y investir. Il y a aussi le secteur de l’artisanat que nous accompagnons, car il est gros employeur, notamment dans les zones rurales.

Comment accompagner cette dynamique économique.
Nous devons encore développer nos infrastructures. La voie de contournement Nord-Est s’impose pour décongestionner le Grand Agadir. Elle nécessitera un investissement de 1,25 milliard de DH pour l’aménagement d’une infrastructure qui reliera la zone de l’aéroport avec la station touristique de Taghazout, en passant près de la zone franche, de la zone universitaire, du stade et en desservant le port d’Agadir. Le montage financier de la première tranche (aéroport-port) est bouclé pour 770 MDH.
Pour soutenir le rythme des projets et encourager l’investissement, nous avons aussi mis en place des incitations à travers des subventions au niveau du foncier et des primes à la création d’emplois. Au niveau du tourisme, nous accompagnons le secteur dans la promotion de la destination et dans le développement de la connectivité de l’aérien à travers la subvention de lignes. Aujourd’hui nous allons investir dans la réhabilitation des hôtels vétustes de la station balnéaire. Nous venons de valider lors de la session de juillet la convention entre la Région et le ministère du tourisme pour la mise en place d’un nouveau dispositif en faveur de la rénovation des hôtels en question. Ce programme sera mené par la société de développement régional en charge du tourisme. L’entité travaille aussi sur la valorisation de l’arrière-pays. Nous avons initié la mise en place de toute la signalétique du pays d’accueil touristique d’Immouzer Ida Outanane qui devrait être achevée en septembre prochain. Nous nous sommes aussi lancés dans l’acquisition de la Médina d’Agadir pour en faire un centre d’animation. Sur le plan culturel, il y a aussi une maison des arts en projet.

De quels moyens financiers vous disposez aujourd’hui pour réaliser vos programmes ?
Nos budgets d’investissements qui sont autour de 600 MDH par an constituent des leviers pour drainer d’autres moyens financiers de la part de partenaires et des lignes de crédits. Pour renforcer nos moyens, nous sommes aujourd’hui la seule région qui dispose de sociétés de développement régional. Ces entités devraient, une fois entrées en vitesse de croisière, générer des revenus. Je soulignerai aussi que nous allons renforcer notre position dans le capital social de la société d’aménagement Parc Haliopolis et ainsi disposer de notre propre société d’aménagement.