Recrutement d’employées de maison étrangères : l’anarchie perdure

L’initiation des enfants aux langues étrangères, français et anglais principalement, est le premier argument invoqué. Les agences, pour la plupart informelles, les font venir du pays moyennant des frais allant de 17 000 DH à  30 000 DH.

Les Marocains sont de plus en plus nombreux à rechercher des femmes de ménage étrangères, avec une préférence pour les Sénégalaises, les Ivoiriennes et les Philippines. Ces nounous venues d’ailleurs sont aujourd’hui à la mode dans les milieux de la classe moyenne supérieure et la classe aisée des grandes villes, notamment sur l’axe Casablanca-Rabat-Marrakech. Un succès qu’elles doivent d’abord «à leur discrétion et à leur sérieux dans la gestion des affaires domestiques», témoigne un employeur. A cela s’ajoute la disponibilité, puisque ces domestiques ont droit uniquement à un jour de repos par semaine (généralement le dimanche). De plus, «les familles se sentent plus en sécurité avec ces domestiques, car elles ne risquent pas de voler de peur d’être renvoyées chez elles», confirme un employeur. Mais l’argument le plus utilisé reste l’initiation aux langues étrangères. En effet, les gens ont tendance à recruter de plus en plus des nounous anglophones et francophones pour familiariser leurs enfants avec la langue de Shakespeare et celle de Molière. 

Le salaire des Asiatiques varie de 2 500 DH à 4 000 DH

Cet engouement pour les domestiques étrangères a donné lieu à la constitution d’un véritable marché où les intermédiaires font la loi. Le recrutement des employés de maison étrangers se fait à travers plusieurs canaux. Les domestiques asiatiques atterrissent au Maroc via des agences de recrutement installées pour la plupart en Jordanie. Par la suite, ce sont les agences marocaines qui se chargent de les faire venir au Maroc à la demande de leurs clients. Cette prestation est facturée à 30 000 DH. Le montant comprend la commission de l’agence et le prix du billet d’avion Amman/Casablanca. Le salaire mensuel de ces employées de maison fraîchement installées au Maroc s’établit entre 2 500 DH et 3000 DH. Les agences de recrutement proposent également à leurs clients des employées déjà installées au Maroc. Le salaire mensuel de celles-ci est fixé par toutes les agences à 4000 DH. Il en est de même pour la commission qui est de 15000 DH. Certaines familles préfèrent recruter leurs futures employées sur le «marché secondaire». En d’autres termes, en faisant appel à un particulier qui veut céder «les droits d’entrée» qu’il a dû verser pour recruter la personne. «En moyenne, ce droit d’entrée est de 20000 DH et le salaire mensuel de 2000 DH», témoigne une maîtresse de maison avant d’ajouter que «si les prix sur le marché secondaire sont moins élevés, c’est parce que ces domestiques ont été dans la plupart des cas recrutées au début des années 2000. Une période durant laquelle les agences facturaient 15000 DH pour la commission et le billet d’avion et la prestation mensuelle de ces étrangères coûtait uniquement 2 000 DH».

Les Subsahariennes restent plus accessibles

Le recrutement des Sénégalaises et des Ivoiriennes se fait également via des agences. «Pour celles déjà installées au Maroc, le salaire mensuel est de 2 500 DH. La commission de l’agence est de 1500 DH», explique un intermédiaire. «Nous pouvons également les faire venir du pays», précise-t-il. Pour les Sénégalaises, le client doit verser 17 000 DH à l’agence (billet d’avion et commission) et un salaire mensuel allant de 1500 DH à 2 000 DH. Toutefois, selon certains témoins, «les femmes de ménage subsahariennes sont souvent recrutées parmi les immigrés clandestins. Et on les présente comme étant des employées recrutées de leurs pays et venus sur commande». La finalité reste néanmoins d’avoir une aide à domicile compétente et sérieuse.

Cependant, les relations entre employeur et employé ne sont pas toujours au beau fixe. Ainsi, Samia, professeur universitaire, se plaint d’une Asiatique qu’elle avait fait venir en 2011 moyennant 25 000 DH couvrant le billet d’avion et la commission d’agence. Elle s’est volatilisée au bout de six mois. Il en est de même pour un cadre supérieur sénégalais installé au Maroc qui a eu recours aux services d’un intermédiaire (lui-même sénégalais) qui lui a promis de faire venir une nounou du pays. En contrepartie, l’employeur a payé 17000 DH de frais. «Au bout de 15 jours, elle a décidé de quitter le boulot», se rappelle-t-il. Pour la retenir, la famille a décidé donc de lui confisquer son passeport. Résultat, «elle a quitté la maison le soir à 20h. Le lendemain à 9h, on a été contacté par un membre de l’ambassade sénégalaise qui nous a demandé de lui remettre le passeport pour éviter toute poursuite judiciaire», regrette-t-il. Cette rétention du passeport est courante. En réalité, la plupart des agences la recommandent à leurs clients comme garantie, alors qu’il s’agit d’une pratique illégale. L’importance du turn-over est tel que, pour rassurer leurs clients, les agences, ou intermédiaires, s’engagent à ramener une nouvelle personne si la première recrue se rétracte dans les trois mois qui ont suivi son embauche, sans aucune garantie pour la suite. Si la greffe ne prend pas, un employeur peut alors perdre une somme conséquente.