Réassurance à l’étranger : le contrôle est renforcé

En 2015, la réassurance à l’étranger portait sur 10% des primes émises. Pour certains genres de risques, le souscripteur exige que son assureur se couvre auprès d’une compagnie étrangère précise. Les compagnies locales obligées d’inclure un recueil détaillé de la réassurance dans leurs rapports de solvabilité.

Les compagnies d’assurance cèdent-elles trop de risques à l’étranger? En 2015, les assureurs se sont départis d’environ 3 milliards de DH de primes par le biais de la réassurance dans un marché qui en fait 30 milliards, soit une part de 10%. Cette proportion est en légère hausse par rapport à 2014, année pendant laquelle 9,3% de l’activité a été transférée à l’étranger. C’est dire que les compagnies font de plus en plus appel aux assureurs étrangers pour se protéger principalement contre les gros risques. Certes, ce mécanisme a sa pertinence économique, mais le recours systématique à la cession de primes réduit significativement le taux de rétention locale et, par conséquent, la valeur ajoutée du secteur. Ceci est surtout valable pour des branches spécifiques qui recèlent des risques jugés conséquents par les assureurs locaux ou qu’ils n’ont pas eu l’occasion d’assurer par le passé (risques émergents).

La co-assurance permet de garder les primes sur le marché local

En effet, selon les données de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS), la réassurance concerne 71% des primes de risques techniques souscrites au Maroc, la moitié des primes de la branche incendie, le tiers de la responsabilité civile générale et 31% des couvertures du secteur du transport. Il faut souligner que les sociétés de réassurance marocaines (SCR, Mamda-Re,..) captent une partie de ces flux, mais contractent à leur tour des couvertures à l’étranger. En 2015, 35 assureurs internationaux ont bénéficié des primes souscrites au Maroc contre 32 en 2014 (21 européens, 7 africains, 1 asiatique, 3 américains et 3 des Bermudes).

A la Fédération marocaine des sociétés d’assurance et de réassurance (FMSAR), on explique que les compagnies font le choix de céder une partie de leurs primes purement pour des considérations de fonds propres. «Quand un assureur est en mesure d’assurer un risque, il le fait. Mais l’augmentation du taux de rétention des primes au niveau local dépend de la consolidation de la capacité financière des acteurs du marché», commente Bachir Baddou, directeur général de la FMSAR. Il ajoute que le marché s’oriente vers cette configuration en raison des contraintes prudentielles. Une source à Wafa Assurance fait remarquer que dans bien des cas, notamment dans les risques techniques, c’est l’opérateur (multinationales et grands groupes) qui oblige l’assureur marocain à se réassurer auprès d’une compagnie étrangère précise à qui il fait confiance. Étant donné qu’il se négocie dans le cadre de programmes d’assurance internationaux établis à l’avance, ce genre de couvertures ne passe par la compagnie marocaine, qui fait figure de courtier, que parce que la réglementation l’exige.

Cela dit, les professionnels insistent sur le fait que la réassurance a permis ces dernières années de protéger la rentabilité et l’équilibre de plusieurs compagnies en amortissant l’impact des sinistres de pointe de plusieurs millions de DH. Pour eux, en général, les assureurs ne renoncent volontairement à percevoir des primes que s’ils jugent qu’ils sont très exposés. «Ceci démontre la pertinence des stratégies de réassurance pratiquées jusqu’ici par les opérateurs», se félicite-t-on dans le secteur. L’analyse sommaire des derniers comptes de plusieurs acteurs du marché conforte ce commentaire. Un responsable à Saham Assurance ajoute, en substance, que le réflexe d’aller vers la réassurance n’est pas systématique. Plusieurs affaires revêtant un risque particulier sont prises en co-assurance (entre deux compagnies ou plus) et bénéficient ainsi au marché local. Il faut dire qu’aujourd’hui les opérateurs du marché n’ont plus le choix.

Tous les risques sont éligibles à la réassurance

Si la réglementation dispose que tous les risques sont éligibles à la réassurance (contrairement à certains marchés africains), l’ACAPS veille dorénavant au grain pour encadrer davantage les cessions de primes. L’Autorité veut s’attaquer surtout aux contrats de fronting, en vertu desquels les compagnies agissent comme de simples courtiers. Récemment, l’Autorité a obligé les compagnies à inclure un recueil détaillé de la réassurance dans leurs rapports de solvabilité. Cet état répertorie toutes les opérations de cession à l’étranger. Sur chacune de ces dernières, l’assureur doit démontrer qu’il a épuisé la capacité locale avant qu’il ait fait appel à la cession.

De plus, une circulaire du président de l’ACAPS, en homologation au niveau du ministère de l’économie et des finances (avant sa présentation au Secrétaire général du gouvernement), oblige les opérateurs à soumettre leurs traités de réassurance sur l’année écoulée. «A travers cette circulaire, nous privilégions le contrôle a posteriori de la stratégie de réassurance des compagnies. Auparavant, le marché soumettait à l’avance des traités déjà signés avec les réassureurs qu’on approuvait dans la majorité des cas», explique Othman Alami, secrétaire général de l’ACAPS par intérim. Il précise qu’après examen des traités de l’année écoulée, l’Autorité peut désormais demander à l’assureur de revoir sa stratégie de réassurance, selon les directives fournies, pour l’année suivante. «De façon générale, nous responsabilisons davantage les compagnies sur ce volet de leur activité», résume M.Alami.