Rawaj : le ministère du commerce et de l’industrie accélère la cadence

Une loi relative au commerce et à  la distribution de même que des normes techniques pour les locaux sont en cours d’élaboration. Le ministère devrait opter pour un modèle de développement flexible permettant aux opérateurs d’avoir plus de visibilité sur leurs investissements.

Treize dossiers sont en cours de traitement et cinquante projets stratégiques sont engagés par le ministère du commerce, de l’industrie et des nouvelles technologies (MCINT) pour restructurer et réorganiser le secteur du commerce. Lancé en 2008 par le gouvernement El Fassi, le Plan Rawaj, revisité en 2011 pour devenir la Stratégie Rawaj du commerce et de la distribution, ambitionne de mettre à niveau le secteur afin de répondre aux besoins du consommateur devenu de plus en plus exigeant. Quatrième activité économique, le commerce génère, selon une étude réalisée en 2011 par le ministère, 10,4% de la valeur ajoutée globale, soit 77 milliards de DH, pour un chiffre d’affaires annuel de 360 milliards. Employant 1,4 million de personnes, le secteur du commerce est le deuxième employeur (après l’agriculture) au niveau national avec 13% de la population active. Au niveau urbain, il occupe le premier rang avec 20,6% des emplois et en a créé 32 000 en 2012. C’est dire toute l’importance de ce secteur dont le fort potentiel de développement est aujourd’hui freiné par des défaillances structurelles, notamment une répartition inégale sur le territoire, un manque d’attractivité, une faible diversification de l’offre par rapport aux exigences des consommateurs, une faible visibilité, des conditions de travail difficiles et enfin un secteur informel dont le poids reste très important. Autant de maux que doit traiter la Stratégie Rawaj. Au niveau social, elle vise à sécuriser l’emploi existant et améliorer les conditions du travail, à diversifier l’offre produits et à renforcer l’accessibilité prix des produits.

L’enjeu économique porte essentiellement sur la sécurisation des investissements et leur orientation dans le sens de la satisfaction des attentes du consommateur. Sur le volet fiscal, la stratégie vise la résorption de l’informel dans le secteur et du point de vue urbanistique, l’objectif est d’arriver à un développement harmonieux et équitable du commerce sur le territoire.

Il est clair donc que le secteur a besoin d’être structuré. Et, en 2011, soit deux années après le lancement de Rawaj, les pouvoirs publics ont estimé que la concrétisation de leur stratégie a besoin d’un cadre réglementaire précis et d’un référentiel technique pour l’urbanisme commercial.

Une densité des points de vente très forte dans les grandes et moyennes villes, faible dans les petites

Un projet de loi réglementant le commerce et la distribution, complétant et modifiant le code du commerce est en préparation. La finalité est de «restructurer le secteur selon un modèle précis», indique Tarek Hajji, directeur du commerce. Un benchmark international est en cours d’élaboration pour étudier et comparer les divers modèles existant de par le monde. Trois modèles ont été pris en considération : le modèle marocain et turc, basé sur le laisser-aller et donc un développement sans planification aucune, le restrictif basé sur le zoning tel qu’on le trouve en Allemagne et en Catalogne, et l’intermédiaire basé sur un encadrement global. Rien n’est pour l’heure joué, mais les pouvoirs publics semblent privilégier le troisième modèle qui permettra une planification non opposable aux opérateurs. «Entre la politique très restrictive et le laisser-aller, nous avons opté pour un modèle flexible donnant plus de visibilité à tous les acteurs», explique Mohamed Hmida, chef de la division du commerce en réseaux au ministère du commerce et de l’industrie.

Le projet de loi donnera également la définition exacte du commerce qui n’existe pas actuellement dans la législation marocaine. Les premières moutures du projet de loi seront prêtes, selon M.

Hajji, avant la fin de l’année 2013. Et d’ajouter que «le travail est en cours en collaboration avec la division juridique du ministère. On prendra le temps nécessaire pour élaborer ce projet dans le cadre d’une concertation technique, d’une part, et, d’autre part, parce que l’on part de zéro dans la mesure où l’on souhaite avoir notre propre loi».

Et c’est également dans un souci de visibilité que le ministère a élaboré un cadre technique, le Référentiel technique national d’urbanisme commercial, pour fixer les normes et les ratios techniques relatifs à l’implantation des activités commerciales en vue d’équilibrer l’offre.

Selon une étude du ministère du commerce et de l’industrie, l’absence de planification a entraîné un déséquilibre de l’offre sur le territoire. La densité commerciale au niveau national est en moyenne de 27 points de vente pour 1 000 habitants. Mais dans les grandes villes, elle est de 47/1 000 habitants et de 41/1 000 dans les moyennes contre 22/1 000 dans les petites. Autre indication à retenir : à Casablanca, par exemple, on compte 71 points de vente pour 1 000 habitants ! L’étude du ministère parle d’une «capillarité de l’implantation du commerce au Maroc alors que dans des pays voisins comme l’Espagne ou encore la France, il y a plutôt une massification puisque la densité est respectivement de 4 et 5 points de vente pour 1 000 habitants». L’étude laisse aussi apparaître que l’offre existante s’adresse essentiellement aux ménages les plus aisés tandis que les catégories socioprofessionnelles D et E n’y ont pas accès. A titre d’exemple, ces deux catégories représentent 54% de dépenses dans la ville de Casablanca.

C’est pour corriger ces distorsions que ce référentiel, qui doit être intégré dans le plan d’aménagement, garantira, explique la direction du commerce, «une implantation harmonieuse du commerce dans le tissu urbain et optimisera la commerciabilité des équipements commerciaux». Le référentiel fixe trois types de normes : celle relatives aux bâtiments (coefficient d’occupation des sols, capacité de stockage, contraintes foncières et légales, etc.), au stationnement et à la circulation (capacité d’accueil des véhicules, commodité de circulation, espaces extérieurs de stationnement, de stationnement en sous-sol et évacuation des eaux et pluies) et enfin à l’accessibilité des personnes (facilité d’accès aux bâtiments, accès aux produits et services, communication et signalétique). Ces normes varient en fonction du type de magasins, notamment les boutiques, les grandes surfaces, les moyennes surfaces, les retail parks et les centres commerciaux. Globalement, les principes directeurs de ce référentiel sont un urbanisme durable, un équilibre entre le commerce traditionnel et le commerce moderne, de nouvelles polarités et maillage de proximité, une valorisation du patrimoine et enfin l’accessibilité et la mobilité. 

Sur les 900 MDH prévus pour accompagner les opérateurs, 723 millions sont déjà dépensés

En attendant cette réglementation, les chantiers de la Stratégie Rawaj se poursuivent car il ne s’agit pas, explique Tarek Hajji, de freiner la dynamique enclenchée depuis 2009. Ainsi, le bilan de ces trois dernières années révèle que le chantier de la mise à niveau du petit commerce a réalisé une grande avancée (voir encadré). Dominant largement le secteur, le commerce de proximité représente 99% des points de vente, 86% de la superficie commerciale estimée à 18,5 millions de m2 et 81% du chiffre d’affaires global. Important certes, ce type de commerce souffre pourtant de défaillances liées aux pratiques managériales traditionnelles et aux risques sanitaires. C’est pourquoi l’offre dans le cadre de Rawaj consiste à financer partiellement des équipements et des prestations d’expertise et de formation destinés à la mise à niveau des commerces de proximité. Ces derniers sont très prisés, selon une étude du ministère qui révèle que les deux tiers des Marocains font du shopping de proximité qui porte principalement sur les produits alimentaires. Selon l’étude du ministère, on enregistre 115 actes d’achat alimentaire en moyenne par an.

Autre réalisation de la stratégie Rawaj : le développement des champions nationaux. Le Maroc a enregistré au cours des dix dernières années une croissance rapide des points de vente franchisés. Ainsi, selon le ministère, les réseaux franchisés ont évolué de 18% par an depuis 2001. Sur les 500 réseaux existants, 70 sont marocaines et détiennent 68% des 3 816 points de vente répertoriés. Pour les pouvoirs publics, ces franchises peuvent jouer le rôle de locomotive, c’est pourquoi la stratégie Rawaj en vise le soutien via un programme «Champions nationaux» destiné à soutenir le développement de 25 enseignes marocaines à travers le financement partiel des expertises. Le plafond de la participation du Fonds Rawaj est de 4 MDH par enseigne. Date d’aujourd’hui, seize enseignes spécialisées dans l’équipement de la maison, l’alimentaire, l’habillement et l’équipement médical ont été soutenues depuis 2009. 

Ce n’est pas sans fierté que la direction du commerce et de la distribution souligne les concrétisations de la stratégie Rawaj durant la période 2008-2012. Ce qui a nécessité 723 MDH sur les 900 millions programmés par le Fonds Rawaj. Axe prioritaire de la stratégie, la modernisation du commerce de proximité a absorbé 564 MDH sur les 723 millions prévus. Mais, au-delà du coût financier, Tarek Hajji conclut que «la réussite des réformes complexes de la Stratégie Rawaj est due à notre solide partenariat avec la direction générale des collectivités locales au niveau du ministère de l’intérieur».