Question à Amine Diouri, Responsable des études PME chez Inforisk

«Il faut surveiller de très près les TPE»

Amine-DiouriLa Vie éco : Pensez-vous que la question de la marge est prioritaire pour les dirigeants d’entreprises ?

Aujourd’hui, les dirigeants d’entreprises sont clairement confrontés à de nombreuses problématiques exogènes qui impactent la vie, voire la survie de leurs sociétés. De manière prioritaire, la question des délais de paiement arrive en tête des préoccupations de nos dirigeants d’entreprises. Viennent ensuite la fiscalité et les marges. Nous voyons bien que dans un environnement macroéconomique tendu, engendrant une hausse continue et forte des défaillances, les entreprises préfèrent mettre en avant les facteurs ayant un impact direct sur leur trésorerie.

Comment expliquer les écarts de marges nettes entre secteurs ? Quels leviers possibles d’amélioration ?

La marge nette d’une entreprise est avant tout liée à la conjoncture de son secteur. Certains secteurs souffrent plus que d’autres, il suffit de regarder les chiffres de défaillances d’entreprises (commerce, immobilier, BTP, transport…) pour s’en convaincre. La baisse du chiffre d’affaires sectoriel impacte directement la rentabilité.

Il faut aussi se rappeler que les charges de l’entreprise sont composées de charges variables et de charges fixes. C’est cette inflexibilité des charges fixes à la baisse du chiffre d’affaires qui explique la dégradation de la marge de l’entreprise. En termes de leviers d’amélioration, il me semble évident qu’il faut agir secteur par secteur avec des mesures adaptées pour redresser le chiffre d’affaires sectoriel. A cet effet, l’effort entrepris par le gouvernement en matière de créations d’écosystèmes sectoriels (plan d’accélération industriel) va dans le bon sens.

Si la tendance se prolonge, est-ce que cela peut déboucher sur une recrudescence de la mortalité chez les entreprises, surtout les TPME ?

Une entreprise entre en défaillance, c’est-à-dire qu’elle fait l’objet d’une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire, parce que ses ressources financières ne permettent pas de faire face à ses engagements financiers immédiats. La notion essentielle pour expliquer la mortalité d’une entreprise est donc celle de la trésorerie. En revanche, à long terme, une société ne peut survivre avec une marge opérationnelle ou nette structurellement négative : cela signifierait que pour chaque dirham de marchandises, services ou produits vendus, elle perdrait structurellement de l’argent.

Dernier point, il est important de porter une attention particulière à la TPE qui connaît une situation très difficile : délais de paiement allongés, chiffre d’affaires décroissant depuis 2012, marges nettes quasi nulles… Tous ces facteurs expliquent leur mortalité élevée, il est donc important de les surveiller.