Quatre régions du Maroc accaparent 40% du budget

Rabat-Salé en tête avec 24,6 milliards de DH, suivie de Casablanca avec 17,7 milliards. Plus de 80% de l’enveloppe est investie par les entreprises publiques.

Malgré une deuxième année de crise et une régression notable de ses recettes, l’Etat ne change pas sa politique en matière d’investissement public. Bien au contraire, il est décidé, tant bien que mal, à renforcer sa contribution en portant à la hausse le budget consacré à cet effet. C’est ainsi que 167,3 milliards de DH seront débloqués en 2011 pour la réalisation de projets publics, soit 5 milliards de DH de plus qu’en 2010.
Jouant son rôle de locomotive de l’économie nationale, il donne un coup de pouce supplémentaire aux grands programmes d’infrastructures. Et ce soutien à l’investissement public bénéficiera également aux régions. Au total, une enveloppe de 128,2 milliards de DH ira directement aux 16 régions du pays, contre 121,5 en 2010. 
Fait notable : la majeure partie de ces crédits provient des entreprises et des établissements publics. Le budget général alloué par les différents ministères finance à peine 16% de ces projets, soit un total de 20,6 milliards de DH. Mais étant donné que la plupart des établissements et entreprises publics sont sous la tutelle de ces ministères, autant dire que l’effort déployé pour soutenir l’investissement public est, en général, à mettre à l’actif du gouvernement. 

Traitement particulier pour Rabat

Sur le plan régional, on observe que Rabat-Salé-Zemmour-Zaër concentre près de 20% des investissements prévus, avec une enveloppe de 24,6 milliards de DH. Et encore, c’est la capitale administrative qui en bénéficie le plus. Les chantiers des grandes infrastructures ouverts récemment dans cette ville expliquent pourquoi Rabat accapare une part importante de ce budget. On peut citer le projet de Bouregreg qui comprend plusieurs volets. Un nouveau chantier, et non des moindres, sera ouvert cette année. Il s’agit du grand théâtre de Rabat qui sera édifié sur le même site et dont le coût de réalisation est estimé à 1,5 milliard de DH.
Le département de l’enseignement consacre une enveloppe de plus de 513 MDH principalement pour la construction de 86 établissements scolaires qui s’inscrivent dans le cadre du plan d’urgence de ce ministère. Quant au ministère de la culture, il programme 20 MDH pour le lancement des travaux du Musée national de l’archéologie et des sciences de la terre. Le premier coup de pioche sera donné cette année. Le monument sera édifié non loin du grand théâtre de Rabat. Le département de la culture consacre aussi 8 MDH à la finalisation du chantier de l’Institut national supérieur de musique et des arts chorégraphiques qui jouxte le théâtre Mohammed V. 
Les infrastructures routières et aéroportuaires absorberont également une part importante de l’enveloppe. En 2011, les différents services relevant du ministère de l’équipement se mobiliseront pour la réalisation de 185 km de routes et une nouvelle aérogare à l’aéroport de Rabat-Salé ainsi que l’extension des infrastructures de l’aérogare existante. Au programme également, le financement des travaux en cours de la troisième voie de l’autoroute Rabat-Casa et de la voie de contournement de Rabat sur 41 km. D’autres grands projets sont programmés comme la restructuration par le ministère de l’habitat de l’ancienne ville de Salé, dont le coût est estimé à 145 MDH. Le département de la justice et celui de l’emploi mobilisent des fonds importants pour la construction de nouveaux sièges.

Grandes infrastructures et établissements scolaires en tête des investissements

Après Rabat, le Grand Casablanca est la deuxième région qui bénéficie le plus de l’investissement public. L’Etat lui consacrera 17,7 milliards de DH en 2011.
Les projets à caractère industriel, d’infrastructures routières, aéroportuaires et de logistique absorbent une grande partie de ces fonds. Le ministère de l’équipement prévoit ainsi de construire et de réaménager 128 km de routes. Il débloquera également des crédits pour le financement de sa contribution dans la réalisation de la route reliant la nouvelle plateforme de logistique de Zenata au port de Casablanca. Une partie des fonds sera affectée à l’autoroute Tit-Mellil-Berrechid. 
A travers l’Office national des aéroports (ONDA), il financera la suite des travaux d’extension du terminal 1 de l’aéroport Mohammed V de Casablanca. Quant à l’Office national des chemins de fer (ONCF), qui relève du même ministère, il débloquera des fonds pour le financement des études et de la première phase des travaux du train à grande vitesse.
Le ministère de l’éducation nationale consacre, pour sa part, un peu plus de 775 MDH pour, entre autres, la construction 59 établissements scolaires et de formation. Dans le domaine de l’Industrie, l’Etat via le ministère du commerce et de l’industrie poursuivra les travaux d’élargissement de la plateforme industrielle intégrée Nouaceur Aerospace City sur une superficie de 150 ha. Ce projet s’inscrit dans le cadre d’une vision globale visant la promotion d’un pôle industriel autour de la capitale économique. Dans la même optique sera poursuivi le financement des travaux de trois quartiers industriels dédiés exclusivement aux métiers de l’électronique à Mohammédia, Casablanca et Nouaceur.
A Chaouia-Ouardigha, ce sont les projets du groupe OCP qui dopent l’enveloppe budgétaire estimée à près de 12,8 milliards de DH. Il s’agit de la mise en place d’un réseau de pipeline pour le transport de phosphates sur 200 km ainsi que la réalisation de deux unités de production d’acide phosphorique.Le ministère de l’éducation nationale débloquera 398,5 MDH, notamment pour la construction de 73 écoles.
L’administration pénitentiaire programme en outre 20 MDH pour des logements à Khouribga et Oued-Zem. Quant au ministère de l’équipement, il a dégagé des ressources pour construire 388 km de routes et une partie de l’autoroute Berrechid-Béni Mellal. Le ministère de l’agriculture financera quant à lui le projet Chbika qui s’étend sur une superficie de 300 ha, la réalisation de l’étude d’aménagement hydro-agricole de 200 ha et le développement de la culture d’olive sur une superficie de 200 ha.

Forte disparité régionale

Le département de l’agriculture intervient de manière plus importante dans la région de Tanger-Tétouan qui profitera de 12,9 milliards de DH d’investissement public. Ce département programme ainsi le financement des études, d’équipement et des travaux de divers projets sur près de 20 000 ha. L’éducation nationale injectera près de 577 MDH principalement pour la construction de 105 établissements scolaires.
Le département de la formation professionnelle débloquera les crédits pour la finalisation des travaux de construction de trois centres de formation spécialisés dans les domaines de l’hôtellerie, de l’artisanat et de la pêche. Le ministère de l’habitat, de son côté contribuera au financement du programme de développement urbain de Tanger pour lequel il affectera 350 MDH. Il en fera de même à Tétouan où il engagera 300 MDH. Quant au programme similaire qui concerne M’diq et Fnideq, le ministère débloquera au total 151 MDH. La région bénéficiera également de fonds pour poursuivre les travaux lancés dans le domaine routier. Il en est ainsi de l’axe de la rocade méditerranéenne reliant Tétouan à El Jebha ainsi que 212 km de routes qui seront construites ou réaménagées. 
Au total, l’axe qui s’étend de Tanger à Casablanca hérite de la part du lion avec53 % de l’ensemble de l’investissement public programmé dans les différentes régions du pays. Si on y ajoute les 9,5 milliards de DH affectés à  Doukkala-Abda, on constate que l’Etat injecte un peu plus de 77,7 milliards de DH à ces cinq régions, soit 60% du total des crédits d’investissements destinés aux régions. Autant dire que le fossé est énorme. Le phénomène est d’autant frappant que ce sont ces mêmes régions qui absorbent la majorité des investissements privés et leurs communes sont les plus riches du pays. Ce déséquilibre s’amplifie quand on mesure l’effort d’investissement public par rapport à la population de chaque région. Ainsi, on constate que l’Etat consacre une moyenne de 1 673 DH par an pour chaque habitant de la région de Tadla Azilal, qui percevra 2,4 milliards de DH, contre 10 057 DH par personne dans la région de Rabat Salé-Zemmour-Zaër.