Production télévisuelle : les petites sociétés continuent de réclamer leur part du gà¢teau

Les appels d’offres pour Ramadan ont été remportés par les grosses sociétés de production. Le ministre de la communication soutient que le système des appels d’offres est positif et prône une mise à  niveau des sociétés de production sur la base d’un contrat programme.

Les petites sociétés de production télévisuelle ne désarment pas. Elles reviennent à la charge suite aux résultats des appels d’offres relatifs aux programmes de Ramadan pour dénoncer «l’inégalité de traitement» entre les entreprises de production. «Ce sont toujours les mêmes sociétés, en l’occurrence les grandes, qui décrochent les appels d’offres. Plusieurs sociétés ont dû réduire le personnel ou même arrêter leur activité faute de marchés», déplore le patron d’une petite agence. Ces mêmes sociétés de production espéraient que la mise en place, en 2012, du nouveau cahier des charges des médias publics allait introduire l’égalité des chances et instaurer une plus grande transparence dans l’attribution des marchés qui se faisait selon le système du gré à gré. Mais sur le terrain et depuis la fin de 2013, «c’est la déception totale, nous avons perdu tout espoir», disent les opérateurs.
Selon le ministre de la communication, Mustapha El Khalfi, «le nouveau système a introduit une plus grande transparence et une plus grande compétitivité. Depuis le début de l’année, il y a eu dix appels d’offres pour les deux chaînes, SNRT (Al Aoula) et Soread (2M) concernant aussi les programmes de Ramadan et il y a eu une augmentation de 10% des autorisations de tournage par rapport à 2012».

Les petits producteurs considèrent que ces chiffres ne démontrent pas que les nouvelles règles de passation des marchés de la production externe des télévisions ont ouvert la porte aux petites sociétés. D’ailleurs, selon des sources proches du dossier, les résultats des appels d’offres pour la programmation de Ramadan à 2M révèlent que ce sont toujours les mêmes producteurs qui ont remporté les marchés. Il s’agit notamment de Ali’in Production pour le sitcom Kenza Fi Douar avec Mohamed Bastaoui et Dounia Boutazout, Disconnected pour la série  Zina et L’couple 2.
Pour la SNRT, selon des sources bien informées, les appels d’offres ont été remportés par les producteurs habituels. En somme, nos sources précisent que «ce sont les mêmes producteurs, notamment les plus gros, qui sont à chaque fois en course» et que «ce système d’appels d’offres a eu des effets paradoxaux». D’abord, de 60 à 100, le nombre de sociétés de production répondant aux critères requis pour participer aux appels d’offres (capacité financière, organisationnelle et de créativité…) n’est plus que de 30 à 40. Ensuite, un chiffre d’affaires de 350 MDH est concentré sur un petit groupe d’opérateurs

C’est pour corriger cette concentration que Mustapha El Khalfi avait promis, au début de l’année 2014, de réserver 20% des appels d’offres aux petites sociétés de production. Les professionnels considèrent que cette mesure est une simple annonce car toutes les sociétés sont des PME dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas les 30 MDH et donc n’atteint pas le chiffre d’affaires, soit 75 MDH, exigé légalement pour une PME.

Les moyens de financement de la production sont en baisse

Pour certains producteurs, cette promesse «n’est qu’une fuite en avant» du ministre de la communication qui, selon eux, n’est pas du tout à l’écoute de leurs doléances. En effet, les gros producteurs avaient proposé de sous-traiter une partie des marchés auprès des petites sociétés afin de ne pas les écarter et leur permettre de continuer à tourner. Mais cette proposition n’a pas été retenue par Mustapha El Khalfi qui a préféré lancer la réflexion sur la mise à niveau des sociétés de production. «Après la mise en place du système des appels d’offres, le deuxième volet de notre stratégie porte sur un plan de mise à niveau des sociétés de production en vue d’une meilleure formation, d’une meilleure qualité des programmes et d’un plus grand professionnalisme», explique le ministre. Ce plan, qui  aboutira, selon lui, à la signature d’un contrat programme avec les producteurs, vise le développement et l’amélioration de la production nationale. Des réunions ont eu lieu, selon le ministère de la communication, à ce sujet avec les diverses parties concernées. Curieusement, les petits producteurs interrogés nient avoir entendu parler d’un quelconque projet de contrat programme et de mise à niveau. Ils font savoir que c’est au niveau des conditions requises pour soumissionner aux appels d’offres qu’il faut agir, et particulièrement sur le montant de la caution provisoire de 1,3 MDH. A les en croire, réunir une telle somme est une mission impossible. De plus, les petits producteurs accusent les grands producteurs et les chaînes de télévision de connivence pour l’attribution des marchés qui se fait alors en dehors de toute transparence. Une accusation qui demeure toutefois non vérifiée.

Du côté des chaînes de télévision, la problématique de la production se situe ailleurs. Il faut certes une amélioration de la qualité mais le problème majeur réside aujourd’hui dans les capacités de financement de la production, sachant que les subventions de l’Etat sont en baisse depuis deux ans et que le marché publicitaire télé est morose, explique, en substance, un cadre d’une télé publique.

Pour le ministère de la communication, le système des appels d’offres est un acquis positif alors que pour les petits producteurs le problème reste entier. Certains d’entre eux disent qu’ils agonisent alors que d’autres ont même mis la clé sous le paillasson.