Privatiser la RAM ? Oui, mais en s’alliant à  un opérateur mondial qui en serait actionnaire minoritaire

Le trafic global a augmenté de 4 % par rapport à  l’année 2007 et le taux de remplissage des avions a été amélioré de près de 5 points.
En dépit d’une année 2009 qui s’annonce difficile, la compagnie maintient ses efforts de développement en Afrique.
Sa filiale spécialisée dans le transport domestique et régional sera opérationnelle vers juillet 2009.

Comment  se porte Royal Air Maroc, alors que l’environnement de l’aviation civile n’est pas des plus favorables ?
En dépit d’un environnement défavorable, effectivement, marqué par l’intensification de la concurrence, la forte pression sur les prix et le niveau élevé du coût du carburant , Royal Air Maroc est parvenue à clôturer l’exercice 2008 avec des résultats positifs.
Sur le plan commercial, nos équipes ont pu anticiper les tendances de nos marchés. Nous avons mis en place une politique concentrée sur l’amélioration du remplissage, le lancement de tarifs agressifs et une gestion optimale de la recette. Cette politique nous a permis de maintenir nos parts de marché malgré l’arrivée massive de concurrents sur le Maroc.
 Nous avons ainsi augmenté le trafic global de 4 % par rapport à l’année 2007 et amélioré le taux de remplissage des avions de près de 5 points. En parallèle, Royal Air Maroc a consolidé sa stratégie de hub autour de la plateforme Casablanca en poursuivant son développement sur l’Afrique à travers l’ouverture de trois nouveaux marchés : Yaoundé, Monrovia et Kinshasa après l’ouverture d’autres points sur le continent comme Malabo et Freetown.

La crise économique a tout l’air de perdurer et les perspectives ne sont pas réjouissantes…
Comme toutes les compagnies aériennes, nous nous attendons à un recul du trafic au niveau mondial. L’IATA (NDLR : International Air Transport Association) a déjà annoncé des perspectives moroses pour 2009 et la première baisse du trafic passagers depuis 2001, dans un contexte de ralentissement brutal de la croissance mondiale. Outre cet environnement contraignant, nous devons également nous attendre à une intensification accrue de la concurrence, en particulier de la part des opérateurs low-cost et au niveau des lignes rentables de notre réseau.
Nos  équipes commerciales restent vigilantes face à des prévisions de trafic en décroissance et un décrochage de la demande, pour prendre des mesures d’adaptation et d’ajustement de nos capacités en fonction de l’évolution de nos marchés. Cette vigilance n’altère en rien nos projets de développement notamment sur l’Afrique qui reste un axe porteur pour nous. Nous allons continuer à élargir notre réseau sur le continent à travers l’ouverture de nouvelles lignes. Luanda en Angola et Bangui en Centrafrique sont déjà programmées entre 2009 et 2010.

Et maintenir votre programme d’acquisition de nouveaux appareils ?
Oui. D’ailleurs un effort considérable sera consenti pour développer la flotte. Nous allons renforcer notre réseau long-courrier. Nous recevrons deux Boeing 767 supplémentaires dès cette année, ce qui nous permettra de disposer d’une flotte long-courrier d’une dizaine d’avions au début de l’année 2010. Avec l’arrivée des Boeing 787 Dreamliners, nous allons être parmi les tout premiers à utiliser ce type d’appareils. Nous poursuivrons en parallèle le développement et la modernisation de la flotte moyen-courrier avec la réception de trois Boeing 737/800 de nouvelle génération au courant de cette année.

L’ouverture  du capital de la compagnie a été annoncée. Quel est le schéma qui sera privilégié : le passage par la Bourse, l’appel aux institutionnels nationaux ou le partenariat  avec des opérateurs internationaux ?
Royal Air Maroc est avant tout un opérateur. Nous sommes des dirigeants opérationnels et c’est l’Etat actionnaire qui décide de l’opportunité de l’ouverture du capital de la compagnie et du schéma à retenir pour le concrétiser. Cela dit, nous participons à la réflexion en ce sens.
Dans ce cadre, la meilleure option nous semble être celle d’une ouverture minoritaire du capital de Royal Air Maroc à un partenaire stratégique international. Cette option permettrait à l’Etat de conserver des pouvoirs d’actionnaire très significatifs, à travers une majorité nette dans le capital. Il ne faut pas que le contrôle stratégique de la compagnie échappe à l’Etat. Il s’agira donc de trouver un partenaire aérien de premier plan au niveau mondial, qui nous fasse bénéficier de son expertise.
Ce dernier constituerait une sorte de «consultant actionnaire», intéressé par toutes les synergies que lui offrirait la RAM, mais sans s’imposer unilatéralement dans les options stratégiques de développement de la flotte, du réseau et du programme. Si comme le pense Adil Douiri, qui s’est exprimé à ce sujet dans la presse, cette option est irréalisable et que l’entrée d’un tiers dans le capital a comme conséquence la perte de contrôle, alors je recommanderais, comme lui, de ne pas ouvrir le capital en dehors, éventuellement, de la Bourse de Casablanca.  Ceci étant, nous faisons confiance aux pouvoirs publics.

Qu’en est-il de la compagnie domestique dont vous avez annoncé la création ?
Royal Air Maroc est une compagnie plongée dans la concurrence, dans un cadre totalement ouvert et libéralisé. Mais dans le même temps, et c’est un paradoxe, il y a une forte attente de la part de l’opinion publique en matière de dessertes répondant  à un objectif de service public.
Dans ce cadre, la compagnie a mené, en collaboration avec le ministère de l’équipement et du transport, une étude d’optimisation du réseau domestique. A l’issue de cette étude, il a été décidé de créer une compagnie aérienne, filiale de Royal Air Maroc, spécialisée dans le transport domestique et régional. L’objectif est de mettre à la disposition du Maroc un instrument offrant aux régions des liaisons aériennes qui renforcent leur attractivité.  
Le lancement de cette compagnie vise également à offrir à la clientèle nationale un produit adapté en termes d’horaires et de fréquences, permettant une nouvelle dynamique de développement du marché intérieur du transport aérien dans notre pays. Par exemple, la nouvelle offre aérienne accompagnera le projet Kounouz Biladi pour le développement du tourisme intérieur.
Cette filiale va opérer avec une flotte composée de huit avions de nouvelle génération d’une capacité de 70 sièges et son lancement est prévu vers juin- juillet de cette année.

Et le nom ?
Il sera dévoilé au moment opportun.

Finalement, quel impact sur la RAM l’accord sur l’Open Sky signé avec l’UE a-t-il eu ?
L’accord, signé en décembre 2006, était venu parachever une politique de libéralisation du transport aérien entamée en 2004. Cet accord  a eu des effets tangibles très importants, marquant un nouveau palier dans l’évolution du secteur. En 2007, année de pleine application de l’Open sky, pas moins de 150 vols hebdomadaires additionnels ont été créés entre le Maroc et l’Europe. Le trafic aérien global a enregistré une croissance de 17%, et le nombre des passagers a pratiquement doublé entre 2003 et 2007 pour passer de 5,2 millions à 10,1 millions. Ces chiffres remarquables sont en totale rupture avec le passé.
Ce qui est important de souligner, également, c’est que la libéralisation n’a pas fragilisé Royal Air Maroc. La compagnie s’est adaptée à un environnement très difficile, marqué par la concurrence nouvelle livrée par  des géants européens du low-cost, elle a su protéger ses parts de marché et préserver ses équilibres économiques et financiers. Royal Air Maroc a continué à se développer, à renforcer sa flotte, à ouvrir de nouvelles lignes.

En matière de ressources  humaines, les pilotes ne cessent de manifester leur mécontentement…
Il est vrai  que l’on me dit que les représentants des pilotes sont très bruyants dans les salons et les salles de rédaction, mais il faut qu’ils apprennent à régler les affaires de la compagnie à l’intérieur de celle-ci et selon les voies les plus appropriées et les plus efficaces. Je rappelle que les représentants des pilotes avaient décidé, en octobre 2008, le report de toute action de protestation, suite au discours royal prononcé à l’ouverture de la session parlementaire 2008-2009 et suite également à l’annonce par le gouvernement de la privatisation de la compagnie.
La direction a enregistré avec satisfaction cette décision responsable et qui semble soucieuse des intérêts de Royal Air Maroc. Je rappelle toutefois qu’à l’issue de la dernière réunion qui a eu lieu avec les représentants des pilotes le 12 octobre 2008, la direction avait remis une feuille de route destinée à faciliter la poursuite des discussions.
Cette feuille de route indique les modalités de constitution et de fonctionnement de la commission chargée de la préparation d’un projet de statut pour les pilotes ainsi que son planning de travail. Nous n’avons à ce jour reçu aucune réponse sur nos propositions. Des propositions concrètes sont donc entre les mains des représentants des pilotes et la direction attend qu’ils répondent à ces propositions pour permettre au dialogue d’avancer.