Pourquoi un voyage au Maroc coûte moins cher si on l’achète à  partir de l’étranger

Sur Internet, un séjour d’une semaine dans un 5* est vendu à  7 000 DH par personne, billet d’avion compris à  partir de Paris. En raison du nombre limité de sièges sur les vols à  destination du Maroc, les tour-opérateurs se retrouvent avec des chambres invendues alors que la demande existe.

Le Maroc est-il en train de devenir une destination touristique bon marché ? Sans être catégorique, on ne peut s’empêcher de constater qu’avec la crise qui sévit dans le secteur du tourisme depuis 2008, il y a une forte pression sur les prix des offres que proposent les hôteliers. En effet, il suffit d’aller sur internet pour trouver des formules défiant toute concurrence. Qu’on en juge. Un séjour de 7 nuits dans un hôtel 5*, à Marrakech, est commercialisé à environ
7 000 DH par personne, billet d’avion aller et retour à partir de Paris compris. Le prix descend à 5 000 DH pour un 4*. Et l’on peut trouver un package bien moins cher quand on n’est pas trop regardant sur le standing de l’hôtel. Pour un séjour à Agadir dans un 5 ou un 4*, toujours au départ de Paris, le tarif est pratiquement du même ordre, à quelques dirhams près, et ce, malgré que le vol dure plus longtemps. Sur cette ville, on peut trouver, par ailleurs, une large fourchette de prix qui peuvent descendre jusqu’à 4 000 ou 3 000 DH pour un séjour d’une semaine.

Le prix de gros d’une chambre double est autour de 450 DH pour un TO

Pour Casablanca, destination d’affaires par excellence, les offres sont basées sur des séjours très courts dépassant rarement les trois nuits. Les courts séjours dans les meilleurs palaces de la capitale économique sont commercialisés autour de 1 000 DH par nuit et par personne, billet d’avion compris à partir de Paris. D’une manière générale, avec le développement des vols low-cost ces dernières années, le Maroc est devenu une destination accessible à partir de la plupart des aéroports européens, ce qui fait que le prix du même séjour pour un Français, un Allemand ou un Anglais ne diffère pas tellement. Ces prix ont longtemps fait rêver les touristes nationaux, particulièrement avant la crise, surtout quand il leur arrivait de payer au tarif maximal leur chambre d’hôtel et de se rendre compte que leur voisin, touriste étranger, est hébergé pour trois fois moins cher. Certes, les hôteliers ont toujours conçu des offres à l’adresse des nationaux, mais c’est souvent en temps de crise grave ou en basse saison. La raison de ces écarts tient principalement à deux éléments : d’une part, il y a la durée de séjour qui est souvent courte chez les nationaux, ne dépassant pas un long week-end, et, d’autre part, il y a le circuit de distribution qui n’est pas encore très développé et auquel les nationaux ont recours rarement.
Généralement, explique un hôtelier, hormis les offres sur internet qui sont souvent des promotions de dernière minute, le prix de gros que paye un TO européen pour une chambre d’hôtel pour deux personnes, avec demi-pension, se situe autour de 450 DH en moyenne. Toujours selon ce professionnel, il faut compter 500 à 550 DH pour un hôtel 5*, ces prix pouvant varier selon la demande et les périodes. Pourquoi ces prix bas ? Tout simplement parce que le TO achète à l’année et paie les chambres, qu’il les remplisse ou pas. Et les nationaux ne peuvent pas en profiter. Mais, depuis peu, fait remarquer Jean Jacques Bouchet, le DG de Fram Maroc, sans doute en raison de la crise internationale qui perdure, les hôteliers commencent à cibler la clientèle nationale. On assiste, précisément depuis le mois de juillet dernier, à la diffusion sur internet et par d’autres canaux publicitaires d’offres très alléchantes pour les nationaux. Ces offres visent surtout les familles de taille moyenne, c’est-à-dire des couples avec un ou deux enfants. Outre un effort sur le prix des chambres, avec des réductions qui atteignent souvent 50%, parfois même plus, les nationaux se voient proposer des gratuités pour leurs enfants en bas âge et pour les plus âgés des suppléments encourageants. La plupart des chaînes hôtelières nationales affichent aujourd’hui des offres sur leurs propres sites web avec des accès gratuits aux lieux de distractions et de détente, pourvu que les clients soient motivés. En définitive, il est possible d’obtenir une chambre autour de 450 DH par personne dans un 5*, petit-déjeuner offert, en plus des avantages précités. Les mêmes prestations sont facturées à partir de 300 DH dans la catégorie inférieure. Pour mieux faciliter les réservations aux nationaux, des établissements s’adaptent également au paiement en espèces en invitant les clients à passer par les sociétés de transfert d’argent pour acheter leur séjour.
D’une manière générale, même s’il est encore important, l’écart entre les prix proposés aux TO étrangers et aux nationaux se réduit chaque année un peu plus, un peu grâce aux conséquences de la crise actuelle mais également parce que les habitudes des touristes locaux commencent à changer : ainsi on hésite aujourd’hui à passer un séjour de plusieurs nuits chez la famille lorsque l’on est marié avec enfants et l’on voyage plus qu’auparavant. Selon un TO étranger, actuellement, le Maroc se trouve avec des chambres d’hôtels invendues faute de sièges d’avion. Nombre de compagnies aériennes low-cost ont en effet réduit leur fréquence sur le Maroc pour répartir le risque. En somme, les établissements locaux n’ont pas pu profiter pleinement de la perte d’intérêt des touristes européens pour la Tunisie et l’Egypte. Comme une chambre d’hôtel ne se stocke pas, il ne reste donc plus qu’à faire des efforts sur les tarifs, «pour ne pas rester les bras croisés», comme le dit un hôtelier.