Pourquoi le recyclage du verre ne prend pas au Maroc

Le prix de vente du verre usagé est inférieur à  celui du plastique et du carton. Théoriquement, le verre recyclé peut peser jusqu’à  90% du produit fini. L’obligation de trier les déchets, une solution pour favoriser le recyclage.

De tous les déchets récupérables et valorisables au Maroc, le verre est malheureusement celui qui attire le moins l’attention. A l’opposé du plastique et du carton, par exemple, le verre alimentaire (bouteilles et bocaux) est en effet largement délaissé dans les poubelles. La principale raison à ce manque d’intérêt, de la part des chiffonniers comme des opérateurs formels de grande taille, est le prix de vente. Le kilo de verre collecté est en effet vendu 0,50 DH aux verreries qui le transforment. A titre de comparaison, le kilo de carton collecté est revendu 0,80 DH environ et le plastique en moyenne 1 DH le kilo. «Pourtant, si l’on rapporte le poids à la superficie, il devient plus intéressant de traiter du verre puisque le prix au m3 est plus intéressant que le carton et le plastique. Rien qu’à titre d’exemple, pour le même poids, le plastique occupe 300 fois plus de place que le verre. Autrement dit, au prix du kilo collecté, le plastique est plus intéressant. Mais au prix du kilo transporté, le verre devient alors le plus intéressant», explique Thierry Cahuzac, directeur d’exploitation du groupement d’intérêt économique (GIE) Progress (voir encadré). Toujours est-il que malgré la loi 28-00 relative à la gestion des déchets qui l’interdit, le verre alimentaire est aujourd’hui très souvent réutilisé. Fabricants de confiture peu scrupuleux et producteurs d’alcool clandestins utilisent des bouteilles en verre déjà usagées dont l’état ne peut que laisser à désirer. On a même vu de l’eau de rose dans une ancienne bouteille de bière. Et ce n’est pas un effet de style. Cet usage informel prédomine donc dans le traitement du verre, en particulier à la campagne et dans les souks. 

Coca-Cola recycle 70% de ses bouteilles

Toute petite qu’elle est, la filière du recyclage du verre s’organise néanmoins grâce au travail d’opérateurs volontaires. Plus grand limonadier au Maroc, Coca-Cola utilise entre 10 et 20 millions de bouteilles en verre par an. L’entreprise estime que 70% d’entre elles sont recyclées. «Les bouteilles ont une durée de vie moyenne de 5 ans durant lesquels elles font entre 15 et 20 rotations en moyenne. Nous récupérons les bouteilles endommagées que nous cassons pour les revendre au fabricant local qui les utilise comme matière première. Concernant les bouteilles complètement dégradées, c’est le transformateur local qui les récupère à travers un système parallèle», résume Omar Bennis, directeur marketing au sein de la société. C’est en l’occurrence la Sevam, leader marocain dans la fabrication du verre alimentaire, qui récupère ce verre cassé, appelé aussi calcin.

Ajouté aux matières premières brutes que sont le sable blanc et le calcaire notamment, ce calcin représente au total 40% du produit fini qui sort de ses lignes de production. Pourtant, le verre retraité peut peser jusqu’à 90% du verre fini comme c’est le cas en Allemagne. «Au Maroc, la Sevam produit 10 fois plus qu’elle ne récolte», conclut M. Cahuzac. Autre handicap dans le recyclage du verre au Maroc, le non-respect de la consigne des bouteilles de bière par les grandes surfaces. Lorsque vous achetez une bouteille de bière, 1 DH va à la consigne. Or, ni le client ni la grande surface ne respectent cette pratique. Résultat, le brasseur ne récupère pas ses bouteilles et perd ainsi la possibilité de les retraiter.

En définitive, pour que le verre soit traité avec au moins autant d’intérêt que le plastique et le carton, la solution reste probablement l’obligation de trier les déchets.