Port de Casa : les importateurs de blé se plaignent de la lenteur des déchargements

Plusieurs bateaux en rade, les délais d’attente selon les professionnels peuvent atteindre 15 jours.
L’agence nationale des ports invite les importateurs à  passer aussi par Jorf Lasfar pour décongestionner Casablanca.

C’est devenu récurrent. A chaque fois que le Maroc doit importer d’importantes quantités de céréales, les opérateurs ont du mal à évacuer leur marchandise. Ces derniers, par la voix de leur fédération, protestent de nouveau contre les retards dans le déchargement des céréales qui se traduisent par des charges supplémentaires.
Selon Bouchaib El Haddaj, le président de la Fédération nationale des négociants en céréales et légumineuses (FNCL), le délai d’attente des bateaux dans le port de Casablanca est actuellement de près de deux semaines et une dizaine de bateaux est en rade. Les importateurs tiennent pour responsable de cette situation la société Mass Céréales. Cette dernière est le principal opérateur des silos avec un autre opérateur à savoir Sosipo (dont la majorité du capital est contrôlée par l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses “ONICL”). Mais il se trouve que presque la totalité des importateurs préfèrent s’adresser à Mass céréales, apparemment mieux équipée, mais qui, du coup, se retrouve en situation de «monopole de fait» comme l’expliquent les membres de la fédération.

L’ANP se demande pourquoi les importateurs optent toujours pour le port de Casablanca en ce moment

Pour comprendre le dossier, il faut remonter à juillet 2009, date à laquelle l’Agence nationale des ports (ANP) a pris la décision d’interdire le déchargement des céréales sur les quais et de rendre obligatoire leur transit par les silos pour des raisons sanitaires.
Mais ce qui a été jugé, il y a un an, comme un progrès en matière sanitaire, s’avère aujourd’hui, avec ses effets pervers, comme pénalisant. En effet, selon la FNCL, 5 postes de travail, dont 4 à quai, étaient réservés auparavant au déchargement des céréales, mais depuis le 1er novembre 2009, le nombre de postes de travail a été ramené à deux seulement puisque les déchargements sur les quais étaient désormais interdits.
D’autre part, la principale mesure qui devait accompagner cette décision, en l’occurrence le traitement des navires 24h/24, s’est avérée impossible à mettre en application par manque de moyens notamment l’inexistence d’une chaîne logistique en continu. En effet, «la flotte de camions est insuffisante pour soutenir ce rythme et d’une manière générale les minoteries refusent de réceptionner la marchandise en pleine nuit, sans parler de l’administration (notamment la douane) qui n’assure pas de service la nuit », affirme Bouchaib El Haddaj.
Résultat : les tarifs de manutention et de magasinage ont, selon la fédération, augmenté de 70% sans que les délais d’attente ne soient réduits comme promis. Ceci est d’autant plus contradictoire que les tarifs plafond appliqués depuis le 1er janvier dernier, soit 42,50 DH HT/t pour les cargaisons déchargées et évacuées simultanément que le déchargement du bateau et 58,50 DH après déchargement du bateau, ont été décidés pour inciter les importateurs à évacuer leur marchandise rapidement en dehors du port.
Aussi, les professionnels, tout en saluant l’évacuation des céréales via les silos, ont demandé à plusieurs reprises à l’ANP de permettre le passage par les quais en cas de congestion du flux entraînant une attente de plus de 3 jours. Ceci est d’autant plus que souhaité que les importateurs paient des frais supplémentaires à partir du 6ème jour, des frais dont les montants augmentent en fonction de la durée du retard.
Tous ces arguments sont balayés d’un revers de main par Nadia Laraki, Dg l’ANP. Pour elle, les choses se passent tout à fait normalement au regard de la haute saison dans laquelle on se situe pour les importations. Certes, dit elle, il y a des délais d’attente moyen de 2 à 3 jours chez Mass Céréales et de 4 à 5 jours chez Sosipo, mais ils ne permettent pas de dire qu’il y a une congestion au niveau du port de Casablanca. Du reste, la responsable de l’ANP se demande pourquoi les importateurs optent toujours pour le port de Casablanca en ce moment, alors qu’il peuvent décharger leur bateaux au port de Jorf Lasfar, pour éviter cette attente qu’il jugent pénalisante.
A l’heure où nous mettions sous presse, mercredi 27 octobre, il y avait selon l’ANP, 7 bateaux en rade dont 6 destinés à Mass Céréales et un seulement à Sosipo. Ceci pour dire que ce sont les importateurs eux- mêmes qui font le choix de l’une ou l’autre des sociétés. Par conséquent, si monopole il y a, c’est la conséquence de leurs choix, souligne Mme Laraki. Enfin, elle précise que quand un bateau est en rade depuis 10 jours, il est déchargé automatiquement dans un quai de Marsa Maroc, et c’est le cas aujourd’hui : un quai est ouvert depuis lundi 25 octobre.