Pollution industrielle : ces entreprises qui investissent dans le développement durable

En 2011, Lesieur mettra en service une deuxième centrale de production de vapeur à  partir du grignon d’olive dans l’usine d’Ain Harrouda.
A Tétouan, l’usine de Jacob Delafon alimentée en énergie solaire.
Dans certains secteurs, comme le textile, ce sont souvent les donneurs d’ordre qui exigent un procès de production propre.

Il y a parfois des domaines où les opérateurs privés n’ont pas attendu d’être soumis à dès règles strictes pour agir. C’est le cas en matière de développement durable où tout est encore à faire. En l’absence d’obligations légales complètes (voir encadré), certains d’entre eux ont pris la mesure du problème et ont lancé des projets d’éco responsabilité, profitant parfois de mécanismes mis en place par l’Etat avec l’aide de bailleurs de fonds internationaux, tels le Fonds de dépollution industrielle (Fodep) cogéré par le ministère de l’environnement et la Caisse centrale de garantie (CCG) en collaboration avec la KFW, organisme allemand de coopération internationale. Parmi ces entreprises, il y a Lesieur Cristal qui, dès la fin des années 90, avait engagé une réflexion sur d’éventuelles actions liées au développement durable. Cette réflexion a abouti, en 2004, à la mise en service d’une station de traitement des eaux usées d’un investissement total de 15 MDH. Financée à hauteur de 40% par le Fodep, «la station a résolu la problématique du traitement des boues générées par le process de fabrication», s’enthousiasme Mustapha Hassini, directeur industriel de l’usine Lesieur Cristal d’Aïn Harrouda. En 2009, l’entreprise inaugurait la centrale de production de vapeur, utilisant le grignon d’olive comme combustible, d’un coût de 16 MDH. Cette dernière couvre 30% des besoins en énergie de l’usine et inclut un filtre pour le traitement des gaz rejetés.
Lesieur ne compte pas s’arrêter là puisque début 2011 verra la mise en service d’une deuxième centrale de production de vapeur, qui permettra de couvrir cette fois 70% des besoins énergétiques de l’usine. Pour accompagner cette démarche d’éco-conscience, elle a prévu un programme ambitieux de plantations d’olivier garantissant l’approvisionnement en grignons d’olive. Au total, 1 200 ha seront plantés avant la fin de l’année.
Toujours chez les majors, Renault a annoncé le 4 juin dernier que la future usine de Tanger, qui produira les premiers véhicules début 2012, sera 0 carbone et 0 rejet liquide. Fruit d’un partenariat entre Renault, Veolia et le Royaume du Maroc, l’initiative prévoit la réduction des émissions de CO2 de 98%, soit 135 000 tonnes de CO2 potentiellement revendables sur le marché du carbone. Les combustibles retenus, les noyaux d’olives et le bois d’eucalyptus qui sera progressivement cultivé au Maroc, permettront ainsi de chauffer l’eau nécessaire au chauffage des étuves de peinture, ainsi que l’eau chaude pour les besoins du site. Le reste des besoins électriques sera couvert par l’approvisionnement auprès de l’Office national de l’électricité en énergie issue des énergies renouvelables (éolien, solaire, hydraulique). Quant aux rejets liquides, ils seront traités en osmose inverse et en évaporation.
Jacob Delafon, professionnel de la céramique, a également investi au début des années 2000 dans la construction d’une station de traitement des eaux. Et cette année, le groupe a installé des panneaux solaires pour alimenter l’usine, située dans les environs de Tétouan. Ils seront opérationnels dans les prochains jours. Prima Confection, entreprise textile installée à Dar Bouazza, a inauguré en 2004 une station d’épuration des eaux usées.

Une image de marque à défendre à l’international

L’entreprise désirant investir dans le développement durable doit en effet avoir les reins solides pour supporter la part de financement propre et les charges d’exploitation. Que la décision émane d’une maison mère installée à l’étranger pour les multinationales ou du management local pour les autres cas ne modifie que très peu la démarche.
Ainsi, certaines multinationales, dans le secteur cimentier par exemple, sont dotées d’équipes d’ingénieurs dédiées au développement durable, et capables de réfléchir aux meilleures technologies à utiliser. Dans le cadre de ses actions durables, Jacob Delafon Maroc travaille ainsi avec le département ingénierie du groupe. L’intervention de consultants extérieurs n’est donc pas systématique. Finalement, les entreprises investissant dans le développement durable le feraient-elles par pur altruisme? Peut-être, mais là n’est pas leur seule motivation.
Pour Mohamed Oudghiri, patron de Prima Confection, «les centrales d’achat sont très exigeantes et les clients tiennent à vérifier que les normes internationales de rejets sont respectées. Les projets réalisés sont importants pour l’image de marque véhiculée».