Pharmacies : les sanctions pour non-respect des horaires de travail peu dissuasives

A Casablanca, six pharmacies, pourtant déjà  sanctionnées, continuent d’ouvrir en dehors des heures fixées par la wilaya. Le Conseil national de l’ordre des pharmaciens est interpellé sur cette affaire.
La profession demande également une réorganisation de l’activité dans le milieu rural où les horaires ne sont régis par aucun texte.

Début de mandat chaud pour le Conseil national de l’ordre des pharmaciens installé début octobre. Il devra s’attaquer à l’épineux dossier des horaires de travail des officinaux dont quelques-uns semblent décidés à ne pas respecter la réglementation, notamment à Casablanca. En effet, six officines des préfectures de Ben M’sick, Moulay Rachid, Aïn-Chock et Derb Soltane, déjà sanctionnées d’une peine de trois jours de fermeture provisoire prononcée en septembre par la wilaya, sont de nouveau au banc des accusés. Ces récidivistes font partie des 14 commerces qui avaient, dans une première étape, été rappelés à l’ordre par les autorités locales, selon la procédure fixée par la note administrative du 25 avril 2015. Ces mesures avaient été prises sous la pression de plusieurs professionnels à travers des sit-in devant les locaux des contrevenants.

Le non-respect des horaires d’ouverture et de fermeture n’est pas circonscrit à la capitale économique. Le syndicat des pharmaciens de Casablanca signale aussi des cas à Inezgane. A l’en croire, la suspension d’activité ne semble pas suffisamment dissuasive. D’où son appel à l’instance ordinale fraîchement élue «pour mettre fin à cette anarchie et à cette concurrence déloyale de certaines pharmacies». Le Conseil national de l’ordre des pharmaciens (CNOP) est donc attendu sur cette affaire. Selon le syndicat, il doit passer à l’étape suivante fixée par la loi, notamment en prenant des sanctions disciplinaires contre les récidivistes. «Il peut ainsi décider d’un retrait provisoire de l’autorisation d’exercer, d’un blâme du pharmacien concerné ou, dans le cas extrême, d’un retrait définitif de l’autorisation d’exercer», est-il précisé.

De son côté, la wilaya doit, selon les pharmaciens, décider d’une suspension d’activité pour une période plus longue. Soit entre six et dix mois. Ce qui devrait pousser au respect de l’arrêté de la wilaya fixant les horaires de travail. Mais les contrevenants, en particulier les pharmaciens implantés dans les centres commerciaux, campent sur leur position. Ils avancent que leur «situation est spécifique dans la mesure où [ils] sont tenus par une convention, et [doivent] donc assurer le service pendant la période d’ouverture des centres concernés». Pour le syndicat des pharmaciens, cette convention n’est pas recevable ; «c’est la loi réglementant la profession et le texte fixant les horaires de travail qui priment». Et pour appuyer leurs propos, les pharmaciens évoquent le cas des banques implantées dans les centres commerciaux et qui se conforment aux horaires normaux de leur secteur.

Les pharmaciens implantés dans les centres commerciaux pointés du doigt

La décision très attendue du CNOP devrait donc mettre fin à la désorganisation de l’exercice de la profession, mais uniquement dans les villes. Dans le milieu rural, les horaires d’ouverture et de fermeture ne font l’objet d’aucune réglementation. Une autre anomalie signalée par les syndicats des pharmaciens qui s’indignent du «mutisme des autorités locales qui laissent faire alors qu’elles sont habilitées à intervenir».
Ouvertes pratiquement 24h/24 et 7j/7, les officines hors périmètre urbain posent, dit-on dans le milieu officinal, «un sérieux problème dans le secteur. Les pharmaciens ne sont pas toujours présents, ils font travailler les assistants pharmaciens plus longtemps que ce qui est prévu. Ils constituent une exception injustifiée qu’il faut également corriger». Il est expliqué en substance que ces officines se livrent une vive concurrence au point que certaines d’entre elles, dans une course effrénée au chiffre d’affaires, n’hésitent pas à faire des remises sur les prix de vente du médicament sans prescription. Une pratique illégale selon la loi 17-04 organisant l’exercice de la profession. Une plainte a été déposée par un médecin auprès du CNOP. Encore un autre dossier sensible sur sa table.