Période de vaches maigres pour le transport touristique routier

Le secteur pâtit de la baisse de l’activité des circuits touristiques au Maroc. Les entreprises allègent leur flotte, notamment en cédant des autocars. Celles qui tirent leur épingle du jeu ont misé sur la technologie et les véhicules de 5 à 6 places et mini-vans.

Le transport touristique se porte mal. «Depuis 2 ans, nous avons accusé une grande baisse d’activité due à la chute vertigineuse de l’activité des circuits touristiques dans les villes impériales et autres. Par conséquent, plusieurs transporteurs ont mis leurs autocars en vente. A titre d’exemple, à Agadir, 3 transporteurs ont vendu leurs autocars», déclare d’emblée Rachid Bouamara, président de l’Association régionale des transporteurs touristiques (ARTTC) et président délégué de la Fédération nationale du transport terrestre touristique (FNTT).

L’ubérisation de l’économie, la montée des sites de réservation en ligne tels que Booking, Airbnb & Co, la faillite de tour-opérateurs européens ou encore les formules all inclusive ont changé les tendances de voyages. Face à cette nouvelle donne, les 800 transporteurs touristiques recensés par la fédération dans le Royaume survivent tant bien que mal. A en croire M. Bouamara, il n’y a aucune fermeture d’entreprises de transport touristique malgré la diminution de l’activité. Mais beaucoup sont déficitaires.

Les groupes de Chinois et le tourisme de congrès pour sauver le secteur

Mehdi Rouissi, directeur commercial de l’agence de voyages Transatour, confirme la mauvaise passe du secteur. «Nous avons une filiale de transport touristique routier, Loca Bus, dotée d’une flotte d’une douzaine de véhicules créée pour les besoins de l’activité du groupe. Elle est structurellement déficitaire à cause de la baisse d’activité. En attendant la reprise, on se tourne vers le tourisme de congrès, et les quelques circuits touristiques qui subsistent grâce notamment aux touristes chinois qui, ne connaissant pas le Maroc, préfèrent venir en groupes via des TO», assure-t-il. «Le transport touristique exige des normes de qualité et de service irréprochables. Les entreprises de transport touristique qui travaillent avec les agences de voyages doivent acquérir des autocars neufs qui coûtent au moins 2,2 MDH. L’Etat, pour sa part, ne délivre pas l’autorisation d’importer des autocars âgés de moins de 5 ans. Il faut impérativement acheter du neuf, en plus des charges sociales, de personnel et de carburant… Ce qui plombe notre trésorerie, d’autant plus que le kilomètre est rémunéré aujourd’hui à 8,50 DH alors qu’il était à 11 DH dans les années 1990», s’alarme le président de l’ARTTC. Ces véhicules parcourent en moyenne 45000 km par an contre 6 fois plus dans le transport routier de voyageurs.

«Dorénavant, la demande pour les mini-vans, notamment pour les transferts vers l’aéroport et les congrès et séminaires, est en recrudescence. Par exemple, le Roi Salmane d’Arabie Saoudite, en visite à Tanger, veut louer 300 véhicules de 4 à 5 places», confie M. Bouamara.

Technologie et transport touristique font bon ménage

Le nouveau cahier des charges du ministère de l’équipement, du transport et de la logistique entré en vigueur en 2014, a permis aux investisseurs d’obtenir les agréments du transport touristique routier avec une flotte limitée à un véhicule de première série (25 places), 3 véhicules de 10 à 25 places ou 5 de 3e série. Des entreprises ont automatiquement investi dans ce créneau. C’est le cas de votrechauffeur.ma qui a obtenu 100 agréments de transport touristique. Contrairement à la plupart des sociétés de transport touristique routier, son activité croît à deux chiffres. Cette entreprise, qui dispose d’une flotte de trente véhicules et d’une plateforme de réservation en ligne, centre d’appel disponible 24h/24 et 7j/7 et une nouvelle application mobile, a même accueilli de nouveaux investisseurs et réalise une nouvelle levée de fonds. «Seul bémol : on est très perturbé par le lobby des taxis qui s’en prennent à nos chauffeurs à la sortie des hôtels. Par contre, on ne se plaint pas de la concurrence des entreprises de transport touristique classiques. On se positionne sur la qualité et la réactivité en proposant nos services à tout type de clientèle», dit non sans fierté Alexandre Leroi, DG de votrechauffeur.ma. L’entreprise compte même acquérir quelques véhicules supplémentaires, notamment des berlines et des Mercedes. C’est la preuve qu’il faut être proactif pour se développer.