Pêche au poulpe : l’irréparable a failli se produire à  Dakhla

En violation du plan d’aménagement de la pêche, 1 400 barques
ont pris la mer, jeudi 7 avril, manquant provoquer un affrontement avec les partisans
de l’application du plan.
Les autorités précisent que les problèmes de Ntitift (Dakhla)
n’ont aucune connotation politique.
Un peu plus de 1 500 embarcations ont repris la mer, lundi 11 avril, dans le respect
de la loi.

«Tout a commencé jeudi 7 avril, entre 6 heures et 8 heures du matin, lorsque les toutes dernières barques non autorisées ont pris la mer, au point de pêche de Ntirift, à quelque 75 kilomètres de Dakhla. En fait, ce sont 1 428 barques qui prennent la mer dans l’anarchie, violant loi et engagement», témoigne Hassan Talbi, secrétaire général de l’Association de la pêche artisanale.

Les débordements sont le fait de 300 à 400 personnes
Que s’est-il réellement passé à Ntirift ? La saison de la pêche au poulpe y avait été décrétée ouverte sur fond de laborieuse application du plan d’aménagement des pêcheries de poulpe, plan visant essentiellement à réduire le nombre de barques et à organiser l’activité de la pêche au poulpe dans les zones autorisées.
A la wilaya de Oued Eddahab, on retrace sereinement le film des événements, en prenant soin de rappeler que «Ntirift est le seul site concerné par un mouvement de protestation parce qu’il s’agit de la plus grande concentration de pêcheurs. Les débordements n’ont été le fait que de 300 ou 400 personnes. Nous nous devions d’intervenir car cela aurait pu faire boule-de-neige».
Et pour cause. Ici, à l’ouverture de la saison, 30 000 à 40 000 saisonniers venus des quatre coins du pays rejoignent la région. Le poulpe se vend bien et cher, pouvant atteindre jusqu’à 65 DH le kilo. «Les barques non autorisées braveront la loi et violeront les engagements décidés au terme des réunions avec les professionnels, la délégation du ministère des pêches et les autorités locales dans le cadre de la mise en application du plan d’aménagement, qui réduisait à 2 500 le nombre de barques autorisées à pêcher le poulpe. Il a été convenu, et ce pour une période transitoire et d’observation, d’ajouter à ce quota 1 400 barques qui prendraient la mer par rotation», explique notre interlocuteur de la wilaya.
Ce que confirme d’ailleurs M. Yazidi, secrétaire général du Syndicat national des officiers et marins de la pêche hauturière. «Pour toute la côte Sud, explique-t-il, à partir de Boujdour, 7 179 barques étaient jusque-là autorisées à pêcher, et ce avant l’application du plan d’aménagement de la pêche au poulpe. Ce dernier avait été visiblement élaboré à la hâte par le ministre de la Pêche de l’époque, Taieb Rhaffes, menacé par le remaniement ministériel, en avril 2004. Ce même mois, les discussions avaient commencé. Une commission composée de 65 professionnels, représentants d’associations, de syndicats et du ministère de la Pêche avait été créée pour que soient sélectionnées au total 3 000 barques qui seraient autorisées à pêcher le poulpe». Et de poursuivre : «Pendant un mois et 20 jours, nous avons tenu des réunions. Nous pointions les détenteurs de licence, qui étaient en fait 6 289, outre les 900 autres licences octroyées par la wilaya aux chômeurs de la région. La sélection s’annonçait difficile mais nous avions la conviction que le plan d’aménagement servait d’abord les intérêts du secteur, donc les nôtres. A cela, il faut ajouter que le gouvernement s’était engagé, en juin 2004, à indemniser ceux qui étaient prêts à procéder à une reconversion. Une promesse jusque-là non tenue malgré nos différentes lettres de mise en garde».

160 tonnes de poulpe saisies
Dès le 8 avril, le ministre de l’Agriculture et de la Pêche, Mohand Laenser, ratant dans la foulée l’ouverture parlementaire de printemps et l’élection du président de la première Chambre, se rend en catastrophe sur les lieux, où manifestation et contre-manifestations ont opposé défenseurs et détracteurs du plan d’aménagement, alors que les autorités locales avaient d’ores et déjà confisqué le produit de la pêche interdite, environ 160 tonnes. Entre-temps, les professionnels partisans du plan d’aménagement avaient pris leurs précautions en dressant des barrages pour empêcher les pêcheurs «hors-la-loi» d’acheminer leur produit vers les unités de congélation.
Ce même jour et le lendemain, le ministre de la pêche multiplie, avec le wali Mohamed Tricha, les réunions avec les professionnels, les marins et les populations. Joint au téléphone samedi, à Dakhla, où il se trouvait toujours à la fin de la journée du 9 avril, il reconnaissait qu’une «opération de recensement et de sélection des barques selon des critères fixés d’un commun accord avec les professionnels du secteur n’est jamais une chose aisée».
Et quid des 2 500 embarcations prévues par le plan d’aménagement devenues par la suite un peu plus de 3 000? « Tout se fait selon les sites et les situations sociales», répond le responsable gouvernemental. Il ajoute qu’il n’est «pas question que les sorties en mer se fassent en dehors de ce qui a été convenu et autorisé et que les accords doivent être respectés par tous, conformément à la loi».
A Rabat, et dès jeudi, les pouvoirs publics suivaient de près la situation alors que les rumeurs les plus folles circulaient dans les salons. Mais, de source gouvernementale, on indique qu’il n’y a là «aucune inquiétude à se faire ; ce qui s’est passé à Dakhla n’a aucune connotation politique. C’est bel et bien un problème sectoriel».
Dimanche 10 avril, le site de Ntirift commençait à retrouver son calme. Le matin même, on pouvait voir M. Tricha s’entretenir aux abords de la plage et en toute quiétude avec plusieurs centaines de saisonniers. Lundi 11 avril, aux premières heures de la matinée, 1 508 barques prenaient de nouveau la mer. Dans le respect de la loi.

Avec plus de 7 000 barques recensées sur la côte sud à partir de Boujdour, les autorités ont du mal à faire respecter le plan d’aménagement de la pêche.