Paiement en ligne : de plus en plus d’opérateurs répercutent la commission sur le client

La budgétisation du chiffre d’affaires est le principal motif invoqué pour expliquer leur décision. Les clients sont mis devant le fait accompli. Cette pratique, conjuguée à la faible utilisation des TPE dans le commerce, contrarie le développement du paiement par carte.

Le paiement en ligne monte en puissance. En 2016, le nombre d’opérations a progressé de 46,8%. Cette évolution record atteste du changement des habitudes de paiement des Marocains qui sont de plus en plus conscients des économies de temps et d’argent qu’offre cette solution. Du côté des entreprises, la mise en place d’une solution de paiement en ligne est devenue presque une nécessité. Mais il y a un problème. Des commerçants, prestataires et services publics refusent de prendre en charge la commission du paiement en ligne et le font payer par le client.

Selon un observateur, cette pratique a commencé avec la Trésorerie générale du Royaume (TGR). Lors de la mise en place de sa solution de paiement en ligne, le contribuable devait payer le montant de ses impôts, majoré d’une commission de 1%. Quelques années plus tard et exactement en 2013, la TGR a constaté que le paiement en ligne lui permet de réduire le trafic dans ses agences et par ricochet les heures de travail, d’améliorer la qualité de service, mais surtout d’assurer un recouvrement rapide de ses créances. Ainsi, elle a décidé de prendre en charge cette commission.

Entre-temps, les régies de distribution d’eau et d’électricité ainsi que certaines administrations publiques offrant des services de E-gov ont opté pour cette solution mais en répercutant la commission sur le client. «En général, ils justifient cette décision par le respect du principe de budgétisation des recettes», ajoute notre source. Pourtant ces grands prestataires de services publics bénéficient d’un taux préférentiel de 1% pour les cartes de paiement marocaines contre 2% pour les sites marchands et cela, vu le nombre important des transactions qu’ils réalisent. «Cette répercussion de la commission se fait en toute discrétion», regrette notre source avant d’ajouter que «les usagers dans la plupart des cas ne connaissent pas leurs droits en la matière». Par conséquent, en 2016, les usagers et contribuables ayant payé leurs factures en ligne ont dû débourser près de 5 MDH de commissions. Il est important de noter que les grands facturiers et les administrations publiques ont réalisé un chiffre d’affaires en ligne respectivement de 807 MDH et 163,5 MDH. Sur le total des paiements en ligne, ces transactions représentent 85,6% et 3,47% en volume et 50,44% et 10,25% en valeur.

Des entreprises privées sont prêtes à faire de même

Le mutisme face à cette politique a encouragé certaines entreprises privées à adopter la même conduite. «Certaines compagnies aériennes low cost répercutent le montant de la commission», témoigne un professionnel. Dans ce secteur, le taux de la commission est fixé à 2%. Dès lors, le montant à payer par le client devient plus élevé. Et la liste risque de s’allonger. Selon des sources bien informées, une société de gestion déléguée de distribution d’eau, d’électricité et d’assainissement est en cours de négociation avec le CMI pour que la commission soit à la charge du client. Contacté à ce sujet, l’opérateur n’a pas donné suite à notre demande. «En 2016, l’opérateur a réalisé 305 000 transactions en ligne d’une valeur de 134 MDH», explique notre source avant d’ajouter que «malgré les importants avantages qu’il tire de ces opérations, il estime que le coût total des commissions devient très important (1,34 MDH en 2016) et, par conséquent, ne pourra plus le supporter».

Compte tenu du manque de sensibilisation des usagers mais surtout du vide juridique en la matière, ces décisions individuelles pourraient se multiplier à l’avenir, avec pour risque de détourner les clients du paiment en ligne.

Le paiement par TPE également contrarié

Le paiement par TPE n’est pas en reste. Au Maroc, le nombre des terminaux de paiement distribués gratuitement aux commerçants a dépassé les 38 000 en 2016. Ce chiffre reste pourtant très faible, comparé au nombre total des commerces estimé à près de 600 000 à fin 2015 par le ministère du commerce. Le paiement par TPE est surtout accepté par quelques secteurs. En premier lieu, les enseignes de grande distribution utilisent à elles seules plus de 5 000 terminaux qui ont permis de réaliser, en 2016, 14 millions de transactions d’une valeur de plus de 6 milliards de DH. Ce secteur supporte une commission de 0,75% pour tout paiement par carte.

Un millier de TPE sont utilisés dans les stations-services qui supportent une commission de 0,25%. En 2016, 4,29 millions de transactions d’une valeur de 1,34 milliard de DH ont été réalisées avec ce système. Le taux d’équipement en TPE dans les secteurs de l’hôtellerie, restauration et du prêt-à-porter est également important.

Dans l’autre sens, beaucoup de commerçants rechignent à se mettre au TPE pour des raisons fiscales. Avec cet instrument, il n’est en effet plus possible de dissimuler le chiffre d’affaires. «Aujourd’hui, il existe des commerçants qui n’utilisent le TPE que rarement, soit en cas de force majeure. D’autres refusent les paiements par carte au delà d’un plafond de chiffre d’affaires qu’ils ont fixé pour ne pas tout déclarer». A ces restrictions, s’ajoute le fait que le montant minimum pour le paiement par carte est fixé par la plupart des commerçants à 100 DH. Pourtant, techniquement le paiement peut se faire à partir de 1DH.

Toutes ces contraintes (répercussion de la commission, refus d’utiliser le TPE, plafonnement des paiements…) brident le développement des opérations par carte, alors que les instances opérantes dans le domaine font de leur mieux pour réduire le poids du cash en mettant en place des conditions favorables, en l’occurrence des taux de commission faibles et des délais d’encaissement effectif très réduits (48h).