Ouverture du capital des cliniques : la polémique relancée

Le syndicat des médecins du secteur libéral continue de remettre en question l’efficacité de la loi permettant aux non-médecins d’investir dans une clinique. La possibilité offerte aux mutuelles d’ouvrir leurs propres cliniques est aussi dans son viseur.

Le Syndicat national des médecins du secteur libéral est vent debout contre l’ouverture du capital des cliniques. Lors de son assemblée générale, tenue le 16 avril à Casablanca, le bureau a invité la corporation à faire front commun. Un appel qui a beaucoup étonné dans le milieu médical, notamment les autres syndicats de médecins, où l’on s’interroge sur le timing de cet appel à la mobilisation. «Ce qui est fait est fait, on ne peut qu’attendre pour voir l’impact de ces mesures sur le secteur qui est déjà mal en point», commentent des médecins qui ont requis l’anonymat.

La loi 113-13 autorisant l’ouverture du capital des cliniques privées à des investisseurs non médecins a été adoptée il y a une année et les décrets sont déjà publiés. A ce jour, seules six cliniques, dont quatre à Casablanca et deux à Rabat, ont été reprises par des investisseurs non médecins. Et aucune création n’a été enregistrée. Une réalité qui contredit les prévisions du ministère de la santé qui tablait sur l’ouverture de plusieurs unités, et en particulier dans les petites villes. Des prévisions trop ambitieuses, juge-t-on dans le milieu médical. Car il est difficile aujourd’hui d’ouvrir une clinique et de l’équiper avec du matériel de dernière génération. «Les cliniques ne sont pas rentables aujourd’hui. Le taux d’occupation avoisine certes les 75% mais le recouvrement reste difficile», explique le directeur d’une clinique casablancaise.

L’Etat parie sur le long terme

Au ministère de la santé, on réitère l’intérêt de l’ouverture du capital des cliniques aux investisseurs privés : elle permettra d’équilibrer l’offre de soins sur l’ensemble du pays. L’Etat mise donc sur cette loi, et c’est sur le long terme. Difficile en effet de juger l’efficacité ou non d’une loi une année seulement après son entrée en vigueur. Le syndicat est cependant catégorique sur sa position. «Il est difficile d’imaginer dans l’état actuel du secteur médical que les investisseurs privés iront dans les petites villes. Même s’il y existe une demande, les moyens restent limités», explique-t-il.

L’ouverture du capital des cliniques n’est pas la seule préoccupation du SNMSL. L’instance dénonce la disposition, prévue dans le projet de Code de la mutualité, accordant la possibilité aux mutuelles d’ouvrir leurs propres cliniques. Pour le syndicat, il s’agit d’une concurrence déloyale faite aux cliniques privées et, pire encore, «cela tirerait l’exercice de la médecine vers le bas», regrette le syndicat qui souligne que les honoraires qui découleront de cette concurrence et en l’absence d’une nouvelle tarification nationale de référence (TNR) «ne correspondront pas du tout à l’effort et à l’investissement des médecins dans l’exercice de leurs fonctions».