Nouzha Bouchareb : «Nous avons élaboré un plan d’urgence pour soutenir le secteur économique et limiter l’attentisme et les spéculations à la baisse des prix»

• Des mesures fiscales, bancaires et aussi d’ordre urbanistique et administratif pourraient être prévues.
• Un nouveau processus d’intervention sera mis en place pour les programmes prioritaires du ministère.
• Les pistes prospectées pour la relance du logement social convergent vers le renforcement de la demande, ainsi que l’adhésion des PME et TPE pour ces programmes.

• Avez- vous évalué les différents impacts (sociaux et économiques) de cette crise sanitaire sur le secteur immobilier ?
La crise sanitaire qui a frappé de plein fouet le monde, et par ricochet le Maroc, a impacté tous les secteurs dont celui de l’activité immobilière. Dès le 14 mars, nous avons instauré un comité de veille pour suivre de plus près la situation sur le terrain, en s’inscrivant dans la vision éclairée de S.M. MohammedVI. Nous avons constaté un arrêt quasi total des chantiers en cours de construction, dont ceux liés aux programmes prioritaires de notre ministère, relatifs à la lutte contre l’habitat insalubre qui ont observé un ralentissement des activités de tirage au sort, de démolitions, de travaux, estimé à 80% en moyenne. Dès le 14 mars nous avons donc instauré ce comité de veille pour suivre de près l’activité.
Cette pandémie a aussi eu un impact direct sur les transactions immobilières, dû à plusieurs facteurs, notamment la renonciation ou l’annulation des contrats de vente en raison des préoccupations des clients dont les priorités ont changé suite au Covid-19. Selon les estimations des promoteurs immobiliers, une baisse des achats, qui pourrait atteindre 50%, est attendue pour les 3 mois à venir.
D’autres activités ont également été touchées de plein fouet, induisant un quasi-arrêt du travail, notamment les architectes, bureaux d’études, ingénieurs topographes ainsi que les entreprises de construction. Par ailleurs, une baisse de l’activité du secteur des industries des matériaux de construction à hauteur de 70% est à déplorer.

• Quel Plan de relance sera adopté une fois que l’Etat annoncera la levée du confinement ? Du moins, si vous pouviez nous éclairer sur les chantiers prioritaires sur lesquels vous vous êtes attelé ?
Pour éviter une crise entraînant la disparition de la plupart des structures, il importe de mettre en place un dispositif exceptionnel de redressement du marché au niveau de l’offre et de la demande afin de soutenir, d’une part, les entreprises et, d’autre part, la demande des ménages qui a fortement ralenti. De ce fait, nous avons élaboré un plan d’urgence sur la base du maintien d’un volume de ventes significatif, non seulement pour soutenir le secteur économique et ceux qui en dépendent en amont et en aval, mais aussi pour limiter l’attentisme induit en période de crise, ainsi que les spéculations à la baisse des prix qui l’accompagnent. Ce plan passera par la dynamisation de la demande à travers l’allégement des charges et des coûts pour les bénéficiaires.
Notre défi principal pour cette phase de redémarrage est de rétablir la confiance des acquéreurs et leur faciliter l’acquisition de leur bien immobilier et ce, à travers des mesures incitatives fiscales et bancaires. Ceci permettra de recréer le dynamisme du marché et de régénérer sa capacité d’entraînement sur l’offre et donc sur l’investissement.
Il est clair que cette conjoncture inédite nécessite de redonner confiance aux investisseurs et de leur créer un climat favorable à la production. A cet égard des mesures fiscales, bancaires et aussi d’ordre urbanistique et administratif pourraient être prévues, notamment par la fluidification des circuits administratifs en vue de faciliter toutes les démarches (autorisations, permis d’habiter, réceptions…).
La dématérialisation apportera également des solutions majeures pour faciliter les procédures, promouvoir la bonne gouvernance et renforcer l’investissement. Au niveau des Agences urbaines, 19 mesures ont été adoptées pour améliorer leur fonctionnement dans le cadre des efforts déployés par notre ministère afin d’accélérer l’installation de l’e-administration.
Pour nos programmes prioritaires, et à court terme, un nouveau processus d’intervention sera mis en place visant l’amélioration des bases de conventionnement et de gouvernance des programmes. Ce nouveau processus permettra une meilleure gestion des ressources de l’Etat en orientant les subventions vers les projets prioritaires et à grand impact sur la population.

• Quid des mesures à prendre sur les chantiers, lorsque l’activité reprendra à plein régime ?
La reprise des activités de la construction ne pourra réussir qu’à travers une planification et une préparation de la gestion des risques liés à la propagation de cette pandémie dans les lieux de travail du secteur pour préserver la santé et la sécurité des employés. Pour réussir ce défi, le ministère de l’aménagement du territoire national, de l’urbanisme, de l’habitat et de la politique de la ville (MATNUHPV), en concertation avec l’ensemble des professionnels du secteur (promoteurs immobiliers, architectes, producteurs de matériaux de construction, entreprises du BTP, conseil et ingénierie, topographes…), a élaboré un guide relatif à la gestion du risque de propagation du Covid-19 dans les lieux de travail du secteur de l’habitat et de la construction.
Ce guide, qui s’adresse aux employeurs, se veut donc un outil pour assurer la continuité et accompagner la reprise progressive des activités du secteur. Contenant des recommandations pratiques, il vise à garantir cette mise en confiance des travailleurs qui est indispensable à la reprise de l’activité. Ceci conformément aux mesures sanitaires édictées aussi bien par le guide élaboré par notre ministère que celles définies par le ministère de la santé et celui du travail et de l’insertion professionnelle.

• Vous avez entamé des réflexions et des discussions avec les partenaires concernés à propos d’un nouveau modèle de logements (sociaux, à FVI et dédiés à la classe moyenne). Quelle vision commune avez-vous trouvé avec ces parties ?
Au-delà de la nécessité d’apporter des réponses adaptées à la conjoncture pour relancer le logement social, cette crise nous donne aussi l’opportunité de revoir les paradigmes structurels constituant la politique de l’habitat au Maroc.
Dans ce sens, le travail est déjà entamé avec nos partenaires publics et privés. Des réunions sont tenues d’une manière quasi permanente pour déterminer les actions à entreprendre afin de contribuer à la relance économique du pays, d’une part, et de mettre en place un nouveau modèle de logement dédié aux classes moyenne et à revenu modeste, d’autre part. Les pistes prospectées convergent vers le renforcement de la demande pour la régénération de la dynamique immobilière, mais aussi vers l’adhésion des entreprises et des professionnels opérant dans le secteur, notamment les PME et TPE en les aidant à investir dans ce créneau qui reste parmi les secteurs les plus porteurs économiquement.
Du côté social, la vision de relance sera basée sur la mise en place d’un logement abordable pour tous, territorialisé et surtout équitable, permettant l’accès à un logement de qualité et à prix adapté qui sera en adéquation avec les revenus des strates sociales ayant des difficultés à accéder à un logement décent.
Il va sans dire que cette crise impactera certainement la propension des ménages à acquérir un logement.
C’est pour cela que nos ambitions pour le secteur seront revues afin de les adapter à la conjoncture actuelle et aux capacités financières des demandeurs. Ceci passera par un réaménagement fiscal et la mise en place de dispositifs pour solvabiliser les ménages à travers des aides directes.

 

EN APARTE

 

• Les professionnels du secteur sont toujours en attente du code de la construction. Sa publication serait-elle imminente ?

Ce projet de loi revêt une importance prioritaire. Il sera mis dans le circuit d’approbation dès que le processus de capitalisation des remarques et propositions des différents départements ministériels et des professionnels du secteur sera bouclé et que les différentes réunions programmées avec les parties concernées pour s’accorder sur la version finale du projet seront tenues après la période de confinement.
Je tiens à préciser que ce projet vise notamment à réglementer l’ensemble du processus de production du bâti, d’abord par la qualité des matériaux de construction et techniques de réalisation, en passant par l’identification de tous les intervenants, la définition de leurs missions et enfin par les conditions de gestion des chantiers.
Ce projet de loi a également pour objectif de renforcer le dispositif juridique, notamment en ce qui concerne les volets relatifs à la sécurité de l’ouvrage, à sa solidité et à sa capacité à supporter les fonctions pour lesquelles il a été bâti pendant sa durée de vie supposée, en prévoyant notamment les meures d’anticipation à prendre pour contrecarrer les menaces d’effondrement, le resserrement de l’étau en matière des normes techniques applicables est reconnu au niveau international en matière de qualité et de sécurité des constructions.
Rappelons aussi que ce projet de texte a été élaboré dans une démarche participative, et qu’un processus de concertation a été entamé avec les organismes suscités dès les prémisses de la rédaction de ce projet de loi.
Aussi, il y a lieu de signaler que le processus de concertation élargi a d’ores et déjà été relancé, à travers la publication de l’avant-projet de loi sur le site du Secrétariat général du gouvernement, pendant une durée de trente jours, afin d’ouvrir la concertation à une plus grande échelle, et permettre aux citoyens et aux organismes concernés de donner leur avis sur ce projet de texte qui est encore en phase de concertation et d’ajustement.
A cet effet, au terme du délai de publication et du recueil des observations, une série de réunions de concertation ont été programmées afin de poursuivre le processus de concertation avec le Conseil national de l’ordre des architectes, l’Ordre national des ingénieurs géomètres topographes, avec la Fédération nationale des promoteurs immobiliers, la Fédération du conseil de l’ingénierie et tous les autres partenaires.