Nouvelle zone urbaine de 1 500 ha à  Casablanca

Les communes concernées : Sbata, Lahrawiyine et Sidi Moumen.
Priorité au logement économique moins dense, aux espaces verts
et aux équipements.
13 500 ménages bidonvillois à reloger et 5 200 habitations insalubres à restructurer.
Les terrains constructibles devront être livrés avant la fin de
l’année.

Les promoteurs immobiliers vont être contents. Enfin du foncier à Casablanca, dans l’attente de la finalisation du nouveau plan directeur et du schéma d’aménagement de la métropole. Il aura pourtant fallu trois ans pour que le projet d’extension du périmètre urbain de Casablanca, portant sur 3 000 ha, commence véritablement à prendre forme.

En effet, annoncé pour la première fois en février 2003 (voir La Vie éco du 21 février 2003), le projet qui n’était à l’époque qu’au stade d’idée est prêt à être mis en œuvre. Après une première présentation, en mars dernier, aux principaux intervenants de la ville, notamment la wilaya et le Conseil, l’Agence urbaine de Casablanca (AUC) est en train d’apporter les dernières retouches et le lancement est, assure-t-on, imminent.

En réalité, le lancement des 3 000 ha est toujours à l’ordre du jour, mais l’Agence urbaine a préféré procéder par tranches. La première porte sur plus de 1 500 ha dont 750 sont situés dans les communes de Sbata et Lahrawiyine et 780 dans la commune de Sidi Moumen. Ce sont en fait les zones de part et d’autre de la nouvelle rocade Sud de Casablanca qui, jusque-là, n’étaient pas dans le périmètre urbain.

Le projet, comme l’explique Saïd Wirane, chef du département des études à l’AUC, consiste «non pas en une simple extension du périmètre urbain mais plutôt à créer des pôles urbains nouveaux et intégrés» de manière à ne pas faire de la périphérie de simples cités-dortoirs mais de vrais centres de vie.

Et pour ce faire, tout a été prévu : habitat, évidemment, mais aussi les loisirs, les équipements publics, des édifices culturels (bibliothèques) et des zones d’activités aussi bien commerciales qu’industrielles. Des schémas d’aménagement réalisés par l’agence et actualisés début avril comportent tout le détail. Ainsi, pour les 750 ha concernant les deux communes de Sbata et de Lahrawiyine, le premier élément de taille à signaler est la grande part qui sera consacrée à la ceinture verte qui s’étendra sur 272 ha, soit plus du tiers de la superficie totale de la zone. Une autre assiette foncière importante sera dédiée à toutes formes d’habitat économique : copropriété, lots destinés à l’auto-construction sans oublier les logements destinés au recasement des bidonvillois. Le tout occupera une superficie de 220 ha. D’après les estimations de l’Agence urbaine, ce sont près de 13 200 ménages de bidonvilles qui devront être relogés et 5 200 qui bénéficieront d’opérations de restructuration in situ.

«Créer des pôles d’animation pas des ghettos»
Comme dans tout projet de ce type, il fallait également prévoir des zones pour un habitat de standing supérieur. Pour les communes de Sbata et Lahrawiyine, des zones pour villas sont prévues sur 126 ha ainsi que des zones pour des immeubles R+4 de standing moyen qui occuperont une soixantaine d’hectares. Les équipements et les espaces verts auront respectivement 80 et 24 ha. Enfin, pour éviter justement de faire de ces nouvelles zones des banlieues lugubres, le plan d’aménagement prévoit des parties destinées aux activités commerciales et même industrielles pour un total de 60 ha.

Au-delà de ces aspects quantitatifs, l’agence veut éviter les erreurs du passé. Ainsi, comme il est expliqué dans les documents relatifs au projet, «il s’agit de créer des zones d’habitations à densité plus faible», de «favoriser la réalisation de projets intégrés prenant en considération les besoins de la population actuelle et future». Plus concrètement, l’agence prévoit d’être plus ferme concernant, par exemple, les équipements publics. Pour ces nouvelles zones, il sera demandé aux promoteurs de réaliser ou de faire réaliser les équipement publics en premier.
Quant à la deuxième tranche de 780 ha, située sur la commune de Sidi Moumen, elle est aussi fin prête. L’Agence urbaine n’a pas encore fourni d’éléments substantiels à ce sujet, mais tout porte à croire que la répartition en fonction de la destination (habitat, équipement, espaces verts…) se fera dans les mêmes proportions.

La nouvelle zone sera entièrement urbanisée en 10 ans seulement
Si, sur papier, les plans de l’AUC semblent séduisants, il y a des questions sur la faisabilité, d’autant que les contraintes sont nombreuses.
La première est relative aux terrains squattés par les bidonvilles. A ce sujet, M. Wirane explique que «le projet d’extension se justifie pour, entre autres raisons, juguler la prolifération de l’habitat insalubre à la périphérie». Autrement dit, au lieu de laisser la ville s’étendre de manière sauvage, le principe est d’anticiper en préparant un cadre urbanistique adéquat. La décision de l’agence de passer rapidement à l’acte est également dictée par les pressions des promoteurs immobiliers de plus en plus nombreux à demander des dérogations dans ces zones.

Sur le terrain, le projet risque également d’être confronté à d’autres contraintes, notamment celles liées aux infrastructures de base, les nouvelles zones étant très peu desservies par les réseaux d’assainissement, d’eau potable et d’électricité. Raison pour laquelle, et à la demande du wali Mohamed Kabbaj, la Lydec a été mise à contribution pour estimer les coûts de raccordement de ces zones à ses réseaux. Selon Saïd Wirane, la Lydec, pour commencer, devrait incessamment remettre un schéma directeur concernant l’assainissement liquide.
Autre problème auquel le projet risque d’être confronté: la desserte des nouvelles zones en moyens de transport public. Les ingénieurs de l’agence assurent que toutes les dispositions ont été prises avec le ministère de l’Equipement pour la réalisation de grandes voies dont une de 50 m de large, qui traversera la commune de Lahrawiyine d’Est en Ouest. Cette voie traversera la bande de manière à longer la rocade Sud. La commune sera mise à contribution pour le reste de la voirie.

Aujourd’hui, nonobstant ces problèmes, l’Agence urbaine pense pouvoir lancer avant la fin de l’année la première tranche de 1 500 ha. Le projet, rappelons-le, consiste à intégrer 3 000 ha dans le périmètre urbain, en plus de 1 800 ha de ceinture verte, le tout formant une bande qui viendra longer la rocade Sud et ceinturer la ville d’est en ouest. D’où son nom de couronne périphérique. Elle permettra de recaser 30 000 ménages des bidonvilles. Cette couronne périphérique sera entièrement urbanisée en l’espace de 10 ans et abritera environ 3 millions d’habitants.

Le schéma d’aménagement de Casablanca en retard

Le schéma de développement et d’aménagement urbain (SDAU) n’est pas pour bientôt. Selon des sources à l’Agence urbaine de Casablanca, certains intervenants qui devaient transmettre leur avis sur le projet en mars déjà ne l’ont pas encore fait. Après une première phase de concertation et de diagnostic qui a duré 10 mois, le projet a été soumis le 23 février à tous les autres intervenants qui disposaient d’un délai de 15 jours pour le rendre à l’agence accompagné de leurs observations. Selon le département des études, certains n’ont pas encore répondu à ce jour. Ce qui n’a pas empêché l’agence d’entamer la phase suivante du processus à savoir les simulations et les scénarios. Les responsables espèrent malgré tout faire approuver le SDAU en 2007 d’autant plus que, comme l’explique Saïd Wirane, le chef du département, c’est une échéance presque légale car l’agence est tenue par un calendrier de marchés publics qu’elle doit lancer pour la mise en œuvre éventuelle du SDAU en 2007. Un délai qui semble aujourd’hui difficile à tenir.