« Nous payons les loyers et exploitons La Sqala en toute légalité ! »

Pour Restopro, le loyer de La Sqala, y compris les dépenses d’investissement en rénovation, est de 56 000 DH par mois et non de 750 DH. Le contrat d’exploitation a été reconduit tacitement et sans révision du loyer faute de réactivité du Conseil de la ville.

Depuis que le débat sur la gestion du patrimoine de Casablanca s’est enclenché, à la suite du discours royal en ouverture du Parlement en octobre, quelques noms de sites connus de la métropole défraient la chronique. Il est reproché au Conseil de la ville, notamment, de les avoir donnés en exploitation à des opérateurs privés contre des loyers qualifiés de dérisoires au point de susciter beaucoup d’interrogations, voire de soupçons. Parmi ces sites, on trouve La Sqala. Un restaurant que pratiquement tous les Casablancais connaissent. On y sert de la bonne cuisine typiquement marocaine et le week-end, il est difficile d’y trouver une table vide. Mais les bonnes affaires réalisées par Restopro, qui exploite La Sqala, ont fini par attirer les regards. Prévisible quand on loue pour seulement 750 DH par mois un bien public qui génère des bénéfices consistants…
Pourtant les responsables de Restopro (propriétaires également des restaurants la Bavaroise et la Bodega) ne semblent pas manquer d’arguments pour défendre leur bonne foi et démontrer surtout qu’ils ne profitent pas indûment d’un bien public comme on pourrait le croire. Le DGA de la société, Othman Solhi, a accepté de répondre aux questions de La Vie éco.

Depuis quelque temps, le cas du restaurant La Sqala défraie la chronique. Le site a été donné en gestion contre un loyer mensuel de 750 DH par mois. N’est-ce pas dérisoire par rapport aux bénéfices que vous en avez tirés pendant toutes ces années ?
Je vous remercie de me donner l’occasion de m’exprimer, et effectivement La Sqala a fait couler beaucoup d’encre et continue à faire parler d’elle. En effet, la polémique entretenue par certains organes de presse est basée sur un communiqué diffusé par le Conseil de la ville reprochant à la société Restopro une exploitation du site sans contrat et sans redevances. A ce jour, Restopro a toujours payé les loyers et exploite La Sqala sur la base d’un contrat valide.
En 2001, notre société, après avoir préalablement proposé au wali du Grand Casablanca de l’époque un concept de partenariat public/privé pour la réhabilitation de La Sqala, a signé une convention tripartite avec le wali et le président de la commune de Sidi Belyout pour l’exploitation de l’espace qui se dresse derrière la muraille sur le boulevard des Almohades. Dans ce contrat, nous avions l’obligation de restaurer ce site historique, qui était dans un état de délabrement poussé, comme l’attestent les photos de l’époque. Au lancement du projet, nous avons investi plus de 8 millions de dirhams. Si vous faites un calcul simple, cela équivaudrait sur 12 ans d’exploitation, en plus des 750 DH mensuels, à un loyer mensuel de 56 000 DH par mois et non pas 750 DH. De plus, nous employons 70 personnes directement, une centaine indirectement, et nous offrons aux Casablancais et aux touristes un espace où ils peuvent retrouver toute la culture et le savoir-faire maison marocain.
Pour finir, nous n’avons rentabilisé nos investissements qu’en fin 2009, sachant que l’activité est saisonnière et que nous ne pourrons jamais valoriser le fonds de commerce qui appartient contractuellement à la ville.
 
L’opinion publique ainsi que certains élus vous accusent d’avoir profité indûment d’un site de la ville grâce à des largesses de la part du Conseil de la ville…
Ces accusations sont infondées et erronées. Et, si j’ai bien compris votre question, vous insinuez que nous occupons de façon illicite ce lieu, or nous avons un contrat de location qui nous lie à la ville et qui est valable jusqu’en 2016 ! Quant à la notion de largesse, il faudrait préciser le sens que vous donnez au mot largesse. Je me pose en porte-à-faux de ces insinuations et assure que nous sommes dans le droit et avons toute la légitimité à occuper ou plus justement à travailler dans ce lieu.
Je dois même dire que c’était un vrai challenge que nous avons apparemment bien relevé au vu des déchaînements actuels. Nous avons su faire évoluer en 10 ans ce concept et nous sommes très fiers de cette réalisation, nous avons cru en la Médina de Casablanca !
Nos clients nous posent d’ailleurs souvent cette question ces derniers temps. Nous avons mis du temps avant de réagir aux attaques dont nous avons été victimes, mais l’acharnement auquel nous avons dû faire face et surtout cette image de «squatters» qui a été véhiculée par les médias qui n’ont pas pris le soin de nous poser la question, nous ont incités à communiquer en toute confiance. Nous n’avions pas à nous justifier puisque nous sommes dans nos droits.
 
Comment peut-on expliquer qu’un tel loyer ait été fixé le premier jour ? Sur quelles bases a-t-il été évalué ?
 Le loyer du contrat initial était de 500 DH, selon un accord signé en 1983 entre le parc d’attraction et un ancien fonctionnaire. La commune nous a donc proposé de le passer à 750 DH. Ce montant était symbolique parce qu’en contrepartie, nous nous sommes engagés sur un programme d’investissement dont une partie significative correspond à la réhabilitation du site historique pour le compte de la ville.
 
Comment se fait-il qu’au moment du renouvellement du contrat, il n’y ait pas eu de révision du loyer initial, sachant qu’entre-temps le site a pris de la valeur ?
 Au moment de renouveler le contrat, la ville a raté son rendez-vous avec nous. En effet, six mois avant la date anniversaire des 10 ans dudit contrat, nous avions reçu un courrier nous invitant à prendre contact avec le Conseil de la ville pour la révision de ses modalités. Nous y avons répondu favorablement, avec accusé de réception, indiquant notre disposition à réviser le loyer. Suite à ce courrier, nous avons demandé à trois reprises des rendez-vous avec les services concernés de la commune pour discuter les nouvelles conditions afin de reconduire notre partenariat en toute logique, car nous estimons avoir fait du bon travail et rempli l’ensemble de nos engagements pris à l’époque.
La ville n’a donné aucune suite à nos sollicitations. Or, le contrat prévoit clairement que la reconduction est tacite si la ville ne répond pas à la demande de renouvellement dans un délai de 30 jours. Aussi, à ce jour, notre contrat est toujours en vigueur et nous restons ouverts à en rediscuter les modalités. Vous avez le contrat entre les mains, vous pouvez vous en rendre compte vous-même.
Concernant la valeur du site, c’est le fruit des efforts d’une équipe de professionnels de la restauration qui l’ont permis. La conjugaison de la rigueur et de la continuité avec beaucoup de persévérance ont donné ce résultat.
J’irai plus loin en disant que la valeur de ce site correspond à 12 ans d’une vie à s’imposer un rythme de 15 h de travail par jour, dont les week-ends et jours de vacances sans concession, pour faire briller ce lieu, qui malheureusement attise aujourd’hui la jalousie !

Avez-vous été approchés récemment par le Conseil de la ville ou par la wilaya en vue d’une éventuelle révision des termes de votre contrat ?
Non, nous n’avons pas été approchés par les services de la commune, même si nous pensions qu’avec cette montée de la polémique, nous le serions pour la révision du contrat comme stipulé dans ce dernier.
 
Avez-vous fait des propositions au Conseil de la ville dans ce sens ?
Le conseil semble vouloir traiter plusieurs dossiers à la fois et dans l’urgence. Or, chacun a sa particularité. Restopro est une entreprise citoyenne et le revendique avec fierté, mais aussi avec passion. L’intérêt de la ville de Casablanca, de sa population et l’intérêt du pays ne sont pas des mots utilisés à la légère ! Les responsables de Restopro et l’ensemble de leurs collaborateurs ont à cœur de continuer le travail de fond et de proximité enclenché depuis plus de 10 ans. Nous déclarons que «nous sommes ouverts et disposés à dialoguer sans tabous et en toute transparence avec l’ensemble des responsables de la ville et des médias !»
 
Seriez-vous disposés à revoir à la hausse le loyer mensuel que vous payez ?
Oui, nous sommes disposés à revoir le loyer suivant les modalités du contrat existant, et revoir aussi le contrat et les obligations de chaque partie. Nous demandons aujourd’hui au Conseil de la ville de nous recevoir et discuter en bonne intelligence.
 
Et en cas de désaccord entre l’exploitant et la ville sur le montant du nouveau loyer ?
Encore une fois, il n’y a pas de rupture de contrat à ce jour et cela ne peut avoir lieu de manière unilatérale. Nous avons manifesté notre accord et sommes toujours disposés à discuter un réajustement du loyer, tel que prévu par les dispositions contractuelles qui nous lient. Bien entendu, le contrat prévoit des recours (tribunal de commerce) en cas de litige, mais nous sommes convaincus que le bon sens devrait prévaloir dans l’intérêt de tous et surtout des Casablancais.