«Nous ne sommes plus une industrie de sous-traitance mais de solutions»

• En parallèle à cette crise, les prix de l’acier connaissent une flambée inédite.
• Cela fait penser à la crise de 2008.
• Mais l’actuelle est plus accentuée : les prix augmentent et il n’y a pas de consommation.
• Des milliers d’emplois sont déjà perdus et d’autres sont toujours menacés
• Le «with made in Morocco» est une combinaison gagnante.

• La crise sanitaire a été éprouvante pour plusieurs secteurs, y compris celui des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (IMME). Comment l’a-t-il vécue ?
L’année 2020 a été très éprouvante pour tout le monde. Bien évidemment, notre secteur n’a pas été épargné comme d’autres qui ont connu des bouleversements inédits. Nous n’avons pas non plus commencé l’année 2021 sous de meilleurs auspices, avec le regain de la pandémie dans presque tous les pays et l’apparition de nouveaux variantes du Covid-19. Notre secteur a subi des impacts majeurs, puisque la quasi-totalité de ses filières a connu de très fortes récessions et a été obligée de tourner au ralenti pendant toute l’année 2020. Bien qu’aujourd’hui certaines branches aient repris leurs activités, d’autres en revanche sont en asphyxie. Malheureusement, on ne peut pas garantir la survie de tout le monde. Des milliers d’emplois sont déjà perdus et d’autres sont toujours menacés. Le constat est simple, il y a plusieurs facteurs qui contribuent à cette situation. Mais il faut dire qu’il y a une forte baisse de la demande locale et une diminution substantielle, voire une absence des commandes provenant de l’étranger. Il y a un manque ou une absence de l’offre due à la rupture des chaînes d’approvisionnement. En parallèle à cette crise, les prix de l’acier connaissent une flambée inédite. Cela fait penser à la crise de 2008. Mais l’actuelle est plus accentuée. Les prix augmentent et il n’y a pas de consommation. Ce qui est un peu louche. Il y a eu alors un arrêt des exportations, puis une petite reprise. Mais cette dernière, qui fut momentanée, est une reprise de reconstitution de stocks. Et je doute bien qu’elle soit pérenne.

• Avez-vous aujourd’hui une visibilité ?
Globalement, dans le secteur, nous n’avons pas de visibilité quant à une reprise normale des activités. Ce n’est pas évident de redémarrer, ni de réinvestir, ni de réembaucher. Il faut rappeler que les IMME sont au cœur de plusieurs secteurs et constituent le socle de leur développement. Cette transversalité fait que notre secteur soit dans une situation inconfortable, du moment où les autres activités sont en crise. Cela dit, il est impossible de dresser un bilan des pertes aujourd’hui, car nous ne savons pas quelle sera la durée de la crise.

• Même avec la campagne de vaccination ?
Il est vrai que la campagne de vaccination au Maroc est une très bonne chose, mais tant que la reprise n’est pas mondiale, cela ne va pas résoudre nos problèmes.

• Aujourd’hui, on assiste à une reconfiguration de l’économie mondiale et, de ce fait, une reconfiguration du secteur. Comment les entreprises marocaines du secteur des IMME peuvent-elles s’y préparer ?
Après l’agriculture, les IMME ont toujours été prêts à se repositionner sur les chaînes de valeur, car il s’agit d’un secteur exportateur qui n’a pas été délocalisé comme cela a été le cas pour d’autres secteurs comme le textile et les services. Les IMME sont des activités lourdes qui ne bougent pas. Le Maroc est bien positionné de par sa position géographique et parce que son industrie a démontré qu’elle est capable de changer et d’évoluer. Nous sommes prêts et bien positionnés pour capter des marchés. Il faut les trouver et c’est main dans la main qu’il faut aller chasser en meute. Toutefois, tout le monde est aujourd’hui en mode survie, à l’exception de quelques entreprises internationales.

• Est-ce qu’il y a des marchés plus accessibles que d’autres ?
Tous les marchés peuvent être ciblés, car les IMME sont une multitude de métiers. Dans les exportations automobiles et aéronautiques, les produits IMME jouent un rôle majeur. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il n’y a pas de marchés inaccessibles. Par exemple, aujourd’hui, l’Amérique du nord est un marché à attaquer, mais il faut procéder à certaines adaptations…

• Vous militez pour le Made in Morocco. Comment cela peut-il aider le secteur et que faut-il faire ?
Au fait, je milite pour le «with made in Morocco» car je ne peux pas demander d’encourager et de promouvoir les exportations et demander en même temps la fermeture des frontières, cela relèverait de la schizophrène. Si on veut conquérir l’Afrique ou être compétitif et trouver des alternatives à l’Asie, il faudra travailler avec nous. Aujourd’hui, notre secteur n’est plus une industrie de sous-traitance, mais une industrie de solutions. La boucle est presque bouclée. A titre d’exemple, lorsqu’on visite les usines de Cosumar ou de l’OCP, on ne voit ni le sucre, ni le phosphate mais, on remarque d’abord le métal. Le «with made in Morocco» est une combinaison gagnante.

• Vous organisez le E-SISTEP en mai prochain. Comment ce salon peut-il aider à repositionner l’offre marocaine ?
Par le passé, nous avons fait le pas sur le salon pendant cinq ans, ce qui n’est pas bon d’un point de vue commercial. L’année dernière, nous avons décidé de l’organiser mais, avec le confinement auquel s’ajoute la non-disponibilité d’une technologie digitale de pointe pour le tenir, nous l’avons reporté. Cette année, nous avons décidé de tenir ce salon en mode digital, car il faut rester présent et capitaliser sur l’image de marque du Maroc qui a pris beaucoup de galons ces dernières années. Il faut aussi montrer que notre secteur n’utilise pas que l’enclume et le marteau, mais qu’il est également orienté digital. Ce mode nous permettra d’avoir un salon ouvert 24h/24, adapté aux différents fuseaux horaires. Pour cette édition, nous tablons sur plus de 4.000 visiteurs. Cela dit, nous comptons organiser les autres éditions en mode hybride, bien entendu, lorsque la crise sanitaire aura pris fin.