«Nos principales recommandations se concentrent autour du eGov»

«Il est nécessaire que les membres de la CGEM amorcent eux-mêmes leur transformation digitale avant d’essayer de convaincre les PME et PMI de faire pareil».

La Fédération des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring (APEBI) a remis un «recommendation paper» au gouvernement, rassemblant pas moins de 70 recommandations pour inciter les parties prenantes à œuvrer en faveur d’une transformation digitale qui soit au service des citoyens, booste la compétitivité des PME et PMI marocaines, et pousse à l’amélioration des infrastructures. Saloua Karkri-Belkeziz, présidente de l’APEBI, détaille le contenu de ces recommandations, et explique la position de la fédération par rapport aux principales problématiques liées à la transformation digitale du pays.

Vous venez de remettre un «recommendation paper» au gouvernement. Que contient-il ?
Nos principales recommandations se concentrent autour du eGov. L’administration électronique, soit le service au citoyen, est le principal chantier. Avec le digital, plusieurs avancées sont possibles, d’où l’importance d’accélérer le processus de dématérialisation de tous les procès. Nous sommes arrivés en 2020, la Stratégie Maroc Digital 2020 arrive donc à échéance, et il faut réfléchir autrement. Nous pensons qu’il est urgent pour l’Agence du développement digital de mettre en place une stratégie spécifique pour le eGov, en mettant à contribution les donneurs d’ordre: les ministères de l’intérieur, de l’économie et des finances, et la Défense nationale. Ces derniers doivent disposer de budgets spécifiques, d’indicateurs de performance et d’une gouvernance, laquelle doit être chapeautée par le bureau du Chef de gouvernement. Ce n’est pas un secteur qui doit être géré, mais une transformation digitale. L’approche ne peut pas être la même. Le 2e chantier parmi ceux que nous considérons être les plus importants est la fibre optique. L’objectif à terme est de permettre à tous les Marocains de se connecter à Internet et à des coûts raisonnables.

L’APEBI dispose-t-elle de tous les outils dont elle a besoin pour jouer le rôle qui est le sien ?
L’APEBI est une fédération de bénévoles qui vit de ses cotisations comme toute autre fédération. Avec les moyens qui sont les nôtres, nous avons su construire une crédibilité telle que nous sommes aujourd’hui les interlocuteurs du gouvernement sur les sujets que nous avons choisi de défendre. Les moyens sont là, et les idées sont là aussi. L’APEBI est une force de proposition qui met en avant ses idées. Cela dit, nous ne sommes qu’une association. Par conséquent, nous n’avons pas le pouvoir d’exécuter.

Comment faire pour convaincre les PME marocaines d’oser la digitalisation ?
Ce sujet me tient particulièrement à cœur, et j’espère que le prochain bureau de la CGEM prendra ce problème à bras-le-corps. D’ailleurs, il est nécessaire que les membres de la CGEM amorcent eux-mêmes leur transformation digitale avant d’essayer de convaincre les PME et PMI de faire pareil.
C’est bien de demander des protections en termes de droits de douane et de revoir les accords de libre-échange que le Maroc a signés avec ces partenaires. C’est une piste. Mais il y a une autre piste qui est tout aussi importante : c’est la compétitivité. Et pour rendre nos PME et PMI compétitives, il faut les accompagner dans leur transformation digitale. Nous proposons de conjuguer les efforts de l’APEBI, de Maroc PME, et de l’Agence de développement digital pour créer un label pour les entreprises marocaines leur permettant d’accéder à un bouquet de solutions digitales mises sur le cloud. La PME paiera un loyer mensuel, mais Maroc PME pourrait en payer une grande partie. C’est l’une des solutions toutes simples, qui peuvent être mises en place assez rapidement, et qui impacteraient directement et positivement la compétitivité de nos PME.

Comment le Maroc peut-il encourager la création davantage de start-up ?
Nous avons justement soumis une liste de recommandations dédiées aux start-up. La carte Start-up qui permet d’acquérir des logiciels à l’international étant un acquis, nous ambitionnons aujourd’hui d’obtenir pour elles des solutions de financement et de l’Open Innovation avec les entreprises pour qu’elles puissent se développer davantage et faire usage des solutions qu’elles mettent au point. En 2018, nous n’avons pu lever que 3 milliards de dollars pour les start-up. C’est loin d’être suffisant, surtout par rapport à d’autres pays africains, mais la dynamique est lancée, et nous continuerons de mettre en avant le rôle vital que jouent les start-up marocaines dans le saut technologique et digital du pays.

En intégrant le Smart Africa, quels seront les engagements du Maroc ?
Le Maroc est le 30e pays africain à intégrer le Smart Africa. Cela a pris du retard, certes, mais c’est fait. Il faut savoir que le Conseil d’administration du Smart Africa est formé des chefs d’Etat eux-mêmes.
C’est dire l’importance que les pays africains accordent au digital, et la prise de conscience qui s’est opérée sur le continent quant à l’apport indéniable des nouvelles technologies. Vous savez que le fait de passer un appel du Maroc vers un pays africain ou l’inverse coûte très cher. La raison en est que les infrastructures africaines ne sont pas connectées entre elles, ce qui donne lieu à des contournements qui, techniquement, ne sont pas viables. Aujourd’hui, en travaillant en synergie et vers un but commun, les pays membres du Smart Africa feront avancer cette coopération technologique d’une manière significative. Les opportunités pour les opérateurs marocains, par exemple, sont infinies.