Nawal El Moutawakel : les stades de foot seront construits dans les délais impartis

Les stades de Tanger, Agadir et Marrakech prêts en 2010.
Le grand stade de Casablanca sera bien construit à  Sidi Moumen. Il sera opérationnel
en 2013.
Le Fonds Hassan II apporte une aide de 1,1 milliard de DH.

Nawal El Moutawakel Ministre de la jeunesse et des sports
Au lieu de construire un stade de 120 000 places que l’on utilisera rarement, mieux vaut avoir un stade de
70 000 places
o๠événements sportifs et non sportifs peuvent être organisés

La Vie éco : Une convention vient d’être signée concernant le financement des stades. De quoi s’agit-il précisément ?
Ce sont des stades qui étaient prévus dans le cadre de l’organisation de la Coupe du monde 2010. Trois d’entre eux (Tanger, Agadir et Marrakech) sont à  50% environ du taux de réalisation. Ils seront achevés en 2010 comme prévu, grâce à  l’aide du Fonds Hassan II. Ce dernier débloquera 500 MDH à  cet effet, qui viendront compléter l’enveloppe financière prévue par l’Etat, à  travers le ministère de la jeunesse et des sports, et qui s’élève à  900 MDH, soit 300 MDH par an sur trois ans.

Et sans l’aide du Fonds Hassan II…
Nous aurions terminé leur construction aux environs de 2013-2014, ce qui aurait sérieusement nui à  la crédibilité du Maroc qui s’était engagé, Coupe du monde ou pas, à  les achever en 2010. Ce type d’infrastructure est nécessaire pour pouvoir accueillir à  l’avenir des événements internationaux, que ce soit en matière de football ou d’athlétisme, mais il sera aussi utile aux villes concernées, pour accueillir des manifestations autres que sportives.
Finalement, nous avions prévu de faire des stades, sans mettre en place les moyens qu’il fallait…
L’objectif était bel et bien de les construire. N’ayant pas eu l’organisation de la Coupe du monde, le Maroc a quand même décidé d’aller de l’avant et a entamé les travaux qui sont, il faut le signaler, bien avancer. Malheureusement, les moyens manquent quelque peu. Le budget global alloué au département de la jeunesse et des sports est faible, il est à  peine de 1,15 milliard de DH, dont près de 700 MDH pour les dépenses d’investissement. 0,6% du Budget global de l’Etat ça ne permet pas d’honorer certains engagements. Point positif, le budget alloué aux stades est passé de 200 MDH ces dernières années à  300 MDH pour les trois années à  venir, dont 2008.

Y en a-t-il un qui sera prêt avant les autres ?
Ils seront tous prêts au cours de la même année.

Et le stade de Sidi Moumen ? Il se dit qu’il a failli ne pas être construit !
Le grand stade de Casablanca sera finalement construit et à  Sidi Moumen comme prévu. D’une superficie de 60 ha, il sera érigé sur un terrain de 100 ha, don de feu Hassan II. Il aura une capacité de 70 000 places assises et sera dédié aussi bien au football qu’à  l’athlétisme, tout comme il pourra accueillir des rencontres de rugby.

Initialement, il était pourtant question de faire un stade de 120 000 places. Une question de budget ?
Non, tout simplement une question de taille et de normes internationales. Aujourd’hui, toutes les instances internationales militent pour des stades limités à  70 000 ou 80 000 places, plus faciles à  gérer, à  remplir et qui peuvent servir d’autres besoins quand il n’y a pas de matches.
Que ferait-on d’un stade de 120 000 places ? Pourquoi de la capacité en plus et des dépenses additionnelles alors qu’une infrastructure de 70 000 places c’est déjà  un très grand stade, de niveau international ?
Une enveloppe de 30 MDH a été prévue, en 2008, pour les études techniques. Le grand stade de Casablanca commencera à  être construit une fois les études terminées. Dans ce cadre, le Fonds Hassan II apportera une aide de 600 MDH sur un budget estimé à  2,08 milliards de DH. Le reste sera apporté par l’Etat à  hauteur de 1,28 milliard de DH et la ville de Casablanca pour 200 MDH. Son achèvement est prévu en 2013. Il est prévu la création d’une société anonyme qui assurera la maà®trise d’ouvrage, la maintenance et le bon fonctionnement de l’infrastructure sportive et son exploitation optimale dans le cadre de cahiers des charges à  établir à  cet effet.

Et que va-t-on faire du complexe Mohammed V alors ? A un certain moment, il était question de transformer le site en zone urbanistique…
Le complexe MohammedV sera préservé. Il servira à  accueillir les événements nationaux.

Le dernier mot revient cependant aux élus, puisque le stade appartient à  la villeÂ…
Certes, mais en tant que ministère de tutelle, nous pouvons participer à  l’élaboration d’une approche appropriée.

Il y a eu des discussions à  ce sujet ?
Nous avons tenu plusieurs réunions avec les représentants de la ville et ceux de la wilaya de Casablanca. Il y aura d’autres, mais à  priori il y a unanimité sur le fait qu’on doit préserver ce complexe, qui fait, je le rappelle, partie de l’histoire de Casablanca et du Maroc, tout comme «La Casablancaise» qui date de 1926, et d’autres infrastructures.

Ne croyez-vous pas pourtant que l’emplacement du stade Mohammed V, en plein centre-ville, créé beaucoup de problèmes, notamment de destruction de biens publics et privés ? L’on se rappelle ce qui s’est passé en octobre dernier ou plus récemment samedi 5 janvier…
D’o๠la nécessité impérieuse de construire le stade de Sidi Moumen, qui accueillera les événements présentant moins de risques de débordement.

Et l’on gardera le complexe Mohammed V !
Le problème n’est pas tellement un problème d’emplacement, mais plutôt d’encadrement et de canalisation des expressions de violence de ces jeunes qui vont au stade. C’est notre rôle d’y arriver. Il reste qu’en déplaçant les rencontres à  risque dans un lieu dégagé, on minimise l’ampleur desdits débordements.

Pour revenir aux débordements, on a sanctionné les clubs en les empêchant de jouer dans leur ville alors qu’à  la base c’est un problème d’organisation. Plus de spectateurs que de capacité, des billets vendus au noir, des objets en verre introduits au stade…
Nous avons mis en place un groupe de travail, chargé de réfléchir avec les autres responsables (Ville, Intérieur, Fédération) pour voir comment piloter l’organisation de tels matches à  l’avenir. Comment faire que les enfants mineurs, puissent être accompagnés au stade sans provoquer de désordre. Ceci, pour la sécurité à  l’intérieur du stade. Pour les ruelles environnantes, le problème de la sécurité des personnes et des biens mérite une analyse approfondie et sans laxisme.

Revenons aux infrastructures sportives. Combien y en a-t-il actuellement au Maroc ?
Il faut distinguer trois types d’infrastructures. Ceux qui appartiennent au département de la jeunesse et des sports, ceux appartenant aux autres département (Education nationale, ÂŒuvres sociales…), ceux qui appartiennent au privé et ceux dépendants des collectivités locales. Pour celles relevant des Sports, il y a aujourd’hui, entre pistes d’athlétisme, complexes sportifs, salles omnisports et piscines couvertes quelque 80 installations soit existantes, soit en cours d’achèvement, ce qui représente à  peine 6% du total national.

Il y a deux ans, le contrat-programme entre Etat et Groupement national de football, en vue d’arriver à  la professionnalisation de ce sport, a suscité beaucoup d’espoir. On est aujourd’hui au point mort semble-t-il ?
Aujourd’hui, le ministère a pour rôle d’accompagner l’ensemble des 43 fédérations en plus du Comité national olympique marocain. Les fédérations de football et d’athlétisme ont entamé leur mise à  niveau. Les fédérations de tennis, de basket-ball et de boxe suivront. Quand on parle de mise à  niveau, il y a les engagements des fédérations et ceux de l’Etat. Ce dernier fournit les équipements, le matériel, l’encadrement et les fédérations doivent, en contrepartie, donner des résultats, gérer sainement et former les ressources humaines de demain. Pour le football, malheureusement, au niveau local, les clubs n’arrivent pas à  se conformer aux normes de transparence requises, mais les choses changeront.

Si vous deviez hiérarchiser les sports au Maroc…
C’est lié à  la fois à  la ferveur populaire et aux résultats engrangés par le Maroc. En ce sens, le football est sans conteste le sport numéro 1. Il est suivi par l’athlétisme avec des champions qui ont
marqué l’histoire mondiale. Ensuite vient la boxe, le tennis, le taekwondo, la natation, la gymnastique, le judo… Ce classement est lié aux réalisations obtenues dans chaque discipline, mais en tant que ministre de tutelle je m’interdis de préférer, de favoriser un sport par rapport à  un autre.

Il reste que c’est le foot qui se taille la part du lion !
Oui, mais là  encore c’est une question de rendement et de notoriété. On alloue des moyens aux sports qui sont les plus populaires et/ou qui sont susceptibles de nous rapporter des titres mondiaux. C’est l’exemple de l’athlétisme. A l’institut Moulay Rachid (Maâmora), au complexe Bellevue (Agdal, Rabat), des athlètes préparent aujourd’hui les Jeux olympiques de Pékin prévus en août prochain. Ce n’est que comme ça que l’on peut préparer des champions.

Il n’empêche que depuis Hicham El Guerrouj…. La relève existe-t-elle ?
Il faut quelques années pour préparer un bon athlète. C’est un travail très dur qui exige 365 jours de souffrance par an. Mais la relève existe. Aujourd’hui, ce sont les mêmes craintes qu’avant l’époque El Guerrouj qui s’expriment. Après Radi on s’est dit qui prendra la relève, après Aouita on s’est dit qu’il n’y aura personne, après Brahim Boutayeb, il y a eu Khalid Sekkah… il y a, entre ces stars, des passages à  vide, qui ne durent pas bien longtemps.

El Guerrouj ça a quand même duré plus de 8 ans…
Et Aouita ça a duré 10 ans. La relève est là . Elle s’exprimera bientôt.

Et nous aurons d’autres champions comme ça ?
Certainement. Il y a un potentiel énorme. Le pays regorge d’athlètes, il suffit de bien les former, de les pousser à  se dépasser.

Parlons de la Jeunesse. Quel regard portez-vous sur les colonies de vacances organisées par votre prédécesseur au profit de 200 000 enfants ?
C’est un travail à  féliciter. Il a donné de l’espoir à  la jeunesse marocaine. Il faut pérenniser ce travail et élargir l’organisation de ces colonies au profit des jeunes dans les régions isolées du pays. Les colonies de vacances seront rééditées et nous essayerons d’améliorer leur organisation et leur environnement.

Et les maisons de jeunes ? Elles sont souvent sous-équipées en outils de loisirs, jeux, livres, ordinateurs…
Il y a plus de 440 maisons de jeunes équipées par le département de la jeunesse et des sports, et gérées par des fonctionnaires du même département. Certaines sont bien équipées, d’autres le sont moins. Notre souhait est de voir l’ensemble du territoire couvert par des maisons de jeunes de même qualité. D’ici 2012, l’objectif est d’en créer une cinquantaine par an, soit 250 au total et elles seront gérées de commun accord avec les communes concernées. Nous continuerons à  équiper et animer ces maisons de jeunes. Aujourd’hui, et nonobstant le manque de moyens, les maisons de jeunes sont un formidable lieu de rencontres et d’expression, un excellent moyen de prévention contre la délinquance également.

Revenons au foot, irez-vous au Ghana encourager les lions de l’Atlas ?
C’est sur mon agenda et ça dépend du stade de la compétition auquel arrivera l’équipe nationale. Si je peux être avec eux, ce serait avec plaisir.

Et vous êtes toujours membre du Comité international olympique…
Oui, de même d’autres instance telles l’IAAF [NDLR : Fédération internationale d’athlétisme]

Coupe du monde, Jeux olympiques, Coupe d’Afrique, Jeux méditerranéens, Jeux panarabes…, peut-on espérer être candidat à  un événement d’envergure internationale sous votre mandat ?
Je le souhaite, c’est dans ma feuille de route. Nous allons inciter toutes les fédérations à  se proposer pour que le Maroc soit candidat à  des événements internationaux. De même, j’ai demandé à  ce que nos dirigeants sportifs postulent à  des postes dans des instances internationales du sport. Au lieu de compter sur les voix de tel ou tel représentant, mieux vaut celles de nos concitoyens, enfin, il faudrait que des sièges de fédérations internationales soient installés au Maroc.