Musée Mohammed VI : 100 ans de création picturale

Inauguré par S.M. Mohammed VI en date du 7 octobre, le premier musée d’art moderne
et contemporain au Maroc accueille quelque 500 Å“uvres de près de 200 artistes marocains.

Le Maroc a enfin son premier musée d’art moderne et contemporain. Il a quelques jours d’âge, après une gestation de dix longues années. Un accouchement certes difficile, mais bienheureux pour la communauté artistique qui attendait depuis si longtemps la concrétisation de ce projet. Le lancement de ce sanctuaire d’art moderne et contemporain a été chapeauté par la Fondation nationale des musées, dont le président, l’artiste Mehdi Qotbi, porte le projet de développement muséographique très à cœur. L’institution, dont l’envergure et le mode de fonctionnement s’inspirent des grands musées du monde, tranche avec un passif douloureux de maltraitance à l’égard des musées et du patrimoine national. Le Musée Mohammed VI (MMVI)se place donc en modèle pour tous les prochains établissements du genre, marquant encore une fois un tournant dans l’histoire des arts plastiques au Maroc.   

L’exposition des cent ans  

Bien qu’elle n’ait pas fait l’unanimité chez les artistes et critiques concernés par l’art contemporain au Maroc, l’exposition «1914-2014 : cent ans de création» peut se targuer d’avoir traqué le diable dans le détail de la création marocaine. Le musée accueille une belle brochette d’œuvres représentatives du travail artistique qui ne peut que briser le givre élitiste qui enveloppe les arts plastiques au Maroc. Comptez quelque 500 œuvres de près de 200 artistes marocains. Si on lui reproche le découpage chronologique qui ne rend pas forcément hommage aux grandes figures de l’art contemporain, ou qui laisse croire à l’existence de «coudures» définitives dans les attitudes artistiques et créatives au cours de ce siècle, l’exposition emporte aisément le visiteur à travers les salles du musée, correctement fournies en explications sur les périodes et les courants artistiques prédominants… Pour peu qu’on prenne le temps de les lire… Grosso modo, si vous ne connaissez Jilali Gharbaoui, Mohamed Nabili, Chaibia Talal, ou encore Mohamed Chabaa que de nom, vous aurez le plaisir d’approcher certaines de leurs œuvres. Et parmi celles des autres artistes, vous allez découvrir des petites perles, des toiles intrigantes ou alors quelques excentricités inaccessibles à l’entendement du commun des visiteurs. Dans le parking du musée, un beau chaos vous ramène dans un présent parallèle. De la photo originale aux installations abstraites, en passant par des performances visuelles de quelques vidéastes atypiques : la monotonie n’est pas au menu !   

Rabat, capitale de la culture  

«Contribuer au référencement, à la connaissance, à la conservation et à la promotion du patrimoine artistique moderne et contemporain au Maroc, en approchant des publics divers et variés», lira-t-on sur la brochure du musée. On y lira également, parmi les objectifs, la démocratisation de la culture qui, répétée tel un mantra par les activistes de la culture, se révèle être plus un espoir naïf qu’un projet concevable. Car, pour ce faire et en particulier dans notre contexte socio-économique, il serait impératif de maintenir la gratuité des expositions. Une équation plutôt difficile, à moins que le MMVI puisse compter sur un mécénat d’envergure. Ce qui n’est pas encore à l’ordre du jour. Quoi qu’il en soit, le MMVI constitue l’une des premières étapes concrètes dans le processus de transformation de la capitale en phare de la culture dans la région et -soyons fous!- à l’échelle du continent. L’on est en droit, alors, de se demander dans quelle mesure et avec quelle stratégie et/ou moyens l’institution compte-t-elle collaborer avec ses égales dans le monde. Une nécessité impérieuse pour atteindre ce «rayonnement» tant escompté. Rappelons que l’ouverture du Musée Mohammed VI a précédé de peu l’annonce du début des travaux du «Grand théâtre» de Rabat. Un projet tout aussi fondamental que l’on espère accessible, avec une vision réaliste et surtout long-termiste.