Multirisque climatique : près de 700 000 ha couverts

Des projets d’assurance pour l’arboriculture, le maraîchage et le bétail à  l’étude. Le transfert des risques agricoles par l’assurance est encore trop faible en Afrique.

Le constat est fait depuis longtemps : l’agriculture est l’un des secteurs les plus menacés par le changement climatique. Les phénomènes naturels qui en découlent (sécheresses, inondations, froid, vents violents…) entraînent la baisse de la production qui induit celle des revenus des agriculteurs, la hausse des prix, des crises alimentaires et plus généralement une perte de points de PIB, particulièrement dans les pays qui dépendent encore en grande partie de l’agriculture.

Pour se prémunir contre ces risques, il est possible de préserver la production par l’adoption ou l’amélioration des techniques culturales (irrigation, introduction de nouvelles variétés, lutte contre l’érosion des sols, mécanisation…). L’option complémentaire est de garantir les revenus des agriculteurs par le transfert des risques. C’est pour donner une impulsion à celle-ci que la Société centrale de réassurance (SCR, Groupe CDG) et le Centre africain des risques catastrophiques (CARC), en partenariat avec la Banque mondiale, l’Organisation des assurances africaines et la Mutuelle agricole marocaine d’assurances (MAMDA), ont organisé les 30 et 31 décembre à Marrakech un congrès international sur l’assurance et la réassurance des risques agricoles.

Pendant deux jours, quelque 250 participants (experts, cadres…) de plusieurs pays ont échangé sur les différents leviers à actionner. Sujet d’une grande importance parce qu’une bonne partie du continent, encore très dépendante de l’agriculture, est exposée à des conditions climatiques difficiles qui rendent parfois aléatoires les résultats économiques globaux.

L’assurance indicielle, une solution pour la petite agriculture

Au Maroc par exemple où le secteur agricole emploie 45% de la population active et constitue en moyenne 13% du PIB, le niveau de la croissance est encore intimement lié à la production céréalière. Les pays du sud du Sahara sont encore beaucoup plus vulnérables. Pourtant, sur l’ensemble du continent, l’assurance agricole est encore faible.

Au Maroc, sans doute un des pays parmi les plus avancés dans le domaine sur le continent, des efforts conséquents, mis en évidence par les différents intervenants de la MAMDA et du ministère de l’agriculture et de la pêche maritime, ont été faits. La multirisque climatique, proposée depuis 2011 par la compagnie d’assurance en remplacement du premier système de garantie de l’Etat qui avait montré ses limites, est en train de s’imposer progressivement. De 326 000 ha en 2011-2012 pour un objectif de 300000, la superficie couverte est montée à 468000 ha en 2012-2013 (450 000 ha visés). Près de 700 000 ha sont assurés au titre de l’actuelle campagne. L’objectif est maintenu à 1 million d’ha en 2015-2016. La multirisque est dédiée à l’ensemble des récoltes céréalières (blé tendre, blé dur et orge) et légumineuses (maïs, lentille, pois chiche, petits pois et haricots). Elle couvre également les risques liés aux aléas climatiques comme la grêle, l’excès d’eau, les vents violents (plus de 80 km/h), le gel, les vents de sable, etc. Un projet d’assurance pour l’arboriculture est à un stade avancé. Des systèmes de couverture pour le maraîchage et le bétail sont également à l’étude.

L’idée d’une assurance paramétrique, dont les bienfaits sont défendus par plusieurs intervenants, est aussi en train de germer. Cette assurance qui sera dédiée dans un premier temps aux céréales, est liée à un indice, comme la pluie, la température, l’humidité ou les rendements des cultures, plutôt qu’à la perte réelle. Selon les experts, l’avantage principal est que les coûts de transaction sont plus faibles. Un tel produit est jugé financièrement viable pour les assureurs du secteur privé et abordable pour les petits agriculteurs.