Motorola affirme ses ambitions mondiales

Le géant américain est en passe de réaliser l’exercice le plus profitable de son histoire.
En proposant le concept de mobilité continue, il prend de court la concurrence.

Quatre ans après ses déboires au niveau mondial, Motorola renoue avec le succès. La firme de Chicago qui avait failli sombrer à la fin de 2001, en raison d’un positionnement inadéquat sur le créneau de la téléphonie mobile, est en passe de réaliser, pour l’année 2004, l’exercice le plus profitable de son histoire. A l’issue de ce quatrième trimestre, ces ventes devraient atteindre près de 26 milliards de dollars, en hausse de 36% par rapport à 2003 et sa marge brute a crû de 45%, plafonnant à 35,4% de ses ventes. Mais c’est surtout son résultat d’exploitation qui enregistre une évolution record. Avec 2,4 milliards de dollars, il équivaut à 323% celui réalisé un an auparavant.
Des performances, dont Ed Zander, le charismatique PDG du groupe, n’est pas peu fier. A en croire ce dernier, qui recevait une brochette de journalistes de 16 pays, il y a quelques semaines, le meilleur reste à venir. «Motorola, explique-t-il, s’est résolument engagé dans la voie de l’avenir». Et cette voie de l’avenir ne peut passer que par la téléphonie mobile. «Et pour cause, ajoute, M. Zander, de quoi le citoyen de demain aura-t-il de plus en plus besoin ? Tout simplement d’être connecté à tout moment. e-mail, agenda, information, loisirs, tout doit transiter par la téléphonie mobile. Mieux, l’intrusion massive de l’internet dans la vie de tous les jours a donné lieu à la naissance à une multitude d’appareils dédiés aux télécoms. Non seulement le mobile doit-il être en phase avec cette évolution, mais de plus il doit pouvoir» parler «un seul langage avec ces appareils». Une phrase qui résume toute la philosophie actuelle du groupe où l’on parle de «seamless mobility», la mobilité continue. En clair, le défi de l’avenir sera de pouvoir regarder un match, inspecter son courrier ou encore travailler sur ses fichiers, au bureau, en voiture ou à la maison sans interrompre la session. Facile à dire, moins facile à faire.

Etre connecté tout le temps sans interrompre sa session
Motorola, qui peut se targuer d’une longue expérience acquise en vertu de son autre métier qui est celui d’opérateur en infrastructures télécoms, est bien placé pour y arriver. Appareils, applications, matériel réseau, le géant de Chicago est aujourd’hui en mesure de fournir tout cela pour créer une véritable plate-forme de communication ininterrompue. Bien entendu, on est loin de la technologie GSM (voir encadré). Dans ses laboratoires aseptisés de Schamburg, ville satellite de Chicago, Motorola peut aujourd’hui vous faire la démonstration de ses téléphones «push-to-talk» qui rééditent le concept de talkie-walkie en vous permettant de parler à vos interlocuteurs, en pressant un simple bouton, sans avoir à composer un numéro et attendre une sonnerie, le tout avec une portée illimitée, grâce au miracle du GPRS. On vous parlera aussi de ces étonnants téléphones mobiles élaborés pour le marché israélien avec lecteur optique d’empreintes intégré.
Et le design dans tout cela ? Il va de soi que la recherche en ergonomie et en facilité d’utilisation est au centre des préoccupations du constructeur qui n’a pas oublié comment le finlandais Nokia et le suedois Ericsson (aujourd’hui allié à Sony) avaient fait passer en un an seulement leur Motorola star Tac à clapet à l’âge de pierre, au milieu des années 1990. Aujourd’hui, les centres de Chicago ou encore de Singapour s’ingénient à rendre les appareils le plus conviviaux possibles. Un leitmotiv que résume ingénieusement Jim Wiks, patron du design des produits grand public, en décrivant les mobiles du groupe : «Vous le voyez, vous en avez envie, vous l’achetez». Le lancement, début novembre du RAZR V3, illustre bien ce point de vue.
Aujourd’hui donc Motorola a compris la leçon et entend tirer profit des synergies entre ses métiers. Celui de fournisseur d’infrastructures et celui d’opérateur mondial en matière de téléphonie mobile. A preuve, ses frais de recherche et développement vont, pour la quatrième année consécutive, enregistrer une baisse relative par rapport à son chiffre d’affaires en s’établissant à 11,5% contre 13,9% en 2003. «Cela veut tout simplement dire que nous avons concentré nos efforts sur des créneaux à la rentabilité potentielle certaine», affirme Mike Zafirovski, le patron opérationnel du groupe .