Mohamed Ali El Himma : «Sur le plan opérationnel, il faut un nouveau plan des chantiers avant de reprendre les travaux»

• L’urgence est de se remettre en selle, rouvrir chantiers et usines avec des règles strictes.
• Il est important d’élaborer plusieurs scenarii pour comprendre l’impact potentiel de cette crise.
• Il faut tirer profit de l’apport technologique des nouveaux moyens de communication et de télétravail.

• Le secteur du préfabriqué est touché par cette crise sanitaire au même titre que les autres filières des matériaux de construction. Avez-vous mis en place un plan de continuité d’activité ?
Tout à fait, mais avant cela, on a élaboré une analyse d’impact sur l’entreprise (BIA) pour déterminer l’effet de ces interruptions d’activités.
La crise du Covid-19 était impossible à prévoir avec les instruments conventionnels de sagesse et de prédiction, et n’était pas incluse dans les matrices de risque de nos entreprises. Par contre, elle nous a obligés à apprendre et mettre en œuvre, dorénavant, ce Business Continuity Plan (BCP) considéré comme outil de pilotage impératif

• Le BCP nécessite de prendre des décisions urgentes pour atténuer l’impact de cette crise sanitaire…
Certes, on n’est pas égaux face à la crise, les entreprises au mode de gestion intelligible sont les plus actives et proactives dans leurs prises de décision pour remodeler et préserver la continuité de leurs activités. Le but étant de surveiller les vulnérabilités internes propres à chaque business et chaque entité, tout en l’adoptant en tant qu’exercice planifié et non un simple test, car ce dernier implique l’alternative de la réussite ou l’échec.

• Quelles sont les mesures d’urgence à prendre, en préparation à la levée du confinement ?
Les entreprises doivent prendre les décisions et mesures adéquates pendant la crise tout en pensant à la reprise. Ces mesures doivent porter sur trois points importants, à savoir la priorisation de la sécurité des personnes en engagement continu. L’urgence est de se remettre en selle, rouvrir chantiers et usines avec des règles claires concrètes et strictes pour garantir un redémarrage en toute sécurité des travaux, dans le respect du protocole de santé au travail avec un mot d’ordre «vigilance». Le 2e point est relatif à la reformulation de la stratégie de continuité des activités. En ce sens, l’entreprise est censée évaluer et surveiller la liquidité et les flux de trésorerie à court terme en maintenant une discipline stricte sur deux éléments capitaux dont le recouvrement des créances clients et la gestion des stocks.
Le but est d’être créatif et d’intervenir de manière proactive pour alléger le cycle du fonds de roulement, réexaminer et agir rapidement sur les risques financiers et opérationnels en se penchant sur la structure des coûts directs qui se répercutent sur les marges produits, renégocier dès que possible et/ou penser à chercher des alternatives. Il est important, par ailleurs d’élaborer plusieurs scénarii pour comprendre l’impact potentiel de cette crise sur la performance financière et évaluer la durée de cet impact et agir en conséquence.
Enfin, le dernier point réside dans la communication avec les parties prenantes concernées. Penser à communiquer avec son entourage de manière claire et intelligible pour repositionner l’entreprise et s’assurer du soutien continu de ces clients, des employés, des fournisseurs, des créanciers, des investisseurs en pensant à l’adéquation du canal de communication de chacun

• Pour une structuration pérenne de la filière, que proposez-vous comme alternatives au mode de fonctionnement actuel ?
Sur le plan opérationnel, il faut un nouveau plan des chantiers avant de reprendre les travaux, prévoir un dispositif d’évacuation au cas où un ouvrier présentant des symptômes d’infection serait détecté et concevoir des espaces pour éviter l’encombrement des ouvriers et ce, afin d’éviter les risques de contagion dans les espaces communs dont toilettes, douches, vestiaires, cantines…
La fin du confinement ne veut pas dire retour à la vie d’avant.
Stratégiquement, il faut profiter de cette période pour former les collaborateurs et augmenter le niveau des compétences, faire du recyclage des connaissances et réapprendre à conduire le business.
Il est plus nécessaire également de tirer profit de l’apport technologique des nouveaux moyens de communication et de télétravail qui changeront certainement les règles de travail de demain.
En gros, il faut penser autrement, dépenser intelligemment et investir différemment, car il n’y a aucune certitude que cette pandémie n’aura pas de nouvelle vague. Lorsque la crise sera terminée, il sera clair que les entreprises devraient disposer de la résilience et l’agilité pour repenser leur stratégie commerciale et prospérer

• Vous avez certainement entamé des discussions avec les ministère de tutelle en vue de mettre en place un plan de relance, ou du moins en fixer les points essentiels. Où en sont ces discussions ?
Je tiens à noter que le ministère de l’industrie est fortement mobilisé dans la gestion de cette crise sanitaire avec un grand sens de responsabilité citoyenne. Pour répondre à ta question, nous avons travaillé en étroite collaboration avec la fédération des industries des matériaux de construction (FMC) et la cellule de veille et coordination sectorielle créé par le ministère pour remonter les informations en temps réel de la situation économique de notre industrie et les propositions de mesures qui peuvent être prises afin de réduire l’impact de cette crise sur notre secteur.
Notre secteur a besoin de soutien conjoint du secteur public et du secteur financier, à la fois bancaire et des assurances et assurance-crédit, pour donner une bouffée d’oxygène à l’industrie, principalement composée de PME.
Le ministère de l’habitat, 2e ministère de tutelle, nous accompagne également à travers son écoute active, sa mobilisation et sa grande disposition lors des tenus des réunions pendant lesquelles nous avons élaboré plusieurs scenarii de reprise lors du déconfinement mais aussi pour sa réactivité pour l’élaboration du guide Covid-19, comportant les lignes directives pour la gestion du risque de propagation de la pandémie du covid-19 dans les lieux du travail du secteur de la construction.