Médicaments : les grossistes répartiteurs dénoncent les achats groupés des pharmaciens

La loi dispose que le laboratoire fabrique, le répartiteur distribue et le pharmacien dispense. Les pharmaciens invoquent la baisse des prix des médicaments pour motiver leur choix.

Les grossistes répartiteurs de produits pharmaceutiques se disent sérieusement menacés par le circuit parallèle de distribution des médicaments. Ils accusent des pharmaciens d’officines de se constituer en groupements de 5 à 10 pour acheter directement auprès des industriels, enfreignant ainsi la loi 17-04 réglementant l’exercice de la pharmacie et la distribution du médicament. L’article 26 stipule en effet que la distribution en gros des médicaments ne peut être effectuée que par les établissements pharmaceutiques grossistes répartiteurs mais le texte donne la possibilité, sous certaines conditions, aux laboratoires d’approvisionner directement les officines et les réserves de médicaments dans les cliniques. Cette disposition a été intégrée dans le texte suite aux revendications des industriels craignant un monopole des répartiteurs.

Les pratiques dénoncées ont commencé dans les provinces du Sud. Il y a quelques années, des pharmaciens achetaient directement auprès des fabricants pour leurs officines. L’exonération fiscale aidant, ils n’ont pas hésité à revendre les médicaments à d’autres officines. Aujourd’hui, cette pratique semble se banaliser.

20% de la distribution du médicament échapperait au circuit légal

Selon des industriels, «il s’agit de vente au noir dont les gains sont partagés entre des pharmaciens et certains grossistes». En effet, la loi donne la possibilité à l’industriel d’octroyer, respectivement aux grossistes et aux pharmaciens, des remises de 15% et 30% sur les produits dits de confort ne faisant pas l’objet d’une prescription médicale. Les pharmaciens achètent alors de grosses quantités dont une partie est cédée aux grossistes indélicats moyennant un partage de la marge supplémentaire obtenue des industriels.

L’association des répartiteurs et grossisteries, qui avance que «20% de la distribution du médicament échappe au circuit légal», ne compte pas laisser perdurer cette situation. Elle est en passe de finaliser une étude pour mesurer l’impact de ces groupements sur leur activité. Les conclusions seront livrées en septembre prochain au ministère de la santé.

Selon cette association, «les pharmaciens peuvent bien acheter directement, à condition qu’ils se constituent en sociétés», comme le veut la loi. Il en existe déjà quatre sous forme de SA ou SARL à Marrakech, Rabat, Agadir et Béni-Mellal. Un cinquième groupement est en cours de création à Casablanca. Les pharmaciens réfractaires répliquent que «l’achat groupé est inéluctable vu l’impact de la baisse des prix du médicament sur leur activité» et insistent sur la nécessité de prendre exemple sur d’autres pays où cette pratique est légalisée.