Matériaux de construction : la relance du logement social tarde à  produire ses effets

Les ventes de ciment et de sable devraient progresser de 11 et 7% en 2011 uniquement du fait de la recrudescence des constructions anarchiques. 10 à  15% de surcapacité pour les briquetiers et 30% pour les céramistes. Baisse généralisée des prix sauf pour le ciment.

La bonne dynamique du programme de relance du logement social tarde encore à se transmettre au marché des matériaux de construction. Certes, jusqu’à présent les promoteurs immobiliers ont exprimé leur intérêt pour construire près de 905 000 unités dans le social (voir article en page 18). Mais les travaux n’ont effectivement démarré que pour 112 100 logements, ce qui induit au final une année 2011 moyenne pour les professionnels des matériaux de construction qui réalisent 70% de leurs chiffres d’affaires avec le secteur de l’habitat. Cependant, certains matériaux ont pu sauver la mise du fait d’événements conjoncturels. La prolifération des constructions anarchiques pendant la dernière période électorale a nettement profité aux ventes de ciment, selon les professionnels du secteur. A fin novembre, la progression du marché s’affiche à 9,25% alors qu’elle oscillait entre 4 et 5% sur la première moitié de l’année. Avec ce regain de dynamisme au niveau de la demande, les cimentiers qui s’attendaient à une croissance des ventes sur toute l’année de 4 à 5% ont révisé leurs prévisions qui portent à présent sur une progression de 7%. Et encore, «la croissance pourrait être plus prononcée en raison de l’absence de fortes intempéries, et donc de ralentissements des chantiers durant le mois de décembre», suppose-t-on à l’Association des producteurs de ciment (APC). L’année 2011 a été d’autant plus bénéfique aux cimentiers qu’elle a été ponctuée par des hausses des prix. Selon les professionnels de la construction, la tonne de ciment facturée entre 1 155 et 1 245 DH (selon le type de ciment) fin 2010 a été majorée d’au moins 30 DH, selon les régions, durant l’année en cours, soit 1,50 DH de plus par sac.

65% des opérateurs dans l’informel sur le marché du sable

Les écoulements de sable se sont également inscrits sur un trend haussier. «Le marché du sable a connu une croissance de 11% durant l’année 2011», selon Hassan Jaï, président de l’Association des professionnels du sable (APS). Les auto-constructions anarchiques justifient là encore cette tendance, et le phénomène aurait même dopé les ventes de sable depuis le premier trimestre, selon M. Jaï. Problème, les initiateurs de constructions anarchiques s’approvisionnent essentiellement auprès des fournisseurs informels de sable qui constituent actuellement 65% des opérateurs en exercice, selon les estimations de l’APS. «Ces opérateurs hors-la-loi écoulent d’autant plus de sable qu’ils ne respectent pas les limites sur la charge de transport imposées par le nouveau code de la route», dévoile M. Jaï. Au final, alors que la demande en sable a crû à deux chiffres, les vendeurs structurés n’ont pu capter que 2% de croissance sur l’année. Cependant, ils ont pu minimiser les dégâts grâce au dynamisme de la demande des grands comptes (promoteurs immobiliers, bétonniers…). Selon les professionnels, cette clientèle a nettement augmenté ses volumes d’approvisionnement auprès des opérateurs réguliers. Une nouvelle tendance que le président de l’APS justifie par la volonté de ces grands comptes de sécuriser leur approvisionnement. Pour ce qui est des prix, la baisse enclenchée en début d’année se poursuit auprès des unités formelles. C’est que depuis l’entrée en vigueur du nouveau code de la route (qui impose au transporteur de préciser le tonnage transporté sur le bon de livraison), l’achat au mètre cube se généralise au dépend de la facturation au forfait qui revenait plus cher. Par exemple, dans le nord, le mètre cube de sable se négocie actuellement à 200 DH contre 217 DH l’année dernière.
Ne pouvant se prévaloir des niveaux de progression du ciment et du sable, les ventes des autres matériaux de construction ont de surcroît été grevées par des problèmes structurels. Alors que la demande pour les briques (agglomérés et céramique) a stagné en 2011, le secteur est actuellement confronté à une surproduction évaluée entre 10 et 15% par les professionnels. «Pas étonnant quand on sait que l’offre a pratiquement doublé avec l’entrée en activité de nombreuses nouvelles unités durant les trois dernières années», rappelle David Tolédano, président de la Fédération des industries de matériaux de construction (FMC). «Le transport de la brique intervient aujourd’hui sur une distance de 200, voire 300 ou 400 kilomètres, alors qu’en règle générale le périmètre ne dépasse pas la centaine de kilomètres», ajoute-t-il. Et, paradoxalement, en dépit du renchérissement des coûts que cela induit, les fabricants cassent les prix. Ceux-ci sont passés de 1,80 DH l’année dernière à 1,30, voire 1,20 DH, actuellement pour les briques de 8 trous.