Matériaux de construction : la demande en chute depuis 5 ans !

Les industriels ont des appréhensions sur la concrétisation de l’écosystème des matériaux de construction suite au changement de gouvernement. Plusieurs décrets d’application de la loi organisant le secteur ne sont toujours pas publiés. L’énergie continue de peser lourd sur le coût de revient.

Le secteur des matériaux de construction ne semble pas près de sortir du marasme dans lequel il est empêtré depuis maintenant 4 ans. Les opérateurs espéraient une stabilisation du marché pour l’année en cours, mais cela ne semble déjà plus d’actualité. «2016 devrait s’achever elle aussi sur un recul de la demande pour la majorité des filières», anticipe David Toledano, président de la Fédération des matériaux de construction (FMC). Bien sûr, l’activité des industriels fait les frais de la morosité du secteur de l’immobilier et des travaux publics. Mais au-delà, les opérateurs estiment que leurs commandes ne se redressent toujours pas du fait d’un ensemble de problématiques. Les fabricants plaçaient beaucoup d’espoirs dans le contrat de performance signé avec le ministère de l’industrie ces derniers mois pour lever une grande partie des obstacles. Mais la mise en œuvre de cette stratégie étant encore à ses premières phases, les industriels ont des appréhensions sur sa concrétisation avec le changement du gouvernement à venir. Ils se sont donc adressés directement aux partis politiques pour les sensibiliser aux tares qui pénalisent leur secteur.

Ils citent en premier la croissance constante des importations de plusieurs produits. Les fabricants de carreaux en céramique en pâtissent le plus. Avec 30 millions de m2 de carreaux importés par an actuellement, les produits étrangers ont triplé leur part de marché en 5 ans, à 35%. Pour les fabricants nationaux, qui tentent actuellement de faire adopter des mesures antidumping contre les carreaux en provenance d’Espagne, cette montée en puissance s’est forcément faite de manière déloyale. «Les produits importés se positionnent sur l’entrée de gamme avec des prix moins élevés que ceux des produits locaux, une stratégie impossible à tenir, à moins que l’on se livre à du dumping», estime la FMC.

Les producteurs de marbre doivent eux aussi faire face à 4 millions de m2 acheminés actuellement par an depuis l’étranger, mais ils estiment pour leur part s’être fait prendre des parts de marché à cause du retard de promulgation des décrets d’application de la loi relative à l’exploitation des carrières adoptée en juillet 2015. «En l’absence de ces textes, les marbriers ne peuvent développer leur activité pour faire face à la demande, ce qui ouvre la voie aux produits importés», explique-t-on au sein du secteur.

Le projet de code de la construction vidé de sa substance

Les industriels sont par ailleurs pénalisés par le retard d’autres textes de loi. Il s’agit d’abord du projet de code de la construction. Ce dernier consacre tout un volet aux matériaux de construction en explicitant notamment que les normes marocaines relatives à ces produits sont d’application obligatoire. Il dresse aussi une liste de matériaux interdits (ceux d’origine non identifiée, non couverts par la normalisation…), établit des règles pour l’identification des produits de carrières et d’usines… «Autant d’obligations qui favorisent de fait les producteurs nationaux formels qui se plient aux règles». Seulement, le projet de code semble aujourd’hui dans l’impasse. Il a été même en grande partie vidé de sa substance, étant donné qu’une loi sur le contrôle et la répression des infractions en matière d’urbanisme, qui entrera bientôt en vigueur, couvre plusieurs volets qui devaient y figurer. Les décrets d’application de la loi 24-09 concernant la sécurité des produits et des services se font eux aussi attendre. Ils doivent notamment préciser les moyens de contrôle que les pouvoirs publics doivent mettre en place pour s’assurer du respect des normes. 

Une autre tare du secteur porte sur les taxes parafiscales, notamment la taxe spéciale sur le ciment. Celle-ci est prélevée sur la production de ciment à raison de 150 DH/t pour alimenter le Fonds solidarité habitat et intégration urbaine (FSHIU) dédié à la résorption de l’habitat insalubre. Les industriels du béton préfabriqué, qui se plaignent le plus de ce prélèvement, soutiennent qu’il crée une distorsion concurrentielle en favorisant les produits de substitution consommateurs d’énergies et polluants pour certains (brique rouge, hourdis en terre cuite…) et dont les intrants peuvent être des produits importés (PVC, acier…).

Du reste, les opérateurs jugent qu’il est temps pour les pouvoirs publics de se tourner vers d’autres sources pour financer le FSHIU. La TSC, instituée il y a plus de 15 ans, atteint actuellement selon eux un taux de réalisation de 85%. Last but not least, les industriels pointent la lourde charge que continue de représenter pour eux l’énergie. Alors qu’ils avaient bon espoir que la décompensation des carburants contribue à alléger leur fardeau, les combustibles (gasoil, fuel, coke de pétrole, gaz GPL…) représentent aujourd’hui au moins 40% de leur coût de revient et cela monte à 70% pour certaines filières.