Maroc Telecom-Méditel : le match de la rentabilité

L’opérateur historique affiche une marge opérationnelle deÂ…47% et une marge nette de 32%.
Le deuxième opérateur, encore sous l’effet des investissements lourds, enregistre une marge nette de 8,8%.

L’annonce des résultats financiers des deux premiers opérateurs marocains de télécoms dévoile la richesse de ce secteur devenu très rapidement un des premiers contributeurs fiscaux du pays (IS, TVA, IR, etc.) mais également la disparité de fortune entre le leader incontesté, Maroc Telecom, et son dauphin Meditelecom.
En effet, sur un chiffre d’affaires cumulé de près de 35 milliards de DH, en progression de 7%, la filiale de Vivendi en accapare 85%. En excluant le business réalisé à l’international, par celle-ci, à savoir en Mauritanie, au Burkina Faso, au Gabon et en Europe (France et Belgique), ce ratio tombe à peine à 83%. Il faut dire que sur son marché domestique qui représente encore 87% de son activité, Maroc Telecom préserve, depuis l’abolition du monopole en 1999, une confortable part de marché sur le mobile (supérieure à 60%) et dispose encore sur le fixe et internet d’un rang de quasi-domination.

Méditel handicapé par de lourds investissements
Au-delà du chiffre d’affaires, c’est au registre de la rentabilité que l’opérateur historique se distingue nettement au point même de susciter l’étonnement des observateurs. Avec une marge opérationnelle de 47% (après amortissement), une absence totale d’endettement financier et un investissement modéré (relativement au chiffre d’affaires) puisque l’essentiel de l’infrastructure est déjà là, Maroc Telecom est une véritable machine à cash. En témoignent aussi bien le niveau final de la marge nette (après rémunération du fisc et théoriquement des créanciers) qui caracole à 32,2% (+2,9 points par rapport à 2007) que le pay-out annoncé en 2009, à savoir 100% du bénéfice. Certes, l’indicateur phare de l’activité mobile, l’ARPU (revenu moyen mensuel par utilisateur), tombe pour la première fois sous les 100 DH (plus exactement à 99,20 DH) mais l’effet volume et l’amélioration continue des marges compensent largement.
Face à cette performance remarquable, Meditelecom peine à maintenir tant sa croissance que sa rentabilité. Avec un chiffre d’affaires qui s’accroît à un rythme (+5%) largement inférieur à celui du parc client (+18%), conséquence naturelle d’un ARPU qui dévisse de 14% à 60 DH, un effort d’investissement ininterrompu, notamment dans les solutions Data et voix innovantes, et, enfin, un endettement bancaire encore assez élevé, la filiale de l’espagnol Telefonica ne voit pas encore sa marge nette décoller. A contrario, celle-ci recule de 2,1 points à 8,8%. Certes, avec une dette appelée à se dégonfler au fil des ans, puisque l’essentiel avait servi au déploiement de la couverture 2G aujourd’hui quasi achevée, la marge nette devra se bonifier  de précieux points. Mais tant que Meditelecom restera tributaire du parc prépayé et ne prend pas une position significative dans le segment entreprises, autrement plus lucratif, l’équation sera difficile à résoudre. Et ce d’autant plus que Wana Corporate, troisième opérateur, a déjà taillé des croupières dans le segment à plus faible valeur (prépayé). Il semblerait d’ailleurs que le top management de Meditelecom ait déjà changé de fusil d’épaule en la matière en privilégiant davantage la voix (téléphonie IP et Wimax) comme point d’entrée dans le segment entreprise au lieu de la Data, dont les résultats ont été peu satisfaisants et si peu différentiateurs par rapport à la concurrence.  Au demeurant, si les actionnaires de Maroc Telecom peuvent jubiler avec un titre qui allie croissance et rentabilité (le dividende yield devra se situer à 7% cette année), ceux de Meditelecom devront sans doute attendre 2010, voire au-delà, pour une introduction en Bourse réussie. Selon des sources bien informées, celle-ci est conditionnée à deux facteurs au moins : une réduction de l’endettement à un niveau inférieur à 50% des fonds propres et un résultat net d’au moins un milliard de DH. D’ici là, le management aura fort à faire pour faire de la croissance vertueuse, ce qui n’est pas encore le cas pour l’exercice 2008.