Maroc – Inde : les voies d’un partenariat multidimensionnel raffermi

Focus sur les nouvelles technologies, la sécurité et les industries. 988 millions de dollars investis par l’Inde au Maroc. D’importantes implantations industrielles à venir, avec des vues sur le marché africain.

Le Maroc et l’Inde ouvrent un nouveau chapitre de leur histoire, basé sur «la solidité et la cordialité», a annoncé le ministre indien des affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, le 14 octobre 2019 à New Delhi, en présence d’une délégation de journalistes marocains en visite en Inde.

La rencontre a été l’occasion pour la partie indienne de rappeler les intérêts communs des deux pays dans une logique de développement mutuel et complémentaire, et de mettre en exergue les opportunités non encore explorées en matière d’investissement, de développement et de renforcement dans plusieurs secteurs industriels, notamment pharmaceutique, automobile et aéronautique, d’accompagnement de la révolution technologique, et de la mise en place d’un marché africain ouvert tout en le protégeant des rivalités potentielles qui risqueraient de nuire à son développement. M. Jaishankar a également mis le doigt sur le rôle éminemment important que joue le Maroc en Afrique, et n’a pas fait mystère des ambitions nourries par son pays pour une coopération beaucoup plus pertinente et régulière avec le continent africain, car ce dernier «figure désormais dans les priorités absolues de la stratégie indienne pour le développement international multidimensionnel», a-t-il noté, ajoutant que «l’implication des acteurs économiques, portée par une volonté gouvernementale ferme, permettra à l’Inde et à l’Afrique de réveiller leur potentiel dormant, et de raffermir davantage les liens qui les unissent».

Le ministre a également vanté les mérites des lignes de crédit accordées par l’Inde à plusieurs pays d’Afrique (principalement anglophones), ainsi que le succès auquel elles ont contribué pour le développement de nombreux projets dans le secteur médical, tertiaire, énergétique et sanitaire. De 2015 à fin juin 2019, 4,3 millions de dollars ont été déboursés pour financer de tels projets. De cette somme, 31,57% ont été affectés à des projets énergétiques, 17,48% à des plantations de sucre, 7,69% à des projets d’irrigation et 6,38% à des projets d’électrification rurale. «Notre objectif est de maintenir ces lignes de financement pour ces pays d’Afrique, et d’en proposer de nouvelles aux pays d’Afrique francophone afin que des succès similaires puissent être dupliqués sur l’ensemble du continent.

En cela, le Maroc peut nous fournir une aide précieuse tout en co-développant des projets structurants à fort impact politique, social et économique. Nous pensons particulièrement au développement de villes intelligentes, à l’habitat à coût réduit, la digitalisation, l’éducation et la lutte contre le terrorisme», a conclu M. Jaishankar. Un programme d’investissement doté d’une enveloppe de 40 milliards de dollars, porté principalement par le secteur privé, est actuellement en cours de finalisation. Ce programme est dédié au marché africain et prévoit plusieurs investissements dans les domaines industriel, technologique et médical. Il est à relever que le volume des échanges entre l’Inde et l’Afrique s’élevait à quelque 50 milliards de dollars en 2015.

En 2019, ce chiffre a bondi à 80 milliards de dollars. Rappelons que, suite à la visite de sa prédécesseur, Sushma Swaraj, en février 2019, le Maroc et l’Inde ont signé 4 mémorandums d’entente visant à développer une approche de coopération globale, appuyée par des partenariats stratégiques dans la lutte contre le terrorisme, la facilitation des visas d’affaires et étudiants et l’urbanisme innovant.

Aussi, la montée en puissance des relations entre le Maroc et l’Inde a été boostée, ces dernières années, par une coopération plus accrue dans les domaines technologique, économique et sécuritaire, d’après Mohamed Maliki, ambassadeur du Maroc à New Delhi. D’après sa lecture des faits, seul le secteur du tourisme est en attente d’actions ciblées car le potentiel est indéniable et les retombées potentielles non négligeables pour les deux pays.

Durant les deux dernières années, le Maroc et l’Inde ont signé une quarantaine de conventions de partenariat portant sur des secteurs qui, jusque-là, n’avaient fait l’objet d’aucune action bilatérale. Il s’agit, entre autres, de la cybercriminalité, du renseignement, de la lutte contre le terrorisme, du système d’informatisation des aides sociales, de l’identification unique et du registre national. Mohamed Maliki, ambassadeur du Maroc à New-Delhi, a affirmé que «le plus important des investissements extérieurs marocains jamais réalisé en Asie a été effectué en Inde (230 millions de dollars), porté par l’OCP, dans une unité industrielle de production d’engrais et de fertilisants». Par ailleurs, les intérêts mutuels des deux pays se complètent, puisque le Maroc entend soutenir la sécurité alimentaire de ce pays ami, tandis que ce dernier s’apprête à investir dans le transfert de technologie et de savoir-faire technique au Maroc. Rappelons également que 33 délégations ministérielles et de professionnels ont été échangées ces dernières années.
La plus récente date d’octobre 2019 d’ailleurs, celle de la Chambre de commerce, d’industrie et de services de Fès-Meknès en l’occurrence, qui s’est rendue à New Delhi pour rencontrer les représentants de l’Agence nationale indienne Invest India, avec sa vice-présidente Madhumitha Ramanathan à leur tête, pour échanger sur les voies les plus aptes à promouvoir et à faciliter les investissements.

 

A Bangalore, la Silicone Valley de l’Inde, il a été donné à la délégation marocaine de journalistes de rencontrer les dirigeants de l’Indian Institute of Management Bangalore (IIMB). Cet institut, le 1er business school en Inde figurant dans le Top 50 mondial, est connu par le nombre annuel de ses lauréats (5000), mais aussi et surtout par ses programmes MOOC free courses program, des cours gratuits dispensés par voie digitale et particulièrement prisés en Afrique anglophone. D’ailleurs, sur les 5000 lauréats, seuls 105 sont des étudiants à plein temps qui suivent le régime normal. 1200 sont des professionnels qui suivent des cours en parallèle, tandis que les 3695 restants sont des étudiants basés partout dans le monde. IIMB est une entité indépendante qui ne bénéficie d’aucun financement public, mais qui surfe sur la volonté du gouvernement indien de démocratiser l’éducation à l’international et aider à la formation du maximum possible de jeunes aux métiers de la finance, du management et des nouvelles technologies. D’ailleurs, IIMB dispose d’une cellule d’incubation et de promotion de l’entrepreneuriat, et entend multiplier les conventions soit avec les pays, soit avec des instituts de formation afin de permettre aux populations locales, marocaines et africaines notamment, de bénéficier de ses programmes. D’après ses représentants, la posture adoptée par IIMB résume celles partagées par les autres instituts de formation car les objectifs restent les mêmes : accompagner le développement des technologies dans le monde par l’apport des compétences nécessaires à les piloter .

Sun Pharma, leader mondial des médicaments génériques, jusque-là présente au Maroc par voie de points de présence qui lui ont permis de générer un chiffre d’affaires annuel moyen de 20 millions de dollars, a annoncé le bouclage des travaux de sa première unité industrielle au Maroc pour décembre 2020. L’objectif pour Sun Pharma est de continuer à fournir le marché marocain en génériques, obtenir les autorisations nécessaires à la commercialisation de ses quelque 2000 références et attaquer le marché africain depuis le Maroc. Sun Pharma compte 44 unités industrielles dans le monde, et a obtenu des autorisations à l’international pour 466 de ses produits. 500 produits supplémentaires seront autorisés dans les 2 années à venir.

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