Maroc Energie : une feuille de route pour sécuriser l’approvisionnement en électricité

3 500 MW supplémentaires installés à  l’horizon 2012 et 22 millions de lampes basse consommation distribuées.
Une centrale-pilote de 100 MW à  partir des schistes bitumineux.

Grande messe de l’énergie, vendredi 6 mars à Rabat : gouvernement, opérateurs économiques, société civile, experts nationaux et étrangers ont répondu présent aux premières assises de l’énergie, rencontre au cours de laquelle a été déclinée la nouvelle stratégie énergétique pour le Maroc.
En quoi consiste cette nouvelle stratégie ? A développer les énergies renouvelables afin de porter leur part à 10% dans le bilan énergétique national et à 18% dans le bilan électrique à l’horizon 2012; à ériger l’efficacité énergétique en priorité nationale ; à s’intégrer dans le système énergétique régional et, enfin, à équilibrer la production nationale et les importations.
Car, il faut le dire, le Maroc dépend de l’extérieur pour ses approvisionnements à hauteur de 97,3 %, soit presque totalement. Cette situation, très logiquement, met le pays, et ses finances, à la merci des fluctuations du marché énergétique mondial. Par exemple, en 2008, avec la flambée des prix du pétrole (dont la part dépasse les 60 % dans l’énergie primaire consommée au Maroc), la facture énergétique avait atteint 71 milliards de DH. Ces charges, qui sont déjà insupportables, vont l’être encore de plus en plus, à mesure que le pays se développe et que la consommation augmente. En effet, la demande en énergie primaire s’est accrue de 5 % en moyenne annuelle pendant cette dernière décennie. Mais ce qui a surtout tiré vers le haut cette demande, c’est la consommation de l’électricité qui a évolué d’environ 8 % en moyenne ces cinq dernières années.
Partant de là, et compte tenu des chantiers en cours ou à venir, la demande en énergie primaire du pays devrait être multipliée par trois entre 2008 et 2030, en passant de 15 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) à 43 Mtep. La consommation d’électricité, elle, devrait être multipliée par quatre, en passant de 24 GWh à 95 GWh.

L’option fioul sera abandonnée
Avec des volumes aussi importants, il était impératif de mettre en place une stratégie qui tienne compte à la fois des besoins à satisfaire et des moyens disponibles.
Les grands axes de cette stratégie étant maintenant connus, comment la mettre en œuvre et selon quel calendrier ? Car il est évident que tout ne peut pas être réalisé tout de suite. Il y a des urgences, et il faut commencer par là ! C’est, pour le court terme, la mise en place de ce qui est appelé le Plan national d’actions prioritaires (PNAP) sur la période 2008-2012. Pour l’essentiel, il s’agit, à travers ce plan, de faire correspondre l’offre et la demande électrique. Ces derniers temps, on le sait, la faiblesse de l’offre par rapport à la demande faisait constamment planer le spectre d’un black-out qui n’a été évité que moyennant des achats onéreux à travers les interconnexions (programmées plutôt pour des arbitrages économiques). Ce PNAP a déjà démarré et il prend appui fondamentalement sur des actions d’économie d’énergie (ou d’efficacité énergétique) et du renforcement de la capacité de production. A l’échéance 2012, 22 millions de lampes basse consommation (LBC) devraient avoir été distribuées et 3 500 MW de puissance électrique supplémentaire devraient avoir été installés.
A moyen terme (2012-2020), il s’agit d’opter résolument pour le charbon propre et le gaz de redevance avec possibilité d’extension du Gazoduc Maghreb Europe (GME) et de construction des infrastructures pour le gaz  naturel liquéfié (GNL). Clairement, l’option fioul, très coûteuse à tous points de vue (coût du KWh et problème de pollution), devrait être abandonnée.
Par ailleurs, sur cette période, de grosses unités de production devraient entrer en production : les deux unités supplémentaires à Jorf (pour 700 MW) et la centrale de Safi (1 320 MW)
Pour le long terme, les actions retenues dans la nouvelle stratégie consistent essentiellement en un projet de centrale électronucléaire, d’un autre centre-pilote pour 100 MW à partir des schistes bitumineux et la production d’électricité à partir de déchets organiques. A cette échéance, il est prévue, également, de développer encore plus les parcs éoliens, d’encourager la cogénération et des énergies alternatives dans l’industrie et du rajeunissement du parc auto plus économes en carburant. Tout cela nécessite un accompagnement législatif et réglementaire : lois sur les énergies renouvelables, sur l’efficacité énergétique, sur la sûreté nucléaire et radiologique et sur la transformation du CDER en agence dédiée à l’efficacité. Les textes sont prêts, ils seront soumis prochainement à  l’approbation.