Marché solidaire de l’Oasis : 356 coopératives partenaires et 8 300 produits référencés…

• Sa création en 2017 s’inscrit dans le cadre du programme d’appui des coopératives initié par la Fondation Mohammed V pour la solidarité. • En quatre ans, le Marché solidaire a permis à près de 400 coopératives de se développer et de valoriser leurs produits.
• Il a assuré des revenus réguliers à grand nombre de femmes rurales défavorisées.
• Enfin, il a initié le consommateur au goût du terroir…

Au début, apparut une forte volonté d’aider les coopératives à accéder directement au marché. Et c’est de cette volonté que naquit le Marché solidaire de l’Oasis qui, depuis sa création en 2017, a permis de mettre en valeur les produits du terroir et artisanaux. Une plateforme de commercialisation et d’accompagnement qui a eu deux impacts notoires : le développement des coopératives et l’encouragement à la consommation des produits du terroir.
Le Marché solidaire de l’Oasis compte aujourd’hui 356 coopératives implantées dans diverses régions du pays contre 241 unités en mars 2017. Y sont commercialisés également 8 300 produits alimentaires, artisanaux et cosmétiques. «Aujourd’hui, notre clientèle, essentiellement des catégories socioprofessionnelles A et B, peut découvrir et acheter des produits du terroir. On peut dire que notre large offre a même contribué à un changement de la perception des produits et aussi un changement des habitudes de consommation. Et ceci grâce à la qualité des produits des coopératives et à leurs efforts pour répondre aux besoins des clients», avance Abderrahim Belkhadir, directeur du Marché solidaire, qui tient à souligner que la plateforme «est constamment à l’écoute des clients et procède à une sélection des coopératives et un choix des produits en fonction de critères bien précis».
La plateforme de l’Oasis est en principe ouverte à toutes les coopératives. Cependant, pour des considérations socioéconomiques, la priorité est donnée aux coopératives féminines, implantées en milieu rural et dont les membres sont en situation défavorisée. Les coopératives créées et gérées par des hommes ne sont pas, pour autant, exclues mais elles sont essentiellement sur le créneau de l’artisanat. Sauf le tissage qui reste un métier de femmes. Pour garantir une qualité et une continuité de la production et de l’approvisionnement, les relations entre le Marché solidaire et les coopératives sont régies par un contrat liant les deux parties et fixant les règles du partenariat : les coopératives doivent avoir le visa de l’ONSSA et respecter le cahier des charges fixant les critères de qualité de la production. Par ailleurs, les relations entre les deux parties se font selon les règles de la grande distribution : les paiements se font tous les quinze jours et le Marché solidaire prélève une petite commission qui est destinée au financement de son fonctionnement. Aussi, le Marché solidaire se donne le droit de sélectionner les produits référencés en fonction de la demande. Ainsi, il peut demander à la coopérative de varier sa production comme il peut décider de l’arrêt de la commercialisation de certains produits. «Cela est déjà arrivé, notamment l’arrêt de la vente de linge de maison comme les nappes et les vêtements traditionnels, notamment caftans et autres gandouras. La décision a été prise parce que les prix étaient élevés, d’une part, et, d’autre part, car , selon la coutume, pour une tenue traditionnelle, la Marocaine préfère acheter elle-même son tissu et faire appel à une couturière», explique M. Belkhadir.

Pendant le confinement, le miel et l’huile d’olives ont détrôné les cosmétiques et les produits d’artisanat…
Les ventes du Marché solidaire de l’Oasis ont essentiellement porté, entre 2017 et 2019, sur les cosmétiques, l’argane et les huiles essentielles. Mais, on notera un changement du top des ventes suite à la crise sanitaire, puisque la demande a principalement concerné le miel, l’huile d’olives, les plantes médicinales, dattes et figues et les épices. Des produits qui ont enregistré au cours de l’exercice 2020 une importante hausse du chiffre d’affaires. Ainsi, la progression a été de 42% pour le miel, de 47% pour l’huile d’olives, 41% pour les fruits secs et 48% pour les plantes médicinales. En revanche, les ventes de cosmétiques et d’artisanat ont respectivement reculé de 26 et 24%. «Cette régression est l’impact direct de la crise sanitaire car les gens se sont focalisés sur les produits alimentaires pour se protéger et augmenter leur immunité et l’absence de touristes a défavorisé les ventes de l’artisanat», note Abderrahim Belkhadir. Il précisera que globalement il y a eu une baisse de régime durant le confinement : «Le marché n’a pas fermé et a respecté les mesures de protection donc nous avons respecté le couvre-feu de 18 heures et nous avons contrôlé l’affluence, puisque nous ne recevions que 50 clients à la fois. Mais, nous avons pu rattraper cette baisse durant les mois de novembre et décembre et avons pu liquider les stocks». La baisse d’activité s’est traduite par une timide évolution de 1% du chiffre d’affaires en 2020, alors que durant les trois dernières années, le Marché solidaire a réalisé une croissance annuelle respective de 46%, 24% et 16%. On signalera que le chiffre d’affaires global réalisé entre 2017-2020 a atteint 150 millions de dirhams et a été totalement versé pour le paiement des coopératives.
En temps normal, le Marché solidaire connaît un pic à l’occasion du Ramadan, de Aid Al Adha et durant la période des fêtes de fin d’anné. En semaine, l’affluence est importante le mercredi (les mamans n’ayant pas d’obligation l’après-midi) et le samedi. Le panier moyen se situe à 258 DH et est supérieur, selon M. Belkhadir, à la valeur du panier moyen en grande distribution qui est de l’ordre de 140 DH. Et d’ajouter : «Cela est compréhensible car dans les grandes surfaces, le client peut acheter un ou deux produits seulement, alors que chez nous, les ménagères font plus d’achat. D’ailleurs, on peut dire que la plateforme a contribué, dans une certaine mesure, à un changement des habitudes de consommation. De nombreuses ménagères achètent désormais leurs épices, leurs huiles cosmétiques, leur miel et leurs semoules et farines pour le mois sinon plus».
Un changement notoire est à souligner à ce niveau et concerne l’achat d’huile d’olives. Plusieurs clients disent avoir abandonné le circuit «informel» d’achat d’huile d’olives pour une consommation annuelle et optent pour un approvisionnement régulier auprès du Marché solidaire.

C’est aussi un incubateur de coopératives
Le prix de vente de l’huile d’olives n’y est pas plus cher qu’ailleurs, puisqu’il varie entre 50 et 70 DH le litre en fonction de la qualité de l’huile. Autre exemple à retenir : l’achat des cosmétiques. Les femmes achètent désormais leurs huiles et procèdent elles-mêmes au mélange adapté à leurs besoins en soins capillaires et de la peau.
Cela leur coûte environ 800 à 1 000 DH pour une consommation de quatre à six mois et leur revient donc moins cher qu’un produit cosmétique acheté en parfumerie ou en parapharmacie. Par ailleurs, les ménagères découvrent de plus en plus des produits conçus selon des recettes traditionnelles grâce à une plus grande valorisation de la production des coopératives.
Le Marché solidaire en effet pousse de plus en plus les coopératives à proposer des produits de plus grande valeur ajoutée. Notamment des dérivés de fruits secs comme les figues marinées à l’huile d’olives et plantes médicinales, les pâtes à tartiner à base de dattes ou encore les tapenades à base d’olives vertes et noires, etc. De quoi encourager les parents à remplacer les «Nutella» et autres par des produits du terroir…
Toujours dans le souci d’améliorer la production et de développer les coopératives, le Marché solidaire de l’Oasis, qui a été créé dans le cadre du programme d’appui et d’accompagnement des coopératives mis en place par la Fondation Mohammed V pour la solidarité, joue également le rôle d’incubateur pour certaines coopératives. «La Fondation MohammedV pour la solidarité finance les équipements et les formations et le marché accompagne les coopératives en matière de distribution moderne et organisée. Ainsi, nous les accompagnons pour les techniques de référencement d’un produit, pour l’emballage, le choix et le dépôt d’un nom, le choix d’une marque et les méthodes de promotion de leurs produits», indique M.Belkhadir, qui précise que plusieurs coopératives de l’incubateur ont pu aujourd’hui pénétrer dans le circuit moderne, notamment les grandes surfaces comme Marjane ou encore plus récemment BIM qui ont aménagé des «coins produits du terroir».
L’expérience de ce marché est, selon son directeur, réussie aussi bien au niveau du soutien des coopératives qui n’ont plus besoin aujourd’hui de passer par des intermédiaires pour vendre leurs produits, qu’au niveau du consommateur qui a adopté de nouvelles habitudes de consommation avec des prix, il faut le préciser, accessibles. En effet, le différentiel entre le prix du Marché solidaire et le circuit moderne est de 20%.
Une expérience qui gagnerait à être dupliquée dans d’autres régions. Un projet qui est retenu dans le but d’ouvrir d’autres marchés solidaires dans les grandes villes du Maroc afin de valoriser les produits du terroir de chaque région du Royaume. Toutefois, cela demandera de plus grands efforts de la part des coopératives qui devront produire suffisamment pour assurer l’approvisionnement des plateformes de vente. Ce qui sous-entend l’obligation de passer à la culture de l’argane par exemple ou encore des plantes médicinales afin de répondre aux besoins…