Marché des couvertures : sur les 27 usines de la filière, 20 ont cessé leur activité

L’informel a fragilisé l’industrie locale, 10 000 couvertures de contrebande arrivent quotidiennement à  Casablanca. Le prix de vente ne dépasse pas les 150 DH.

Comme beaucoup d’autres activités industrielles locales, la filière des couvertures est étouffée par l’informel. Selon des professionnels, l’avenir de cette branche du textile de maison est même menacé. Les chiffres qu’ils avancent sont accablants : sur les 27 sociétés, 20 ont fermé durant les dix dernières années, ce qui a engendré la perte de près de 5 000 emplois. Aujourd’hui, une seule exporte en Europe, en Mauritanie et dans les pays du Moyen-Orient.

Le marché parallèle est alimenté par le Nord (Sebta, Melilia, Nador et Tanger) et les importations en sous-facturation. En l’absence de statistiques officielles, un professionnel de la place a mené une étude sur la seule ville de Casablanca, qui révèle que «chaque jour, 10 à 15 camions déversent 10 000 couvertures, soit cinq fois la capacité d’une usine structurée de la place». Ces produits étrangers sont vendus en moyenne à 150 DH l’unité, alors que le prix minimum d’une couverture de qualité est de 330 DH, et celui du haut de gamme fabriqué localement de 500 DH. L’entrée de gamme, appelée «Banana» parce qu’elle est utilisée pour couvrir les bananes, revient à 20 DH sortie usine. Si on y ajoute les frais de logistique et la marge des distributeurs, le prix de vente dépasse celui des produits du circuit informel qui est juste de 22 DH. Face à cette concurrence, le fabricant local a été obligé d’arrêter cette activité.

Des collections de produits finis pour les donneurs d’ordre étrangers

A ce jour, les mesures prises sont restées sans effet. Les professionnels soulignent que le prix d’alerte mis en place par la Douane, avec laquelle l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (Amith) est en contact régulier, n’a pas un impact déterminant. Ils dénoncent également «l’insuffisance du contrôle des normes à la frontière» en citant notamment le non-respect des règles d’étiquetage (absence de la langue arabe, fausse mensuration…) et l’utilisation de matières premières non conformes aux normes sanitaires. Un industriel souligne qu’il y a encore de la place pour d’autres fabricants locaux, à condition que le marché soit assaini.

Pour continuer à travailler, ceux qui restent ont dû s’aligner sur les prix du marché ou se sont mis à l’export en développant des collections de produits finis pour leurs donneurs d’ordre. Un opérateur souligne toutefois que le chiffre d’affaires réalisé à l’étranger en 2011 est inférieur aux 780 MDH mentionnés dans les statistiques de l’Office des changes.