Marchands ambulants au Maroc : La nouvelle classe socioprofessionnelle

«C’est une honte pour la famille».

«C’est une honte pour la famille». Ainsi était qualifiée l’initiative d’un jeune qui quitte l’école pour s’adonner au commerce ambulant. D’ailleurs, il y a une vingtaine d’années, les jeunes désœuvrés préféraient chômer en quémandant de l’argent à leurs parents, plutôt que de «s’humilier» en vendant dans la rue ou en se procurant une carriole à fruits ou à légumes. Ce qu’il fallait pour se mettre au diapason, c’était avoir un diplôme, intégrer la fonction publique ou une société renommée, apprendre un métier… Tout, sauf «vendre dans la rue», une activité réservée exclusivement à ceux qui viennent de la campagne ou aux  bidonvillois. Les choses ont complètement changé depuis près d’une décennie. Les perspectives d’emploi ou d’immigration étant considérablement réduites (ou rejetées, pour le premier cas), la nouvelle génération constate que les diplômés d’antan ont vieilli sans avoir jamais été embauchés, tandis que leurs congénères marchands ambulants se sont fait une situation décente, et se sont imposés au sein de la société. Alors l’unique solution ? Se mettre à son propre compte ! Il faut dire qu’avec un revenu journalier de 100 à 400 DH nets, on peut se laisser tenter. Aujourd’hui, dans les milieux populaires, on trouve que dans une même famille les lauréats des universités sont bien moins estimés que les marchands ambulants. Ces derniers ont droit à tous les égards. Ce sont eux qui équipent la maison (électroménager, meubles, etc.), entretiennent les parents et bénéficient de l’estime des voisins, voire des autorités. Il y en a même qui ont réussi à s’acheter un appartement. Ce sont des débrouillards qui ne pensent jamais à protester ou faire des sit-in, sauf si on essaie de les déloger. D’où la grande problématique de l’envahissement des artères et des rues. Comment faire pour structurer cette sorte de «nouvelle classe socioprofessionnelle» ? Car le phénomène est présent partout dans le Royaume. En France et en Espagne, les autorités ont aménagé des espaces spécialement dédiés aux marchands ambulants qui s’y rendent une ou deux fois  par semaine. Une solution qui semblerait idéale pour une société  qui a la culture du souk hebdomadaire. Impossible. Car au Maroc, le marchand ambulant se réserve une place et s’y fixe… à vie. Le terme «ambulant» a perdu son sens.

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