Manque de miel local pour faire face aux besoins du Ramadan

La production 2007 en baisse de 50%. 1000 tonnes de plus à importer
A l’origine de la baisse,
les aléas climatiques et la raréfaction des espèces végétales prisées par les abeilles.

A trois mois du Ramadan, les producteurs de miel annoncent des risques de perturbations sur le marché alors que 90% de la consommation se concentre sur ce mois. Et pour cause, la production nationale, qui est généralement de l’ordre de 3 000 à 3 500 tonnes par an, baissera de moitié cette année, selon les estimations officielles. Ce fléchissement, il faut le préciser, a été amorcé il y a deux années déjà. Selon certains apiculteurs, cette dégradation est due à plusieurs facteurs dont les deux principaux sont les aléas climatiques et la rareté de certaines variétés d’arbres. Pour le volet climatique, les producteurs notent que «les gelées intervenues il y a deux années et la sécheresse de 2007 ont entraîné un décalage de la floraison, perturbant le cycle biologique des arbres et par là même le cycle de l’abeille».

Le miel artificiel importé de Chine concurrence fortement le produit local
Le second point réside dans la coupe d’espèces mellifères (servant aux abeilles pour la fabrication du miel), principalement l’eucalyptus. Le miel d’eucalyptus, notons-le, constitue 70 % de la production nationale. «Les espèces plantées aujourd’hui et provenant de clonage, ne sont pas mellifères mais plutôt dédiées à la production de bois», explique un apiculteur du Gharb qui indique que le Haut commissariat aux eaux et forêts a été sensibilisé sur la question, sans résultat en raison de la désorganisation du secteur. L’eucalyptus n’est pas le seul arbre concerné par ce problème puisque le thym (dont le miel est le plus rare et le plus demandé) est également touché par les coupes de buissons avant la floraison. Pour cette année, d’ailleurs, le miel de thym ne sera pas disponible.

Pour faire face à la forte demande exprimée pendant le Ramadan, des importations seront nécessaires, estiment les professionnels. Ces importations, poursuivent-ils, se feront en vrac et proviendront de pays européens (Allemagne et Espagne) ou encore d’Argentine et leur quantité se situera, selon les estimations du milieu, autour de 1 000 tonnes. A cela viendront s’ajouter les importations de produits conditionnés qui existent déjà sur le marché. Si ceux-ci ne concurrencent pas vraiment les produits locaux, dans la mesure où «il s’agit d’une petite niche répondant à une demande précise», comme l’indique un producteur de miel, ce sont les importations de miel artificiel (fabriqué à partir de glucose) en vrac, essentiellement de Chine, qui font le plus peur aux apiculteurs locaux.

«Plusieurs producteurs de la place conditionnent ce miel sous leur marque à un prix défiant toute concurrence. Ce qui gêne fortement notre marché», est-il expliqué. Le prix de vente de ce miel varie entre 30 et 35 DH le kilo, alors que le miel produit localement est commercialisé à un prix variant entre 80 DH (pour l’entrée de gamme) et 400 DH pour le haut de gamme, notamment le miel de thym ou d’origan.

Aujourd’hui, pour organiser le secteur et en maîtriser la distribution, certains apiculteurs ont créé leurs propres magasins. C’est le cas de la coopérative Apia, créée il y a six années, et qui compte déjà trois points de vente à Rabat, Kénitra et Ouezzane. Deux autres ouvertures sont prévues à Marrakech et Agadir. Les Casablancais devront attendre un peu «car le prix de l’immobilier rend aujourd’hui impossible l’ouverture d’un magasin», affirme-t-on chez Apia, qui produit annuellement quelque 20 tonnes de miel entièrement écoulées sur le marché local. Il en est de même pour un autre producteur, «La Vallée du Miel naturel», qui dispose de deux magasins à Casablanca, au marché du Mâarif et à Derb Soltane.

Pour ces deux apiculteurs, l’organisation du secteur est nécessaire car cela permettra une maîtrise de la distribution et surtout l’offre d’un produit de qualité. L’aide des pouvoirs publics est également très attendue, mais les producteurs savent qu’ils devront d’abord et nécessairement commencer par l’activation de leur association professionnelle, qui n’existe pour l’heure que sur le papier.

Chiffres
300 000 ruches traditionnelles

Le secteur apicole se caractérise par la prédominance de l’élevage traditionnel qui compte 300 000 ruches, soit 75% des unités nationales, exploitées par quelque 26000 apiculteurs.
La fabrication de miel se fait essentiellement dans les régions du Gharb (miel d’oranger et d’eucalyptus), dans le Nord (miel d’origan, d’arbousier et de lavande), dans la région de Beni-Mellal (miel d’oranger, d’euphorbe et de luzerne) et enfin dans le Souss où l’on trouve du miel de thym, d’oranger et d’euphorbe.

D’autres types de miel sont disponibles sur le marché, notamment le miel de romarin, de caroubier, de carthame et d’armoise. Le prix est variable en fonction des régions et des types de miel. Il va de 80 à 400 DH.