Lotissement informel : les périphéries des villes gangrenées

Ce phénomène est visible dans les périphéries des grandes villes et dans les petites localités. Un professionnel suggère qu’une partie du foncier public puisse être libérée et utilisée pour aménager des lots ou des unités de logements pour les populations tentées par les lotissements informels.

Le phénomène des lotisseurs informels persiste toujours, avec cependant une cadence moins accentuée qu’auparavant. «Ils sont moins présents sur les cinq dernières années, grâce à l’adoption de la loi 66-12 relative à la répression des infractions en matière d’urbanisme certes, mais aussi, grâce à certains efforts de l’Etat pour éradiquer le fléau», explique le directeur d’un groupe immobilier. Toujours est-il, ces quartiers clandestins et désorganisés existent et restent un point noir dans la politique d’urbanisme de l’Etat. Ces lotisseurs, également «promoteurs», profitent de l’exode rural pour proposer aux néo-urbains des terrains ou des logements construits d’une manière anarchique, sans voie d’accès, ni assainissement… Résultat : une prolifération de quartiers non réglementaires, ne faisant l’objet d’aucune prise en charge de la part des professionnels et ne disposant pas d’équipements de base. Si dans les principales villes du pays ce phénomène est totalement éradiqué, ce n’est pas le cas de leurs périphéries, encore moins dans les petites villes. L’oriental et le centre du pays en sont les principaux exemples. L’impact défavorable sur le paysage et l’environnement est visible.

A qui incombe la responsabilité ? A ces ruraux qui cherchent une meilleure condition de vie ou à l’Etat qui ne prend pas en compte dans sa politique gouvernementale les effets de cet exode rural, ou encore aux agents d’autorité et d’administration ?

Les autorités administratives pointées du doigt

Il faut bien le dire, «la complicité de certains conseillers, fonctionnaires communaux et agents est pour beaucoup dans la poursuite de l’activité de ces lotisseurs informels», accuse un lotisseur. Le gouvernement joue également un rôle et non des moindres dans l’élargissement du spectre de ces lotisseurs attirés par l’appât du gain. «Aucune offre immobilière décente et à la portée, que ce soit en termes de logement ou de terrain, n’est proposée à ces ruraux», explique un spécialiste.

Hormis les conséquences néfastes sur l’urbanisation, ce fléau a généralement des répercussions sur le climat social. En effet, «l’Etat mène des contrôles pour limiter la multiplication de ces pratiques et, généralement, ordonne des démolitions. Dans ce cas, les occupants réclament alors le droit de bénéficier d’un habitat salubre, ce qui créée un climat social tendu», explique ce directeur d’un groupe immobilier. Pour prévenir de telles situations, l’Etat a préconisé la surveillance satellitaire, en vue de collecter toutes les informations nécessaires au repérage de ces habitats non réglementaires.

La démolition continue de ces habitats, la surveillance ou même la condamnation de ces lotisseurs informels est-elle une solution ? Notre source affirme qu’il est nécessaire de réaliser un travail en amont. «Une partie du foncier public doit être libérée et utilisée pour réaliser des lots ou même des unités de logements pour que cette partie de la population s’installe d’une manière structurée», explique-t-il.