L’offre de compétences n’a pas suivi le boom économique de ces dernières années. L’installation du projet Renault Nissan générera à  elle seule 50 000 postes de travail La pression sur les salaires pèse sur la compétitivité.

L’offre de compétences n’a pas suivi le boom économique de ces dernières années.
L’installation du projet Renault Nissan générera à  elle seule 50 000 postes de travail La pression sur les salaires pèse sur la compétitivité.

L’annonce faite par le groupe automobile français Renault d’installer une unité de production dans la zone industrielle de Tanger a suscité des espoirs, mais aussi inquiété certains industriels de la région. «Le projet de Renault Nissan risque de capter les ressources humaines des entreprises environnantes», expliquent les responsables de l’Association de la zone industrielle de Tanger (AZIT).

Le groupe français aura en outre besoin d’un tissu économique dynamique autour de lui. Industrie lourde, industrie mécanique et plasturgique sont autant d’activités qui émergeront dans le sillage de ce complexe industriel à  caractère structurant. Et ce, sans compter les services et les activités annexes que de tels projets, gourmands en ressources humaines, vont immanquablement induire. Le besoin en main-d’Å“uvre sera donc non négligeable, alors que la région souffre, plus que d’autres, d’un déficit de ressources humaines.

En effet, le projet de Renault devrait générer 6 000 emplois directs permanents et 40 000 indirects. Mais déjà , aussi bien en quantité qu’en qualité, elles se font rares dans une région qui a connu ces dernières années un véritable décollage économique. Des responsables estiment qu’il y a entre 20 000 et 25 000 emplois non qualifiés et de 4 000 à  5 000 postes d’encadrement non pourvus dans toute la région.

Un salaire de 18 000 DH pour un conducteur d’engin !
«Le problème dans le Nord est que les statistiques de l’emploi ne cadrent pas avec la réalité», explique un homme d’affaires de la région. Selon lui, le taux de chômage affiché de la région, l’un des plus bas du pays, ne s’explique pas. «Il suffit de se rendre dans les villages environnants pour trouver des chômeurs alors que les entreprises peinent à  trouver des employés», fait remarquer un patron qui se demande si toutes ces personnes sont intégrées dans les statistiques. Comme pour le reste du pays, «la formation initiale est inadaptée aux besoins des industriels», expliquent des entrepreneurs. Ainsi, une entreprise d’envergure internationale a dû consulter 700 CV pour trouver cinq profils correspondant à  ses besoins.

Il faudra donc s’y mettre pour former des compétences. Le marché de l’emploi risque d’exploser dans les deux à  trois années à  venir, c’est-à -dire dès que l’usine Renault Nissan sera opérationnelle. Pour le moment, les entreprises ont de plus en plus recours à  des travailleurs issus de l’ensemble du pays. Ainsi, dans l’usine Volkswagen de la région de Tanger, seuls 25 % des effectifs sont tangérois. «C’est un problème de taille.

Et vu les besoins, il se pourrait que les entreprises soient amenées à  Â“importer” des travailleurs étrangers !», pronostique un patron. Propos qui ont de quoi surprendre, mais semblent refléter la réalité sur le terrain. Pénurie de travailleurs oblige ! Un exemple : une entreprise recherchait un conducteur d’engin. Pour une fonction de techniciens spécialisés, elle a été amenée à  revoir sans cesse à  la hausse ses propositions salariales. Finalement, l’emploi a trouvé preneur à  18 000 DH. De quoi faire rêver plus d’un cadre du pays !

«Dans la région, la nature du marché a provoqué une inflation des salaires», analyse l’industriel Adil Raà¯s. Trop de demande, pas assez d’offre, le marché se régulant lui-même, les salaires explosent. «Cela risque de jouer contre le Maroc. Il perd sa compétitivité par rapport à  des destinations comme la Tunisie et la Roumanie», analyse l’industriel. C’est à  juste titre que d’autres experts annoncent que la main-d’Å“uvre continuera d’affluer du reste du pays, et, avec elle, d’autres besoins à  satisfaire apparaà®tront, en logements notamment.