Lobbying : ces hommes et femmes qui pèsent sur les décisions publiques

Faisant partie des affaires publiques, le lobbying professionnel est un marché de niche qui représente moins de 50 MDH. Les cabinets opérant sur ce créneau se comptent sur le bout des doigts. Médias, pouvoirs publics, parlementaires, élus locaux, ONG, syndicats, partis politiques : la cible est très large.

Encore taboue au Maroc, l’activité du lobbying ne s’invite dans les médias et le débat public que très rarement. Quand c’est le cas, c’est le plus souvent à l’occasion de l’examen du projet de Loi de finances qui apporte son lot de nouvelles mesures fiscales. Cette année, c’est le lobbying des industriels du tabac et des boissons sucrées qui a alimenté les médias. Si dans beaucoup de pays anglo-saxons cette activité est régulée et encadrée, au Maroc, elle demeure mal vue et s’exerce sans cadre légal, ni code déontologique. A l’exception des acteurs qui peuvent mener en interne des actions de lobbying ou d’anciens agents publics qui agissent de manière informelle, ceux qui en font leur métier se comptent encore sur le bout des doigts. «Créé en 2002, nous sommes le premier cabinet d’affaires publiques – un large éventail d’activités dont le lobbying fait partie», nous indique Hatim Benjelloun, directeur associé de Pass. Fondé par Hassan Mdarhi Alaoui qui n’est autre que le patron du groupe Succes publications qui édite Economie et Entreprise, le cabinet a démarré sa première opération avec le groupe la Samir. Confrontée à une crise qui faisait suite à un grand incendie, le raffineur avait fait appel aux services de Pass pour mieux gérer la relation avec ses parties prenantes. Aujourd’hui encore, ce cabinet accompagne des fédérations professionnelles et de grandes entreprises nationales ou filiales de multinationales, dans leur démarche.

L’autre cabinet qui opère dans ce marché de niche est Stratëus Group. Basé à Casablanca et présent dans 8 pays d’Afrique, celui-ci a été créé en 2007 par Kamal Taibi, un ancien collaborateur de Pass. Si d’autres cabinets et agences de communication proposent des prestations de gestion d’affaires publiques, ils n’en font pas leur cœur de métier.

Leur mission est de structurer les relations institutionnelles

Concrètement, que proposent ces cabinets à leurs clients ? «Notre mission est de structurer les relations institutionnelles et créer des passerelles d’échange et de communication avec les pouvoirs publics et les autres parties prenantes. Ce n’est ni monnayer notre carnet d’adresses ni négocier le contenu des lois et des réglementations», explique Hatim Benjelloun, pour qui la pratique du lobbying au Maroc est encore embryonnaire. Même tonalité du côté de Kamal Taibi. «Le lobbying à la marocaine se réduit à la fiscalité et ne se pratique le plus souvent qu’en fin d’année. La demande est rare du fait que l’entreprise au Maroc n’intègre pas les affaires publiques dans sa stratégie», déplore-t-il.
Pour accompagner leurs clients et les aider à mieux cerner leur environnement, les cabinets mettent en place une stratégie et un plan d’action d’affaires publiques. Ceux-ci sont pour la plupart des multinationales, de grands groupes nationaux et des associations professionnelles, qui sont en quête d’une meilleure relation avec leurs parties prenantes.
La stratégie se déploie via la mise en place d’outils et de mécanismes de veille et de différents types de cartographies, l’édition de documents (livres blancs et position papers), la réalisation d’études, voire la création d’instances comme les associations professionnelles et les think-tank. Les cabinets recourent également aux outils classiques de la communication et des relations publiques, à savoir l’évènementiel à travers l’organisation de rencontres et de débats auxquels sont conviés les représentants des parties prenantes ciblés.

La prestation intellectuelle peu valorisée au Maroc

Les honoraires sont fixés selon le rapport jour/homme. Généralement, la mission peut aller de 6 à 24 mois. A l’unisson, les dirigeants de Pass et Stratëus group estiment le chiffre d’affaires de leur marché, bon an mal an, à moins de 50 MDH. Un montant qui reste en dessous du potentiel de l’économie marocaine et des enjeux liés aux affaires publiques, d’après eux. «Les affaires publiques relèvent du conseil. Or, au Maroc, la prestation intellectuelle reste encore peu valorisée», précise M. Benjelloun. «Les entreprises ne font recours au lobbying que lorsqu’il est déjà trop tard. Or, une démarche d’affaires publiques doit se faire dans une logique pro-active et sur le long terme», ajoute M. Taibi.
Sans statut et sans cadre légal, les lobbyistes professionnels demeurent donc de simples conseillers en coulisse. Une situation qui doit changer, selon des parlementaires (voir encadré), pour éviter les dérives qui peuvent nuire à l’intérêt général, améliorer la transparence et renforcer la crédibilité des institutions.
Pour leur part, les ONG utilisent elles aussi le plaidoyer, qui est une autre forme de lobbying. Certaines d’entre elles ont joué un rôle décisif pour convaincre les députés de voter des lois ou apporter des amendements, comme c’est le cas de la loi 103-13 contre les violences faites aux femmes. «Les ONG sont parfois plus dynamiques que les entreprises en matière de lobbying», confirme le patron de Strateus. Un déphasage qui s’explique, selon un acteur de la société civile, par l’expertise et le soutien financier apportés par les bailleurs de fonds internationaux.

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