Livre scolaire : un marché de 500 MDH pour le renouvellement des manuels

Il concerne le renouvellement des manuels destinés à  la rentrée 2013-2014. 380 manuels seront imprimés en 36 millions exemplaires. Les imprimeurs locaux veulent s’impliquer en investissant dans de grandes unités.

Un nouveau dispositif d’attribution du marché des livres scolaires sera mis en place en septembre prochain. Mais, déjà, imprimeurs d’un côté et éditeurs de l’autre commencent à fignoler leur stratégie pour mieux se positionner. Il faut dire que le marché du livre scolaire (conception et impression) est très juteux. Le chiffre d’affaires annuel tourne autour de 500 MDH dont 90% sont réalisés au début de la saison scolaire. Il s’agit de 380 manuels en 36 millions d’exemplaires à concevoir, produire et commercialiser (distribuer). Une partie importante est assurée directement par le ministère de l’éducation nationale (voir encadré).

Une procédure longue pour bien préparer les dossiers  

D’habitude, les manuels scolaires sont renouvelés tous les trois ans par le ministère. Jusque-là, la démarche consistait à lancer le processus en mai (de l’année de renouvellement) par la publication de l’appel d’offres et à le boucler en juillet pour que les manuels scolaires soient disponibles chez les libraires en août. Pour le président de l’Association professionnelle marocaine des imprimeurs (APMI), Saïd Nejjar, «réaliser une opération aussi lourde en si peu de temps relève pratiquement de l’impossible». Car les capacités de production locales ne permettent pas de fabriquer des quantités aussi importantes dans un délai court. Il n’y a donc que les grandes unités de production à l’étranger, notamment dans les pays proches comme l’Espagne et l’Italie qui pourraient sauver la mise. Autrement dit, les industriels nationaux sont systématiquement exclus de ce marché. «Et, par conséquent, beaucoup de devises partent à l’étranger», déplore M. Nejjar.
Au ministère, on dément formellement. «La majeure partie des manuels scolaires sont produits localement et seulement une petite partie est fabriquée en Espagne souvent en raison de l’urgence de la commande», explique Rachid Lamrani, chef du pôle des manuels scolaires au MEN.
Le ministère reconnaît par contre le retard qui marquait auparavant la procédure des appels d’offres. Ce constat avait été relevé d’ailleurs par l’enquête du Conseil de la concurrence en 2010. Suite à ce rapport accablant qui avait évoqué également des pratiques anticoncurrentielles, le Premier ministre avait publié une circulaire exigeant plus de clarté et de précision dans les cahiers des charges. Le ministère de l’éducation nationale a par la suite mis en place le nouveau dispositif qui entrera en vigueur en septembre prochain. D’abord, les délais sont plus longs : 14 mois maximum pour la préparation des contenus pédagogiques des livres scolaires, 8 (au lieu de 4 mois) pour l’examen de la validité des projets et 3 ans extensibles à 5 ans pour la durée de validité des dossiers.
Le processus qui sera lancé à partir de septembre prochain consiste à préparer dans de bonnes conditions la rentrée 2013-2014. «De cette manière, tout le monde aura largement le temps pour préparer son dossier et éviter les erreurs du passé», souligne le chef du pôle des manuels scolaires au MEN.
Une véritable aubaine que les industriels locaux ne veulent pas manquer cette fois. «Nous avons demandé au ministère du commerce et de l’industrie de nous assister pour lancer, grâce à l’intervention de l’ANPME, une enquête pour établir un diagnostic précis du marché du livre scolaire», indique le président de l’Association des imprimeurs. L’objectif est d’avoir plus de visibilité sur son enjeu financier et sur les perspectives d’investissement dans le secteur. Car, comme l’affirme M. Nej- jar, «nous sommes prêts à faire des investissements lourds dans de grandes unités de production si nous avons la garantie que les conditions de passation des appels d’offres deviendront claires et transparentes».
Attiré par les opportunités du marché, des opérateurs sont passés à l’acte sans attendre davantage de garanties. Al Ahdath Al Maghribia, qui est en train d’opérer une profonde restructuration, a renforcé son imprimerie en investissant dans une machine sophistiquée. Il a déjà soumissionné et obtenu un appel d’offres lancé par le MEN pour la réalisation d’un manuel de langue amazighe. Et il n’est pas le seul à lorgner ce marché. Un autre imprimeur spécialisé dans l’édition de journaux, Idéal en l’occurrence, s’apprête à s’engager dans cette aventure. Autant dire que la course pour le livre scolaire est déjà lancée.