L’inflation devrait reculer au 4e trimestre

Pour toute l’année, elle sera de 3,5 %, selon les Finances, et de 3,6%, selon le Haut commissariat au plan.
Les bons signes se multiplient : le prix du pétrole a chuté de 60% par rapport à  juillet, celui du blé est divisé par deux et la campagne agricole se présente sous de bons auspices.
Même avec une inflation record, le niveau des prix est raisonnable par rapport à  des pays similaires.

L’inflation au troisième trimestre demeure élevée : 4,6% en variation annuelle, selon la dernière enquête de conjoncture du Haut commissariat au plan (HCP). Sur douze mois (de fin septembre 2007 à fin septembre 2008), l’inflation a été de 3,8%.

Jamais depuis 1995 un tel niveau n’avait été atteint. Et l’année 2008 devrait s’achever sur un taux d’inflation record sur les douze dernières années : 3,5% selon le ministère des finances, un tout petit peu plus (3,6%) selon le HCP.

En réalité, quand on observe les prévisions concernant l’inflation pour 2008 du Fonds monétaire international (FMI), on se rend bien compte que la variation de l’indice des prix au Maroc est tout à fait raisonnable comparativement à bon nombre de pays émergents : 12% en Egypte, plus de 10% en Turquie, 8% en Roumanie, 5% en Tunisie, etc.

Pour le Maroc, la prévision du FMI est inférieure à 4%. Et puis, on oublie souvent de le dire, si l’inflation monte légèrement, c’est parce que la croissance, elle aussi, est en hausse. La preuve : dans les économies avancées, où la croissance connaît un ralentissement très significatif (1,5% de progression du PIB), l’inflation prévisionnelle est de 3,6%.

En revanche, dans les pays émergents et en développement, la prévision d’inflation monte à 9,4% (contre 6,4% en 2007), mais avec une croissance de 6,9%. Il y a donc une certaine corrélation entre inflation et croissance économique.

A cet égard, les taux prévisionnels, pour 2008, de croissance (6,8% selon les Finances) et d’inflation (3,5%), dans le cas du Maroc, semblent présenter une certaine cohérence.

L’inflation sous-jacente : 5,1% au troisième trimestre

Concrètement, l’inflation au Maroc est, globalement, d’origine externe. Elle s’est propagée à l’économie marocaine via les importations, en particulier les importations d’énergie (pétrole, notamment) et de produits alimentaires de base (céréales, huile, poudre de lait, etc.).

Entre janvier 2007 et juillet 2008, en effet, le cours du pétrole a augmenté de 146%, et celui du blé de 124%. Bien sûr, la Caisse de compensation a joué un rôle considérable en réduisant la charge de certains produits (carburants, butane, sucre, et farine de blé tendre) sur le consommateur.

Autrement, l’inflation eût été beaucoup plus importante. Il n’empêche que le niveau exceptionnellement élevé du prix du pétrole au mois de juillet dernier (147,50 dollars le baril) a conduit les pouvoirs publics à répercuter partiellement cette hausse sur le consommateur (sauf pour le butane et le gasoil normal ou 10 000 PPM).

De la même manière, tous les produits issus du blé dur (non subventionné) ont connu des hausses, ainsi que l’huile, le lait, etc. Et ce n’est pas fini, puisque cette hausse des matières premières agricoles et énergétiques s’est ensuite étendue à certains produits manufacturés et surtout aux services, en particulier la restauration et le transport (aérien notamment).

Cette évolution, nous dit le HCP, a impacté «significativement» l’inflation sous-jacente (inflation qui ne tient pas compte des prix volatils et des prix réglementés) qui culmine ainsi à 5,1% au troisième trimestre, en glissement annuel (3,6% entre fin septembre 2007 et fin septembre 2008).

A l’inflation importée est venu s’ajouter un renchérissement des prix de certains produits frais (locaux). Comme tout le monde peut le constater, les prix du poisson ont grimpé (+9,8%), en liaison avec la baisse des débarquements, laquelle résulte surtout de la hausse des exportations.

Les conséquences de la mauvaise récolte agricole au cours de la campagne 2007/2008 se font également sentir au niveau des prix des fruits et légumes. Au total, la hausse des prix pour les produits frais a contribué pour 1,7 point à l’inflation d’ensemble au troisième trimestre, selon les calculs du HCP.

La Loi de finances prévoit une inflation de 2,9% pour le prochain exercice
Au quatrième trimestre, la hausse des prix devrait toutefois connaître une certaine décélération, selon les prévisionnistes. Les prix du pétrole, depuis juillet dernier, ne cessent de baisser ; en l’espace de trois mois, le baril a perdu 60% de sa valeur du 4 juillet 2008.

Les prix des produits agricoles, pour leur part, se sont considérablement repliés depuis le mois d’août. Les cours du blé, par exemple, ont été divisés pratiquement par deux par rapport à leur niveau du mois de mars et ceux du maïs ont baissé d’un quart par rapport à juin.

Avec les abondantes précipitations de ces dernières semaines, la campagne agricole s’annonce bonne, et une détente sur les prix des produits agricoles devrait intervenir également. C’est sans doute en tenant compte de ces éléments que le projet de Loi de finances pour 2009 prévoit une inflation de 2,9% pour le prochain exercice.