L’inflation demeure faible malgré la hausse des prix des carburants et des produits alimentaires

L’indice des prix à  la consommation n’a progressé que de 1% sur les huit premiers mois de l’année, en glissement annuel. L’alimentation, l’enseignement, le transport et l’habillement ont cependant augmenté de manière relativement importante.

Malgré la hausse des prix des carburants intervenue en juin dernier et ceux des produits alimentaires, l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) se maintient à un niveau très modéré. En effet, sur les huit premiers mois de l’année, l’IPC a augmenté de 1% par rapport à la même période de 2011. Le même niveau d’inflation est enregistré au mois d’août 2012, comparativement au même mois de 2011, selon les derniers chiffres publiés par le Haut commissariat au plan (HCP). C’est que, globalement, les prix des produits non alimentaires ont très faiblement progressé : +0,6% entre août 2011 et août 2012 et +0,2% sur les huit premiers mois de cette année, en comparaison avec la même période de 2011.

Bien évidemment, certaines rubriques ont enregistré des hausses parfois significatives, comme l’enseignement (+3% sur les deux périodes considérées), le transport (+5,2% au mois d’août et +2,3% sur les huit premiers mois de 2012), les articles d’habillement et chaussures (+2% en août et +2,3% sur les huit mois de 2012) ainsi que les restaurants et les hôtels (+1,4% et +2% respectivement). Notons au passage que l’enseignement, pour une raison que l’on ignore, est le service dont l’indice des prix augmente régulièrement et de manière soutenue !

Les télécommunications, par contre, sont depuis plusieurs années sur une tendance baissière. Elles ont baissé de 26,5% et de 21,3% sur les deux périodes considérées, tandis que les autres produits sont quasiment en stagnation.
Les produits alimentaires, quant à eux, ont augmenté en moyenne de 1,5% en août et de 2,1% sur les huit premiers mois de l’année.

Sans la compensation, l’inflation aurait décollé

On l’aura compris, c’est cette baisse des télécommunications et la quasi-stagnation de nombreux autres produits non alimentaires qui ont tiré vers le bas le niveau de l’inflation non alimentaire et de l’inflation globale. Mais le citoyen, lui, se rappelle surtout des prix des produits qu’il achète au quotidien ou de manière régulière, comme les produits alimentaires, par exemple. Raison pour laquelle les ménages ne parlent jamais de baisse des prix mais toujours de leur augmentation. Et ils n’ont pas tout à fait tort, lorsqu’on sait que l’indice des prix des carburants a augmenté de 16,8% depuis le réajustement des prix de juin dernier et que les produits alimentaires, notamment les produits manufacturés, sont en constante augmentation depuis au moins deux ans, en liaison bien sûr avec le renchérissement des prix mondiaux des matières premières.

Cela dit, depuis le pic de 2008 (voir graphe), l’inflation globale s’est maintenue à un niveau très faible, et il est même permis de parler, toute proportion gardée, de…désinflation. Pourtant, la demande interne, notamment la consommation des ménages, demeure robuste, elle est même la variable principale de la croissance, quoique pour cette année sa contribution à la progression du PIB devrait ralentir, selon les estimations du HCP. L’explication de ce paradoxe apparent est que si l’inflation est fortement maîtrisée, cela tient au fait que l’Etat intervient massivement, via la Caisse de compensation, pour enrayer l’inflation externe qui, sans cette intervention, se serait diffusée dans les prix intérieurs.

C’est au vu de ce contexte que Bank Al-Maghrib (BAM), lors de sa réunion trimestrielle du mardi 25 septembre, a maintenu inchangé son taux directeur à 3%. Autrement dit, la «régulation» de l’inflation par la monnaie, donc le crédit, n’a pas été jugée nécessaire par la banque centrale. Celle-ci aurait même pu…baisser un peu son taux directeur, puisque, écrit-elle, le rythme de croissance de la masse monétaire à fin juillet est resté stable, à 4,9% et que la croissance des crédits bancaires, pour l’ensemble de l’année, devrait se situer autour de 8%, soit un niveau proche de son rythme de long terme. A fin juillet déjà, l’évolution des crédits par objet économique montre en effet qu’on est bien loin des rythmes de progression enregistrés il y a quelques années et qui atteignaient, pour certains segments, jusqu’à 150% ! Les crédits immobiliers par exemple ont augmenté de 7,9% par rapport à juillet 2011 (+10,5% pour les particuliers et seulement +1,7% pour les promoteurs).

Tout cela pour dire que le crédit évolue effectivement à un rythme relativement modéré, et si l’on ajoute le fait que les transferts des MRE et les recettes du tourisme sont pour l’instant en baisse, on comprend pourquoi les tensions inflationnistes sont quasiment absentes…