L’industrie des matériaux de construction a les bras liés, en attendant la reprise des autres secteurs

• Avec un arrêt d’activité de 80% en moyenne, le chiffre d’affaires a perdu entre 50 et 70%.
• Les filières disposent d’un stock important qui pourrait servir une demande exprimée sur une période dépassant le mois.
• Les professionnels tablent entre autres sur la réouverture des chantiers, la stimulation de la demande et la limitation des importations.

La méforme du secteur immobilier & BTP a tiré avec lui toutes les filières des matériaux de construction. Le secteur était déjà dans une situation pour le moins difficile, en raison, entre autres, de la baisse de l’investissement de l’Etat, de la faible demande du secteur privé, de la concurrence acharnée tant locale qu’étrangère…, entraînant, du coup, un effritement du chiffre d’affaires et des difficultés de trésorerie.
Avec cette crise sanitaire, conjuguée au confinement, la situation s’est davantage aggravée. Selon David Toledano, président de la Fédération des industries des matériaux de construction (FMC), «plusieurs usines ont essayé de tenir le coup pour éviter de fermer les portes, en constituant des stocks ou en répondant à une demande très timide. Mais la réalité les a rattrapées». Il faut dire que même la baisse du volume de production n’arrange pas le business model car, quelle que soit la quantité produite, le coût de revient serait le même, ne serait-ce qu’en termes d’énergie demandée pour faire tourner les machines. Actuellement, les conditions sont telles que le chiffre d’affaires de toute l’industrie a enregistré une perte située entre 50 et 70%. C’est normal quand on sait qu’en moyenne 80% des chantiers sont à l’arrêt. Le taux des impayés, lui, varie entre 25 et 50%.
De façon globale, la reprise ne serait possible que si le secteur du BTP se redresse, que la préférence nationale soit effective, que les importations baissent, que les accords de libre-échange soient revus… M.Toledano cite également la nécessité d’injecter massivement du cash dans l’économie pour permettre une relance.
Le secteur du béton préfabriqué a affiché des pertes d’emploi de 50% et de volume d’activité de 60 à 70%. Dans certaines régions, l’activité est carrément paralysée car les entreprises n’ont pas supporté les contrecoups de cette situation. Pour la filière de la céramique, «toutes les unités de production ont suspendu leur activité. Les ventes sont interrompues depuis l’annonce du confinement», précise Mohsine Lazrak, président de l’Association professionnelle des industries céramiques (APIC). Ce qui met le secteur dans une situation encore plus délicate, c’est bien les importations. «Elles se sont poursuivies de manière continue, même en cette période d’arrêt d’activité. Du coup, la filière a cumulé un stock tellement significatif que les entreprises peuvent écouler pendant une assez longue période avant de reprendre à plein régime», explique M.Lazrak. Pour ne rien arranger, notre source se plaint de l’absence d’interlocuteur au niveau du ministère de tutelle à même de prendre les doléances et les maux de la filière au sérieux. Quoi qu’il en soit, M.Lazrak assure que le secteur de la céramique ne redémarrerait que si les opérateurs trouvent les solutions adéquates concernant les importations et leur avenir à moyen terme.
La problématique liée aux importations touche également la filière de la sidérurgie, mais pas avec la même ampleur. «La capacité de production du secteur représente actuellement le double de la demande du marché. D’autant que le niveau des importations est assez élevé. Notre grande crainte est d’assister à une explosion des importations», appréhende Mohamed Taib, directeur de l’Association des sidérurgistes du Maroc (ASM).
La situation du secteur n’est guère reluisante, à l’image des autres filières. Sans surprise, la machine de production est arrêtée, en raison de l’absence de commandes. «Dans ce secteur, l’activité est extrêmement énergivore. L’abaissement volontaire du rythme de production n’est pas possible, puisque le redémarrage est extrêmement coûteux. D’ailleurs, les usines fonctionnent à 3 shifts (en temps normal)», explique M.Taib. Toutefois, la filière a amassé un stock important qu’elle peut servir une demande de 20 jours à un mois. Actuellement, les 7 entreprises de la filière essayent de se préparer à la levée du confinement. Cela devrait passer entre autres par la stimulation de la demande et par la nécessité de revoir à la hausse les budgets de l’Etat. En tout cas, «nous sommes en discussions régulières avec l’autorité de tutelle pour relayer plusieurs informations liées à la filière ; cela, pour prendre les mesures nécessaires à la relance», conclut M.Taib.