L’industrie des jeux de hasard se porte bien malgré l’interdiction de la publicité

Le chiffre d’affaires est en hausse de 10% en 2015, à près de 9 milliards de DH. Hormis l’engouement de plus en plus marqué des jeunes et des femmes pour ces jeux, la progression tient à l’efficacité des canaux de communication digitaux investis par les opérateurs.

Les Marocains sont de plus en plus attirés par les paris hippiques, sportifs et autres jeux de hasard. Toutes les catégories socioprofessionnelles s’y intéressent, quel que soit le sexe. Cet engouement a eu un impact très positif sur le chiffre d’affaires des acteurs du secteur qui ont enregistré une croissance moyenne de 10% en 2015 par rapport à l’année précédente, à près de 9 milliards de DH.

Les paris hippiques demeurent le jeu préféré des Marocains. La preuve, la Société royale d’encouragement du cheval (Sorec), qui en détient le monopole au Maroc, devrait dépasser les 6 milliards de DH de chiffre d’affaires réalisés en 2014. Son management, qui n’a pas encore arrêté ses comptes pour l’année 2015, confirme que la croissance a été bien au rendez-vous. Il appuie ses propos en annonçant qu’«en 2015, 70% des joueurs ont consacré environ 250 DH par mois aux jeux hippiques». Ces performances confèrent ainsi à la Sorec la position de leader sur le marché des jeux et paris avec une part de marché avoisinant les 74% (hors casinos).

Le chiffre d’affaires brassé par les paris sportifs et les loteries instantanées est en progression de 12,5% à fin 2015, à 1,847 milliard de DH. Ces jeux gérés par la Marocaine des jeux et des sports (MJDS) représentent 20% du marché. Cette société a enregistré une croissance de 134% entre 2009 et 2015.

Enfin, la Loterie nationale, société détenant le monopole des jeux numériques, a vu son chiffre d’affaires s’apprécier de 12% après deux années de stagnation. Il s’est établi à 560 MDH, (soit 6% de part de marché) contre 500 millions en 2014. Le nombre des participations quotidiennes a affiché une progression significative pour dépasser les 70000 par jour.

La grande partie de la cible de la Loterie nationale est connectée sur internet

En clair, le secteur des jeux de hasard s’est bien porté durant l’exercice 2015. Pourtant, les opérateurs étaient prudents dans leurs prévisions, notamment suite à l’application de la décision prise par le ministère de la communication en début 2015 d’interdire la publicité sur les radios et les supports de la presse écrite. Cette décision «n’a eu heureusement aucun impact sur le secteur. Les acteurs ont gagné en expérience et ont pu s’adapter à cette décision en investissant d’autres canaux de communication», explique un opérateur. Le digital est clairement le plus utilisé. Cette réorientation a, en effet, permis, à la Loterie nationale, qui a subi depuis 2012 l’interdiction de la publicité des jeux de hasard sur 2M, de redresser la barre. Pour mieux communiquer sur les grosses cagnottes, l’opérateur utilise désormais les médias digitaux. «Actuellement, la grande partie de notre cible est connectée sur internet. Il s’est même avéré que le digital est plus efficace que les autres médias en matière de communication», ajoute notre source. De plus, l’opérateur est passé de deux jours de jeu par semaine à trois. «C’est une mesure que nous avons prise pour augmenter le nombre des joueurs et prévenir une éventuelle baisse du chiffre d’affaires due à l’interdiction de la publicité», explique une source au sein de la Loterie nationale. La Loterie nationale a également confectionné un site pour les jeux en ligne. Pour encourager les amateurs des paris à jouer sans crainte de payer par carte bancaire, la société propose un système de «compte rechargeable» par carte bancaire, virement ou en espèces dans les points de vente. «Cette solution rend le jeu plus accessible et sécurisé», ajoute notre source.

Les femmes représentent 41% des parieurs occasionnels chez la Sorec

Depuis 2010, la MDJS a aussi choisi de renforcer sa présence sur la toile en faisant preuve d’ingéniosité. En effet, elle a usé de tous les canaux pour communiquer autour de ses produits. La société a même investi Youtube en publiant des capsules ludiques pour expliquer comment jouer à Côte & Sport.

Cette stratégie s’est avérée très efficace puisqu’elle a permis aux deux opérateurs d’attirer de nouveaux parieurs principalement dans la tranche des jeunes et femmes qui s’adonnent de plus en plus aux jeux de hasard. Pour les opérateurs, la gent féminine représente même l’avenir des jeux au Maroc. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si certains opérateurs parrainent de plus en plus les événements réservés aux femmes.

Chez la Sorec, on confirme la tendance. «Sur les quatre segments de parieurs identifiés, le premier qui regroupe les joueurs qui pratiquent de façon occasionnelle, soit moins d’une fois par mois, est constitué à hauteur de 41% de femmes», indique-t-on du côté de la Sorec. Les jeunes joueurs dont l’âge est inférieur à 35 ans constituent depuis quelques années une piste à développer par cette société puisque bien qu’ils pratiquent le jeu hippique depuis peu, ils jouent plus fréquemment (en moyenne une fois par mois). Le cœur de cible reste le segment des pères de familles âgés de plus de 45 ans. Selon la Sorec, ce sont les clients les plus assidus : ils misent 2 à 3 fois par semaine.