Les ventes des tracteurs décollent

Il s’en vendra 5 000 en 2008 contre à  peine 2 700 en 2006. La machinerie agricole représente un chiffre d’affaires de 2 milliards de DH dont un milliard pour les tracteurs.

5000 ! C’est le nombre de tracteurs qui seront vendus en 2008 alors qu’il n’était que de 1 000 en 2005 et 2 700 en 2006. Et les professionnels de la machinerie agricole sont très optimistes quant à l’avenir du marché : les revendeurs tablent sur un pic de 12 000 à 13 000 tracteurs à atteindre sur les trois années à venir.

C’est du moins ce que prévoient les chiffres de l’Association marocaine des importateurs de matériel agricole (Amima) que préside Chakib Ben El Khadir, qui est aussi administrateur directeur général de Stokvis Afrique du Nord, un des gros opérateurs du secteur.

Comment s’explique cette subite montée en régime ?
Pour l’Amima, la réponse tient en un mot : la subvention. Ce qui a bouleversé un marché somnolent, c’est en effet la décision de l’Etat, en 2005, de subventionner la mécanisation du secteur agricole à hauteur de 40%, avec un plafond à 90 000 DH. La subvention concerne aussi le matériel d’accompagnement mais exclut la pièce de rechange.

M. Ben El Khadir décrit, à titre d’exemple, le financement d’un tracteur sur la base de ladite subvention : «Si on prend un tracteur avec une motorisation de 80 CV – la plus demandée et adaptée aux besoins d’un agriculteur moyen -, le prix est de l’ordre de 225 000 DH. Avec la remise de 3% accordée par les fournisseurs, une subvention de 40% de l’Etat et un financement du Crédit agricole d’un montant de 128 250 DH sur 7 ans, au taux de 5,5%, l’agriculteur acquéreur se retrouve avec une traite annuelle de 20 000 DH, ce qui est supportable. C’est de là que vient l’euphorie du marché».

Mais si, aujourd’hui, les professionnels du secteur sont unanimes à relever l’embellie, ils redoutent que la subvention, décrétée pour une période limitée, de 2005 à 2010, ne soit pas reconduite. En effet, explique le président de l’Amima, «si la subvention était annulée, le secteur subirait une onde de choc qui remettrait en cause les investissements engagés comme les emplois créés sur toute la partie commerciale, et les réseaux implantés en région pour se rapprocher des acheteurs potentiels.

Le secteur ne s’en remettrait pas, pas plus que toute la politique de mécanisation de la production agricole qui a des effets induits sur la productivité de l’agriculteur et le relèvement de son niveau de vie et de sa capacité d’achat». Entre-temps, les opérateurs tentent de tirer profit de la dynamique, ce qui induit une montée de la concurrence dans le secteur.

Aujourd’hui, il y a cinq principaux concessionnaires sur le marché, explique Ali Fassi Fihri, membre de l’Amima et DGA de la compagnie marocaine industrielle et commerciale (Comicom) qui revendique plus de 40% de parts de marché et représente des marques italiennes et anglaises. Il y a aussi, ajoute-t-il, quelques opérateurs aux performances plus modestes qui commercialisent du matériel chinois ou indien notamment.

Le plus gros des transactions se fait sur les tracteurs, avec un chiffre d’affaires total d’environ un milliard de DH, commente un autre opérateur. Pour ce qui est des moissonneuses-batteuses – dont le prix peut atteindre 900 000 DH pour du neuf, selon M. Fassi Fihri – le marché est dominé par la location de matériel d’occasion, généralement importé d’Europe.

En revanche, pour ce qui est du matériel dit d’accompagnement (charrues, semoirs, équipements de traitement de la terre et de l’arboriculture…), les chiffres varient. Certains professionnels parlent d’un CA d’un milliard de DH, d’autres de la moitié. Mais on ne sait pas si, dans ses chiffres, on compte la fabrication locale, assez réduite, et l’informel.