Les vaccins contre les hépatites A et B indisponibles sur le marché

Cette situation confirme la dépendance du Maroc vis-à-vis des laboratoires étrangers. La demande sur les vaccins a fortement augmenté en raison des départs à la Omra. L’Institut Pasteur travaille sur un projet de production locale de vaccins.

L’Institut Pasteur a reçu, lundi 16 mai, des lots du vaccin anti-méningoccique qui était en rupture de stock depuis plusieurs semaines. L’importation des Etats-Unis de ces lots permettra de répondre à la forte demande précédant les départs pour la Omra de Ramadan. Il est à rappeler que ce vaccin n’était obligatoire que pour le haj, mais cette année les autorités saoudiennes l’exigent également pour les personnes qui se rendent à la Omra.

Dans l’immédiat ces lots vont permettre de parer au plus pressé. Autrement dit, ils ne résolvent pas le problème récurrent de l’indisponibilité de certains médicaments et en particulier des vaccins. Les responsables de l’Institut Pasteur n’ont pas communiqué le nombre exact de vaccins importés, mais ils tablent, en cette période, sur la vaccination de 300 à 500 personnes par jour. Les voyageurs doivent se faire vacciner au moins une dizaine de jours avant le départ.

L’indisponibilité des vaccins est une fois encore dénoncée par les pharmaciens d’officines qui soulignent que «les ruptures de stocks de manière générale perturbent le marché qui est déjà en difficulté. Et souvent, ces ruptures ne sont pas précédées d’une alerte du ministère de la santé comme cela se passe dans différents pays. Plus grave, elles donnent lieu à des pratiques illégales dans la mesure où certaines personnes ou organismes non habilités interviennent dans le circuit de distribution des médicaments». Et d’accuser même certaines agences de voyages de vendre le vaccin à leurs clients à un prix beaucoup plus cher que le prix public de vente qui est de 250 DH. Une accusation rejetée par la Fédération nationale des agences de voyages du Maroc. «Les agences n’interviennent pas dans la commercialisation du vaccin dont la distribution est du ressort de l’Institut Pasteur et des officines. Le vaccin n’était pas disponible ces dernières semaines mais les voyageurs ont pu le trouver dans des pharmacies qui disposaient de stocks», explique un responsable de cette association. 

Le problème serait mondial

Outre le vaccin anti-méningoccique, les pharmaciens signalent l’indisponibilité des vaccins contre les hépatites A et B et le pneumocoque. Des vaccins essentiels dans le programme de vaccination des enfants qui doit être, selon un pédiatre de Casablanca, minutieusement suivi et respecté. «Le pneumocoque est incontournable pour le nourrisson. Aujourd’hui, nous avons des difficultés à le trouver. Le ministère de la santé doit procéder à une veille régulière du marché afin de parer aux ruptures de stocks», poursuit le pédiatre. Selon le ministère de la santé les ruptures de stocks pour les vaccins sont mondiales et ne concernent pas uniquement le Maroc. Ce qui est confirmé par une grossisterie de Mohammédia qui avance que «plusieurs vaccins sont indisponibles depuis le début de l’année 2016. La rupture a lieu chez les fournisseurs, notamment Sanofi, GSK et Pfizer au niveau international. Et plusieurs pays sont concernés. Si pour certains produits, les choses sont rentrées dans l’ordre, pour les vaccins contre les hépatites et le pneumocoque, la rupture est toujours là…». Et de poursuivre que cette perturbation «serait due à une forte demande en raison d’un changement décidé par l’OMS au niveau du programme de vaccination. En effet, l’âge du rappel est passé de 5 à 4 ans». Selon les responsables de l’Institut Pasteur, «les choses devraient rentrer dans l’ordre car les ruptures sont très fréquentes au niveau des laboratoires qui sont très vigilants sur la qualité des vaccins». Il fait remarquer qu’«au moindre doute sur la qualité du produit ou un souci au niveau même de l’emballage, le retrait d’un ou de plusieurs lots est décidé».

Les pédiatres n’ignorent pas ces facteurs, mais restent critiques sur la gestion des stocks. Quand bien même le problème serait mondial, il faudrait que le secteur programme ses achats afin de se prémunir contre des ruptures soudaines et parfois longues car médicalement le bénéfice de la vaccination est remis en cause si les rappels ne sont pas effectués à temps, explique en substance un médecin.

En dehors des risques médicaux, la fréquence des ruptures de stock des vaccins inquiète les professionnels car elle souligne la dépendance du Maroc vis-à-vis des laboratoires étrangers. Surtout pour les vaccins dont certains connaissent des ruptures répétitives (le BCG, DT-Polio, Engerix et Génevac contre l’hépatite B) ainsi que les sérums anti-D (pour les rhésus négatifs) et antitétanique. Pour les industriels, la dépendance du marché international est considérée comme une grande anomalie à laquelle les pouvoirs publics doivent trouver une solution. Un premier pas est peut-être en cours au niveau de l’Institut Pasteur qui devrait lancer un projet de production des sérums anti-venin et antitétanique. La production devrait, par la suite, être étendue aux vaccins également. Selon les responsables de l’institut, «une étude d’évaluation relative au lancement d’un appel d’offres pour la sélection d’un partenaire est en cours. La réalisation de ce projet devrait se faire dans le cadre d’un partenariat public-privé». Ce chantier devrait aboutir en 2020 et nécessiterait, selon les premières estimations, un budget de l’ordre de 50 MDH.